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Projet de loi autorisant l'accord entre la France et l'Allemagne relatif aux modalités de financement des infrastructures et de l'acquisition des outils de formation dans le cadre de la coopération franco-allemande dans le domaine du transport tactique aérien

19 février 2020 : Accord France-Allemagne ( rapport - première lecture )

III. L'INSTALLATION PÉRENNE DES PERSONNELS ALLEMANDS

Il est utile d'aborder également un second volet du projet, qui n'est pas directement couvert par l'accord, mais qu'il est important de connaître pour appréhender l'ensemble du dispositif : il s'agit des personnels allemands. Ceux-ci seront au nombre de 160. Mais le point le plus emblématique de cette coopération est qu'il s'agira, pour ces militaires allemands, d'affectations longues, c'est-à-dire de 5 ans et plus. Autrement dit, une part significative d'entre eux viendront en famille de façon pérenne, voire définitive. Il y a là un beau symbole de l'intégration réellement binationale du projet. Il faut souligner à ce titre la mobilisation des élus locaux et des administrations des environs pour permettre le meilleur accueil et la bonne intégration de ces familles allemandes, ce qui sera un gage du succès de l'opération.

Cet élément de la durée des affectations est très original ; il exprime le fait qu'il s'agit bien d'une unité entièrement binationale, et non d'une coopération militaire classique. Du reste, cela a amené le chef d'état-major de l'armée de l'air (CEMAA) à envisager une opération équivalente en retour en Allemagne. Il pourrait s'agir par exemple d'une unité d'hélicoptères tactiques ou, si la France et l'Allemagne venaient à s'en doter, d'hélicoptères lourds qui nous font, à l'heure actuelle, gravement défaut.

IV. LA BA 105 : UN REMARQUABLE OUTIL POLYVALENT

La préparation de ce rapport a conduit la rapporteure à se rendre sur place pour visiter la BA 105 et le lieu d'implantation du futur escadron. La base compte environ 2 500 personnels. Elle a toujours eu une vocation de transport aérien. Elle dispose d'une emprise importante, car elle a été une importante base américaine après-guerre, qui a compté jusqu'à 9 000 hommes. Lorsque la France a quitté le commandement intégré de l'OTAN, l'armée de l'air a récupéré cette base et y a notamment abrité ses Transall. Il est intéressant de noter que, dans le contexte de réduction du format des armées après la fin de la Guerre froide, il a été envisagé jusque dans les années 2010 de fermer la BA 105. Il s'en est notamment suivi un arrêt des investissements lourds sur les bâtiments, ce qui demande aujourd'hui un effort d'autant plus soutenu pour moderniser la base.

On ne peut qu'être frappé du changement de pied auquel on assiste désormais, puisque la BA 105 est aujourd'hui confortée dans son rôle, et devrait même être renforcée à l'avenir par les nouveaux avions légers de surveillance et de reconnaissance (ALSR). Le caractère stratégique de cette base tient aussi au fait qu'elle abrite les 2 C160 Gabriel, qui sont un élément central des capacités de guerre électronique françaises. Au retrait des Gabriel, en 2025, la BA105 accueillera leurs successeurs dans le cadre du programme Archange (il s'agira de 3 Falcon adaptés). Il est également envisagé qu'un détachement de Rafale participant à la police de l'air puisse être stationné de façon pérenne à Evreux.

De ce point de vue, le projet d'unité franco-allemande de transport tactique est doublement emblématique, en ce qu'il reflète deux tendances de fond que nous voyons à l'oeuvre dans nos armées :

- un effort très marqué de ré-investissement ;

- une volonté d'aller plus loin dans les coopérations européennes, à des niveaux de plus en plus proches des opérations. Sur bien des plans, et quoique d'une ampleur moindre, ce dossier rappelle celui du partenariat avec la Belgique (CaMo). Naturellement, concernant l'unité franco-allemande, il faudra regarder avec attention le contenu du second accord portant sur les opérations menées.