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25 novembre 1999 : Budget 2000 - Air ( avis - première lecture )

 

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IV. LES DOTATIONS D'ÉQUIPEMENT PRÉVUES POUR 2000 PRÉPARENT DES ÉCHÉANCES DIFFICILES

A. LA CRISE DU KOSOVO A VALIDÉ LES CHOIX D'ÉQUIPEMENTS EXISTANTS ET À VENIR ET RÉVÉLÉ CERTAINES INSUFFISANCES

· L'Armée de l'air a su s'accommoder des contraintes opérationnelles spécifiques

Compte tenu, d'une part, des fortes capacités défensives détenues par les forces serbes -SA7, SA14, SA16 et SA18, utilisant un mode de guidage passif et interdisant la pénétration en basse altitude et, d'autre part, de la supériorité des appareils de défense aérienne de l'Alliance, associée à une maîtrise des capacités de détection ou de brouillage, la stratégie employée de vol à moyenne altitude par les appareils occidentaux a permis de réduire les risques.

L'intégration de cette contrainte n'a toutefois été possible pour l'Armée de l'air française que parce que nos appareils disposaient des capacités nécessaires au tir des armements depuis la moyenne altitude. Tel était en effet le cas du Mirage 2000 D, dès sa mise en service, ainsi que de nos Jaguars et Mirages F1 CT, après leur adaptation aux armements guidés laser. Ce choix, associé à l'acquisition de la capacité de tir de nuit a permis à nos appareils de participer à toutes les missions de bombardement réalisées au cours de l'opération " Force Alliée ".

De même, alors que les conditions météorologiques -vent, nuages- ont pu rendre aléatoire le recours aux armements guidés laser, les Mirages 2000 D ont été à même, grâce à leur système de navigation, de délivrer des bombes lisses avec une précision décamétrique sur des objectifs définis par leurs coordonnées. Ainsi, globalement, les choix d'équipements gérés depuis plusieurs années se sont révélés judicieux, ce qui ne doit pas occulter cependant certaines insuffisances quantitatives.

· De bonnes capacités mais des insuffisances quantitatives

Le conflit au Kosovo a permis de constater que les moyens aériens mis en oeuvre par la France étaient d'un niveau tout à fait acceptable, y compris en comparaison avec ceux déployés par les Etats-Unis. Les différences se sont davantage situées au niveau des quantités disponibles.

Le principal déficit quantitatif a été celui des ravitailleurs en vol, les C 135. La disposition du théâtre rendait indispensable le ravitaillement de tous les aéronefs basés à terre et le nombre insuffisant de ravitailleurs disponibles a été l'un des facteurs limitatifs du nombre de frappes. Un conflit se déroulant sur un théâtre encore plus éloigné ou l'existence d'une menace aérienne plus dense, en rendant nécessaire la présence permanente et en plus grand nombre d'avions de défense aérienne et de guerre électronique consommerait encore davantage de capacités de ravitaillement.

Parmi les autres insuffisances quantitatives, on retiendra celle concernant les munitions, qui a obligé à recourir à des achats aux Etats-Unis pour le recomplètement des stocks, celle de pods de désignation laser (PDLCT) capables d'opérer de nuit et celle d'hélicoptères réellement spécialisés dans la récupération d'équipages abattus dans les lignes adverses. On note enfin les limitations de capacité de la force aérienne de projection, en nombre d'appareils autant qu'en charge offerte.

· L'Armée de l'air ne disposera par ailleurs que dans cinq ans de la totalité des munitions de précision adaptées à ce type de gestion de crise.

En 78 jours, l'Armée de l'air a délivré 718 bombes dont 320 étaient des armements guidés laser permettant des tirs de précision de jour comme de nuit à partir des Mirages 2000 D, et de jour à partir des Jaguar et Mirage F1CT.

Les principales munitions guidées laser utilisées ont été :

- la GBU 12 (Guided Bomb Unit) dont 187 exemplaires ont été tirés. De fabrication américaine, elle est composée d'un corps de bombe MK 82 (250 kg) et d'un kit de guidage laser ;

- la BGL2(*) 1 000 kg, de fabrication française est une munition de précision destinée à détruire des objectifs " durcis ". Elle souffre toutefois de certaines limitations d'emploi -domaine de tir, angle d'arrivée sur la cible- et n'est plus fabriquée à ce jour.

- 6 missiles AS30L (Air Sol Laser).

Enfin, 398 bombes non guidées de 250 kg ont également été tirées par les appareils de l'Armée de l'air :

- 270 SAMPT 25 de fabrication française,

- 128 MK 82 américaines.

Ces armements ont pu être utilisés dans des conditions de précision suffisantes et par tout temps grâce aux capacités de navigation du Mirage 2000 D, permettant le tir sur coordonnées.

Les stocks de munitions de l'Armée de l'air ont été suffisants pour réaliser les missions qui lui étaient imposées. Il a toutefois été nécessaire de prévoir la mise en oeuvre des protocoles d'accord permettant de recourir aux réserves alliées, au cas où les opérations se seraient prolongées et, en tout état de cause, il a été nécessaire de procéder au recomplètement des stocks.

Pour l'avenir, l'arrivée, à plus ou moins brève échéance, dans les stocks de l'Armée de l'air, de munitions de nouvelle génération -Armement Air Sol Modulaire AASM (en 2004) et missiles de croisière aéroportés SCALP-EG (2003) et APACHE (2001) lui permettront de détenir une palette d'armements correspondant, au plus près, aux types de mission qui lui seront imparties.

· Des équipements nécessaires à brève échéance

En matière de guerre électronique, la France ne dispose d'aucun brouilleur offensif, dont la nécessité a été démontrée au cours de la campagne aérienne.

Parmi les autres capacités dont l'Armée de l'air ne disposait pas ou pas encore, on peut citer les drones, qui se sont révélés très utiles quand il était possible de les intégrer dans l'ensemble des opérations, tant pour la maîtrise des informations que le soutien aux actions offensives. Il faut enfin citer les munitions capables d'être tirées par tout temps et à distance de sécurité, objets de nombreux reports.

· Des efforts restent nécessaires en matière de renseignement

Certes, notre pays a disposé, seul parmi ses alliés européens, au cours de la crise, de capacités autonomes d'acquisition du renseignement fondé essentiellement sur le satellite Hélios, les avions de reconnaissance et les drones.

Grâce aux informations ainsi recueillies, les autorités politiques et militaires françaises ont bénéficié des éléments d'information qui ont permis d'influer sur les décisions qui ont pesé sur la sélection des objectifs. Ce qui manque encore dans ce domaine, c'est la transmission des données en temps réel, compte tenu de l'évolution rapide des situations qui exige une prise de décision en temps utile. Or ce n'est qu'à l'horizon 2004-2005 que les moyens de recueil de renseignements mis en oeuvre par l'Armée de l'air, en particulier les drones, disposeront de cette capacité.

S'agissant plus spécifiquement du renseignement d'origine image (ROIM), le satellite Hélios a certes apporté une contribution très appréciée par les équipages des avions de combat, n'était le problème, déjà évoqué, du délai d'accès à l'information. Un progrès notable a été réalisé dans le cadre d'un programme d'urgence, développé lors de l'opération, pour pallier cette carence : la mise en place de deux stations " Pepite " d'exploitation d'images Hélios, dont l'acquisition d'exemplaires supplémentaires par l'Armée de l'air  permettra d'optimiser les missions des escadrons de combat et de reconnaissance et celles des unités de transports ou de recherche et sauvetage au combat.

· Les programmes accélérés

Le conflit du Kosovo a nécessité de lancer en urgence certains programmes ou opérations d'armement pour se doter de capacités indispensables. Ces " crash programmes " ont concerné deux types d'opérations : soit l'accélération de programmes en cours, soit le développement de capacités non prévues initialement. On peut en tirer une double appréciation : la première est que les choix faits, même s'il a fallu en accélérer les réalisations, étaient bons, la seconde permet de confirmer qu'un programme retardé, qu'il faut réaliser dans l'urgence, coûte finalement plus cher.

Le tableau ci-dessous donne la liste des actions effectuées dans ce cadre et leur coût en millions de francs.



Opérations et programmes

Dépenses prévues à moyen terme et anticipées en 1999

Dépenses nouvelles non prévues

MUNITIONS

845,20

2,50

Validation de la possibilité d'emport des bombes américaines GBU 12 3(*) sur Mirage 2000 D

16,20

 

Validation de la possibilité d'emport des bombes américaines GBU 16 1 sur Mirage 2000 D

 

2,50

Acquisition d'adaptateurs bi-bombes sur M 2000 D

17,00

 

Commandes de munitions (recomplètement des stocks)

812,00

 

MOYENS OPERATIONNELS

38,20

3,784

Acquisition de moyens d'éclairage secours pour cabine d'avion de combat

0,30

 

Acquisition de 12 ensembles d'identification de cibles non coopératives pour M 2000 de défense aérienne

16,00

 

Expérimentation et soutien technique de la nacelle de reconnaissance DESIRE

2,00

 

Expérimentation des consoles d'interprétation liées à la nacelle DESIRE

 

1,70

Intégration du système de navigation par satellite GPS sur F1 CR

2,00

 

Intégration du système de navigation par satellite GPS sur Jaguar

1,80

 

Adaptation de brouilleurs électronique d'autoprotection BARAX sur Mirage IV P

6,00

 

2 stations autonomes d'exploitation (PEPITE) de images HELIOS

 

2,084

Achat de 6 enregistreurs magnéto-optiques de mission à grande capacité pour système de commandement et de détection aéroporté

5,00

 

Acquisition de 120 gilets pare éclats pour pilotes de chasse

1,80

 

Gilets pare-balles

3,30

 

MOYENS DE RECHERCHE ET SAUVETAGE

8,04

0,60

Accrochage de cordes lisses et de rappel sur le Puma de recherche et de sauvetage

0,04

 

Changement de tubes amplificateurs sur 20 jumelles de vision nocturne

1,40

 

Acquisition de 20 jumelles de vision nocturne

4,00

 

Adaptation du mode 4 (crypté) sur le système d'identification (IFF) des PUMA

1,45

 

Adaptation de postes de radio cryptés sur PUMA

 

0,60

Réalisation 125 harnais multi fonctions au profit des équipages de recherche et de sauvetage

1,15

 

COMMANDEMENT ET TRANSMISSIONS

10,25

9,21

Déploiement d'un système d'informations et de commandement sur le théâtre

0,10

0,05

Mise en place d'un réseau de suivi des opérations aériennes au Kosovo depuis Taverny

 

0,66

Moyens de transmission et d'environnement

10,15

8,50

SOUTIEN

54,60

0,80

Matériels et logiciels d'informatique générale

 

0,80

Palettes et filets pour avions de transport tactique

5,00

 

Matériels de campement

3,60

 

Cuisines en container

6,00

 

Chauffage à air pulsé

1,40

 

Tenues de combat

3,50

 

Ensembles intempéries

6,20

 

Acquisition de structures de soutien projetables en matière d'infrastructure

28,90

 

· Un déploiement économe en personnels

Sur le plan des personnels, l'Armée de l'air aura déployé, dans le cadre de " Force alliée ", un total de 883 hommes répartis comme suit en fonction de la montée en puissance des missions.


Trident Kosovo

Officiers supérieurs

Officiers subalternes

Sous-officiers

MTA

Total

1er avril

18

65

265

10

359

1er mai

32

122.

355

46

591

1er juin

40

174

547

122

883

On relèvera sur ce point que l'effectif global déployé par l'Armée de l'air a été finalement assez limité compte tenu du nombre d'appareils français engagés. La comparaison avec les effectifs déployés par nos partenaires allemands et britanniques est largement à notre avantage : si l'on peut évaluer à 16 personnes l'effectif nécessaire par avion français, il est de 26 pour l'Allemagne et de 43 pour le Royaume Uni. Les caractéristiques du théâtre d'opérations ont bien sûr contribué à cette économie en moyens humains, conditions qui ne seront pas nécessairement transposables à d'autres types de crise : utilisation de plates-formes aéronautiques aux normes européennes, fourniture de l'essentiel des soutiens opérationnels par l'Italie...

Pour autant, une prolongation du conflit au-delà des 78 jours d'opérations aurait sans doute nécessité, de la part de l'Armée de l'air, de redéfinir un nouveau dispositif de déploiement des personnels, un seuil maximal d'activité ayant été atteint lorsque fut mis un terme à l'opération " Force Alliée ".

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