VI. L'INDUSTRIE ÉLECTRIQUE ET ÉLECTRONIQUE


• L'industrie électrique, électronique et informatique est un des tout premiers secteurs industriels. Il emploie plus de 330.000 personnes, soit environ 10 % de la totalité des effectifs industriels.

L'année 1994 a été marquée par une amélioration modérée de la conjoncture tirée par les exportations. L'évolution constatée au début de l'année dernière pour quelques branches s'est confirmée et étendue à la plupart des industries électriques, électroniques et informatiques. La croissance du chiffre d'affaires pour 1994 s'établit ainsi s'est à 2,7% en francs courants par rapport à 1993.

La production française a progressé de 3,6 % en 1994 soit un peu moins que celle de l'ensemble de l'Union européenne, avec 5,2 %.

Les experts estimaient que la reprise ne pourra réellement faire sentir ses effets, compte tenu des délais de fabrication inhérents à nombre de biens électriques et électroniques, qu'à partir du second semestre 1995.


• Pour la cinquième année consécutive, les industries françaises de matériel d'électronique et de radiocommunication ont vu leur chiffre d'affaires diminuer en 1994.

Les activités militaires (21,8 milliards de francs de chiffre d'affaires contre 23,2 milliards en 1993) ne représentaient plus que 60% des facturations au lieu de 70 % en 1989. En revanche, les prises de commandes militaires ont légèrement progressé à 23 milliards de francs et on notera la forte croissance du nombre des abonnés au réseau GSM de téléphonie mobile (en hausse de 74 % au second semestre de 1994).

Par ailleurs, à l'image du marché mondial, les ventes de semi-conducteurs se sont poursuivies à un rythme soutenu en France, en dépit d'une pénurie due à l'insuffisance de capacité de production des fournisseurs au premier semestre de 1995. Le marché français des semi-conducteurs pourrait ainsi atteindre 17 milliards de francs en 1995.

Enfin, l'engouement du grand public pour la micro-informatique, qui a atteint son pic en décembre 1994, est brutalement retombé en avril et en mai 1995.

La politique industrielle française en matière d'électronique a évolué depuis dix ans : aujourd'hui, elle se fait moins avec des sociétés nationalisées et davantage avec des sociétés privées. Le rôle de France Télécom et des armées s'infléchit (pour des raisons différentes : « ouverture » de 1998 pour le premier ; économies pour les secondes). D'un autre côté, la priorité semble de plus en plus donnée à l'amélioration de la compétitivité et à l'aide à la recherche et développement pour tous plutôt qu'à la survie de champions nationalisés et à la naissance nouveaux programmes « mobilisateurs » tels le Minitel, la télévision à haute définition ou Jessi. Cette évolution est, en général, approuvée par les acteurs de l'électronique française, sauf -et c'est cela qui les distingue des Britanniques et des Allemands- en ce qui concerne le dernier point.

La dernière initiative de politique industrielle pour l'électronique a été le lancement d'expériences concernant les autoroutes de l'information. Ce type d'expérience apparaît aujourd'hui comme une limite à ce que peut admettre la Commission de l'Union européenne, qui, dans ce genre d'action, n'aime pas voir les États membres comme meneurs, mais préfère les voir comme coordinateurs d'actions proposées par les entreprises.


• Bull

Une violente opération de réduction des coûts a permis à Bull de retrouver un résultat exploitation légèrement positif en 1994 (237 millions de francs) et une perte nette réduite à 2 millions de francs(contre plus de 5 milliards en 1993). Mais l'endettement atteint 2,8 milliards de francs.

La masse salariale représentait 1,4 milliard de francs l'an dernier. Le chiffre d'affaires atteignait 29,9 milliards de francs (+ 5,9 %).

En 1995, l'ambition de Bull était de renouer avec l'équilibre et d'atteindre un taux de rentabilité de 7 à 9 % dès 1996-1997. L'objectif était de réduire l'endettement et les coûts d'achat. La masse salariale devrait être ramenée cette année à 800 millions de francs et 30 % des salariés pourraient être employés à temps partiel. Bull compte, en 1995, 24.700 salariés. 945 suppressions d'emplois étaient envisagées en France.

Bull a regroupé, au sein de son rôle Bull Emerging Technologies, l'ensemble de ses activités cartes à puce et monétique dans une seule entité baptisée CP8 Transac.

Cette société anonyme, filiale à 100 %, réunit ainsi les activités cartes à puce (CP8), Point de Contact Clientèle (PCC, SIAB) et terminaux de paiement électronique (Télésincro), trois marchés qui représentaient l'an dernier un chiffre d'affaires de 660 millions de francs (320 personnes environ).

La direction de Bull a indiqué, en juin 1995, avoir pris la décision de principe de procéder à la généralisation des activités du groupe. Cette opération, que les dirigeants du constructeur entendraient achever d'ici à la fin 1995, vise les activités produits et services, ainsi que les forces commerciales aujourd'hui placées sous la coupe de Bull SA et qui ont encore le statut de divisions.

Sont ainsi concernées, outre les réseaux de vente Bull France, Bull Europe, Bull North America Pacific et Bull Overseas, les activités grands systèmes, systèmes Unix, maintenance, carte à puce, monétique et intégration de systèmes. La micro-informatique est déjà filialisée, avec Zenith Data Systems, de même que l'infogérance (reprise de tout ou partie de l'informatique d'une société), avec Integris Data Services. La fabrication industrielle pour les tiers (cartes électroniques) est aussi en cours de filialisation, avec notamment Bull Electronics.

Par ailleurs, la stratégie « grands systèmes » de Bull se précise. Celle-ci vise, en particulier, à assurer la transition des systèmes actuels vers des « clusters » hétérogènes, intégrant des systèmes Unix et des machines GCos converties au parallélisme et à la technologie CMos.

Les résultats des neuf premiers mois de 1995 ont, en dépit de ces efforts, été décevants, avec une perte nette de 874 millions de francs et un recul du chiffre d'affaires de 2,1 % à 17,7 milliards de francs.

L'objectif du retour à l'équilibre avant la fin de l'exercice paraît d'autant plus malaisée à atteindre.

L'ouverture du capital de Bull a été amorcée à la mi-avril 1995. Le secteur public conserve 57 % du capital, l'État ramenant sa participation de 79,6 % à 40 % et France Télécom portant la sienne de 14 à 17 %. L'actionnariat industriel accroît sa part : NEC passe de 4 % à 17 % du capital et Motorola se voit attribuer 10 % avec possibilité de passer à 17 %.

Enfin, les 27.900 salariés se sont vus offrir la possibilité de souscrire 10% des actions à des conditions privilégiées. L'entrée des grands actionnaires devait être réalisée par augmentation de capital, jusqu'en septembre.

À travers cette opération, Bull est apparu valorisé à 1,3 milliard de francs, 600 millions au moins si on soustrait les 569 millions de francs d'avance d'actionnaire consentie par France Télécom en décembre 1994.

Mais cette valorisation doit, pour votre Commission des Affaires économiques et du Plan, être analysée en regard des 23 millions de francs que les pouvoirs publics ont injectés dans la compagnie depuis sa privatisation en 1982 et des quelque 30 milliards supplémentaires dont s'alourdit l'informatique française, en quête d'une indépendance toujours plus difficile à sauvegarder.

L'ouverture du capital devrait procurer 1 milliard de francs nets à Bull qui devrait l'utiliser pour réduire son endettement.


• Thomson


• Les pertes du Crédit lyonnais pèsent sur les résultats

Le Groupe a enregistré en 1994 un chiffre d'affaires de 74,4 milliards de francs, en hausse de 10 % sur 1993. Cette progression globale résulte d'une augmentation des ventes de 14 % pour Thomson multimédia et de 6 pour Thomson-CSF. Le résultat d'exploitation est également en hausse, à 2,6 milliards de francs, reflétant les performances industrielles des deux sociétés. La perte nette (part du Groupe), réduite de 3,3 milliards de francs en 1993 à 2,2 milliards en 1994, répercute les pertes du Crédit lyonnais comptabilisées par le Groupe (respectivement - 3,7 milliards en 1993 et - 1,9 milliard en 1994) qui est actionnaire de la banque à hauteur de 22 %.

Le maintien de la rentabilité d'exploitation en 1995 semble être assuré. Compte tenu des commandes engrangées, le chiffre d'affaires de cette année ne devrait pas être inférieur à celui de 1994. THOMSON-CSF a ainsi réalisé un bénéfice net (part de groupe) de 354 millions de francs au premier semestre de 1995.

L'intensification sévère de la concurrence, sous l'effet de l'irruption massive de l'industrie aérospatiale et de défense des États-Unis dans la compétition mondiale est toutefois préoccupante. On assiste, selon les experts, à une véritable révolution qui met ce marché dans la situation qu'ont connue au début des années 1980 l'électronique et les semi-conducteurs sous l'influence du Japon. Les industriels américains bénéficient d'un double avantage compétitif : l'importance (40 % du marché mondial) et la fermeture du marché intérieur d'une part, la « sous-évaluation patente » du dollar, qui représente un « avantage redoutable », d'autre part. Le différentiel monétaire se situe entre 20 % et 30 % au détriment du franc. Pour s'adapter à cette donne Thomson-CSF, qui réalise près de la moitié de ses ventes à l'exportation, dont 80 % à 90 % en zone dollar, doit faire des efforts de productivité accrus, de l'ordre de 20 %.


L'emploi reste fragile

Les effectifs du groupe à la fin de 1994 atteignaient 98.700 personnes, dont 61 % en Europe, 25 % aux Amériques et 14 % en Asie.

Le plan de « temps réduit indemnisé de longue durée » mis en place en novembre 1993 par Thomson-CSF est arrivé à échéance fin mai 1995. Il a permis de repousser dans le temps 1.200 suppressions d'emplois mais la sortie du plan suscite l'inquiétude des salariés.


L'ouverture du capital

Plusieurs scénarios « privatisation » sont possibles, soit une fusion préalable de Thomson SA et CSF ; soit une scission de CSF, d'un côté, et de Thomson SA et Thomson Multimédia, de l'autre.

Pour les dirigeants de l'entreprise, la préférence irait au scénario qui verrait Thomson-CSF fusionner avec la maison mère Thomson SA - Thomson Multimédia devenant filiale à 100 % du nouvel ensemble. À condition que le risque pour l'actionnaire soit au prie identique au deuxième scénario et que l'opération s'accompagne d'une injection importante de fonds par l'État dans Thomson SAE. La logique industrielle serait sous-tendue par la convergence des intérêts entre CSF et Thomson Multimédia. L'avantage est, selon ces dirigeants, évident pour Multimédia. Pour CSF, ce serait l'insertion dans un groupe électronique idéal, où la défense pèserait 30%, où le civil hors semi-conducteurs pèserait 50% et où les semi-conducteurs pèseraient 20 %.

Ces mêmes dirigeants ont, en outre, estimé qu'une recapitalisation de Thomson SA, par l'État, à hauteur de 10 milliards de francs était un préalable indispensable à une éventuelle privatisation. Selon eux, Thomson est une entreprise sous-capitalisée « sur laquelle pèsent 20 milliards de dettes liées, pour l'essentiel, aux opérations de croissance externes de Thomson Multimédia ». Cette dernière société est, en effet, endettée à hauteur de 12 milliards.

Par ailleurs, les salariés redoutaient que les mesures de réorganisation des divisions de Thomson-CSF, annoncées au début de juillet 1995, ne préfigurent une « privatisation par le bas » du groupe.

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