B. PENDANT 45 ANS, LA DÉRIVE DU SYSTÈME ALIMENTE UN DÉSÉQUILIBRE CROISSANT ENTRE LES EFFECTIFS ET L'EMPLOI

Très vite, le monopole de main d'oeuvre conféré aux ouvriers dockers s'est transformé en monopole syndical , qui s'est peu à peu renforcé jusqu'à accaparer des fonctions appartenant à l'origine aux entreprises de manutention, tels que la maîtrise et le petit encadrement, entraînant une véritable dérive des dispositions de la loi du 6 septembre 1947.

Le fait d'être embauché quotidiennement a permis aux dockers de préserver une grande autonomie face à l'entreprise qui les emploie. La dilution de l'autorité entre le BCMO, l'État, le syndicat et l'entreprise a totalement dénaturé la relation de travail, puisque les entreprises étaient de fait dépossédées de leurs prérogatives d'employeur.

Dans ces conditions, il est devenu aisé d'exercer de fortes pressions sur les entreprises : craignant l'immobilisation des navires par suite des grèves, celles-ci ont systématiquement cédé aux revendications en signant des accords locaux qui ont progressivement rigidifié l'organisation du travail jusqu'à instaurer des conditions d'emploi antiéconomiques et inadaptées aux techniques modernes de manutention.

Faute d'avoir réagi à temps, l'État et les entreprises de manutention ont par conséquent dû renoncer à leurs prérogatives pour laisser perdurer un système insatisfaisant mais dont on ne peut se sortir sans prendre le risque d'un conflit majeur . C'est ainsi que l'État a renoncé à assumer sa responsabilité de régulation des effectifs en fonction de l'activité des ports : les cartes G n'ont pas été retirées au-delà de 25 % d'inemploi au niveau national, comme la loi du 6 septembre 1947 le prévoyait pourtant. En outre, le mécanisme de solidarité entre les ports pour l'indemnisation de l'inemploi n'a pas incité à prendre des mesures impopulaires, puisque la charge financière était reportée sur les ports les plus performants .

Cette dérive a été accentuée par les bouleversements des méthodes de travail portuaire liées au développement de la mécanisation à partir des années 1960, de la conteneurisation à partir des années 1970 et de l' automatisation à partir des années 1980. Les gains de productivité n'ont pas été suivis de réductions d'effectifs dans les mêmes proportions, ce qui a entraîné un important sureffectif mettant en péril l'équilibre général du système.

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