Allez au contenu, Allez à la navigation

Projet de loi de finances pour 2019 : Médias, livre et industries culturelles : Presse

22 novembre 2018 : Budget 2019 - Médias, livre et industries culturelles : Presse ( avis - première lecture )

B. LES DÉFIS AUXQUELS DOIT RÉPONDRE L'AGENCE

L'Agence France-Presse (AFP) est, avec Reuters et Associated Press (AP), l'une des trois plus grandes agences d'information au niveau mondial, et la seule non anglophone. L'Agence réalise un chiffre d'affaires un peu inférieur à 300 M€, emploie 1 513 journalistes et diffuse 5 000 dépêches par jour.

L'AFP est aujourd'hui confrontée à trois grands défis.

1. Une situation financière fragile

Avec un budget de l'ordre de 300 M€, l'AFP a dégagé un résultat net négatif de 5 M€ en 2016 et de 4,8 M€ en 2017.

L'Agence est victime d'un « effet de ciseaux », avec une progression des charges de 2,4 % par an entre 2014 et 2016, soit le double de la progression des produits (+1,2 % par an sur la période).

Les recettes de l'AFP ont deux origines : les revenus commerciaux (1) facturés aux clients de l'Agence, et le soutien public (2).

a) Les revenus commerciaux connaissent une érosion continue.

Ils s'établissent à 168,2 M€ en 2017, contre 171,2 M€ en 2016 et 172,9 M€ en 2015.

b) Un soutien public est apporté à l'AFP depuis l'origine.

Le contrat d'objectif et de moyens (COM) 2014-2018 détaille les missions d'intérêt général de l'Agence et fixe la trajectoire de soutien de l'État à l'AFP.

La loi du 22 mars 2012 relative à la simplification du droit et à l'allégement des démarches administratives a mis en conformité le financement public avec le droit européen. Elle a ainsi conduit à diviser la participation de l'État en deux parties :

- la première partie représente la compensation pour les activités d'intérêt général exercées par l'Agence. Le COM prévoyait en 2018, comme en 2017, une compensation d'un montant de 106,2 M€, qu'il a été nécessaire de porter à 109,8 M€ en 2016 et 110,8 M€ en 2017 en raison des difficultés rencontrées par l'Agence. Pour 2019, ce montant s'établit en hausse à 111,8 M€. L'Etat ne semble cependant pas avoir épuisé les marges de manoeuvre autorisées par le cadre communautaire ;

- la seconde partie, qui s'élève à 21,6 M€, soit un montant inchangé depuis 2015, correspond aux prestations fournies par l'Agence à l'État pour l'accès à l'information des administrations.

La situation financière de l'Agence est donc problématique, avec une érosion continue des ressources et un soutien de l'État qui trouve ses limites pour des raisons aussi bien juridiques que de respect de la contrainte budgétaire.

c) Des charges insuffisamment maitrisées

L'agence éprouve des difficultés à maitriser sa masse salariale, qui représente plus des trois-quarts de ses dépenses d'exploitation. Si les dépenses en France sont globalement tenues, celles des personnels en poste à l'étranger sous contrat local ont fortement progressé en raison de la mise en conformité avec la réglementation locale.

d) Conséquence : un endettement croissant

La dette de long terme de l'Agence s'établit fin 2017 à plus de 50 M€ en hausse depuis quatre ans, et sa dette à court terme à environ 30 M€. La dette de long terme est essentiellement contractée auprès de l'État, qui a consenti en particulier un prêt de 20 M€ pour financer le projet d'intégration IRIS. La dette de court terme traduit les découverts bancaires accumulés par l'Agence pour faire face à ses besoins de trésorerie.

L'année 2019 pourrait s'avérer sensible pour l'AFP, avec en particulier plusieurs échéances de prêts et le règlement de contentieux dans son réseau international.

Le nouveau président de l'AFP souhaite développer (voir infra) de nouveaux relais de croissance. Il a également évoqué la possibilité de vendre l'immeuble historique du siège place de la Bourse à Paris, tout en reconnaissant que ce dossier s'avérait très complexe avec la nécessité parallèle de reloger l'Agence dans des locaux adaptés.

La complexité de la situation financière de l'Agence doit cependant être relativisée : il semble qu'aucune agence de taille comparable ne soit à l'heure actuelle réellement rentable. Elles sont de facto plutôt perçues comme des outils d'influence d'États ou de grandes entreprises très intégrées.

2. Une stratégie éditoriale à mieux affiner qui pose la question du statut

L'AFP dispose d'un budget proche de celui de l'agence Reuters News, avec 300 millions d'euros, inférieur aux 480 M€ de AP.

Cependant, alors que Reuters News fait partie d'un groupe valorisé à plus de 12 milliards de dollars et que AP est une coopérative détenue par l'ensemble des médias américains, les statuts de l'AFP limitent très fortement sa capacité à mobiliser des financements.

L'Agence n'a pas la capacité d'attirer des capitaux privés, et ne peut bénéficier de crédits publics qui n'entreraient pas dans le cadre fixé par la loi de 2012. Pour y remédier, l'Agence a filialisé deux branches de son activité : AFP Services pour les entreprises, et AFP Blue pour les prestations techniques (stockage etc..).

Malgré ses efforts, l'ancien président de l'AFP estimait ses besoins supplémentaires à 60 M€ sur cinq ans afin de poursuivre son développement et se positionner au niveau de ses concurrents internationaux. Il parait difficile d'envisager un soutien public de ce niveau, et le nouveau président a indiqué, lors de son audition par votre commission de la culture, qu'il ne le revendiquait pas.

L'AFP a présenté un plan de relance pour la période 2017-2022, autour de trois grands axes : le développement de l'offre vidéo, l'information sportive et le développement des services aux entreprises.

L'Agence dispose de plus, pour des raisons historiques, d'une forte présence à l'international qui constitue l'un de ses points forts, avec 201 bureaux répartis dans 151 pays, et 55 % de ses effectifs.

Les ressources de l'AFP sont cependant victimes de la crise durable de la presse française.

Répartition des revenus de l'Agence en 2017

Presse

32 %

Télévision

20 %

Agences

20 %

Corporate et institutions

12 %

Radio

8 %

Marché digital

4 %

Autres médias

4 %

Source : ministère de la culture

Le chiffre d'affaires issu du fil texte, qui représentait 60 % des revenus en 2009 avec 102,7 M€, s'établit en 2016 à 84,4 M€, soit 50 % des revenus. Dans le même temps, les revenus issus des prestations multimédias, vidéos et photo sont passés de 55,4 M€ à 75,6 M€, dont 46 M€ pour la photo.

L'AFP a donc pour l'instant réussi à compenser la baisse des revenus de l'activité texte, mais se trouve pénalisée par la hausse même limitée de ses charges et par les perspectives moins prometteuses de la photo.

De manière générale, le futur équilibre de l'Agence s'avère complexe à trouver, dans un contexte où le soutien public, déjà renforcé cette année, ne devrait pas s'accroitre dans des proportions importantes.

3. La concurrence des grands acteurs de l'Internet

Comme tous les fournisseurs d'informations, l'AFP souffre de la captation des revenus opérée par les moteurs de recherche, les agrégateurs de contenus et les réseaux sociaux, au premier rang desquels Google et Facebook.

Alors que ces acteurs du numérique tirent profit de l'exploitation des productions, le modèle économique des agences est menacé par la dissémination de la production sans contrepartie financière. Le référencement des pages web permet en effet aux utilisateurs d'accéder à des contenus texte, photos et vidéos de l'Agence sans que les sites n'acquittent de droits.

L'AFP se réjouit donc du vote par le Parlement européen d'une position sur la question des droits voisins des éditeurs de presse, contenue dans l'article 11 de la proposition de directive au Parlement européen et du Conseil sur le droit d'auteur dans le marché unique numérique, sur le modèle des artistes-interprètes ou des producteurs de phonogrammes (voir supra).

Cette problématique se double de la multiplication des « fake news », qui participe à la défiance pour les outils traditionnels d'information. En dépit de la bonne volonté apparente affichée par Google et Facebook, l'état actuel de la législation ne permet pas d'envisager une limitation de ce phénomène à moyen terme.