C. LE RENFORCEMENT DE L'IMPLICATION DES PÈRES DANS LEURS FONCTIONS PARENTALES (OLIVIER HENNO)
1. L'investissement paternel, un enjeu essentiel
L'investissement des pères durant les premières années de la vie d'un enfant présente des effets durables sur le foyer familial. Plus un père est présent auprès de son enfant après sa naissance, plus il sera susceptible de s'impliquer dans le travail domestique du foyer. En effet, cette présence permet de « créer précocement des habitudes, des compétences et une légitimité paternelle dans le travail familial »6(*).
L'implication des pères participe directement au développement de l'enfant, en particulier sur le plan cognitif, affectif et relationnel. Le père participe davantage aux décisions relatives à l'enfant, ce qui allège la charge pesant sur la mère et limite la spécialisation des rôles parentaux. Le développement de l'enfant invite donc à « passer d'une logique centrée sur la libération du temps des femmes à une logique qui transforme aussi la place des hommes dans la famille »7(*).
Malgré cet état de fait, près de 45 % des pères ne passent aucun moment seul avec leur enfant de moins de six ans de façon hebdomadaire8(*).
Les femmes attendent de plus en plus des hommes une implication accrue dans le foyer domestique. Il s'agit parfois d'une condition pour la réalisation du désir d'enfants dans les discussions au sein du couple, bien que « les femmes se montrent souvent déçues après la naissance de l'écart entre ce qu'elles espéraient de l'investissement de leur conjoint ou des engagements de leur conjoint et l'investissement réel de ce dernier »9(*).
Lorsqu'ils font usage du congé de paternité, les pères mettent régulièrement en avant, notamment lors du temps consacré à leur enfant durant le congé de paternité, « le sentiment d'un défaut d'apprentissage et de socialisation aux gestes de soin »10(*). Ils estiment manquer d'expérience et de formation et souhaitent pouvoir davantage disposer de temps afin de se former aux gestes du soin auprès des nouveau-nés. Le congé de paternité représente une opportunité pour les pères de gagner en autonomie et en confiance dans l'exercice de leurs fonctions parentales.
Historiquement, en France, la politique familiale a soutenu l'emploi des femmes en cherchant à les soulager du travail domestique, principalement grâce au développement des modes de garde11(*). Or, s'il est souhaitable d'agir sur les dispositifs permettant aux femmes de travailler, la politique familiale se concentre moins sur le volet inverse, c'est-à-dire l'implication des hommes dans la sphère familiale12(*).
L'effet sur la natalité de dispositifs tels que le congé de paternité est peu clair. En revanche, le congé de paternité contribue à réduire les inégalités de genre sur le marché du travail, qui selon une note13(*) de 2024 du Conseil d'analyse économique ont un coût économique « de l'ordre de la dizaine de points de PIB ».
2. Des dispositifs coûtant entre 0,5 et 1 milliard d'euros par an
L'éducation des hommes à la parentalité coûte entre 0,5 et 1 milliard d'euros par an, essentiellement du fait du congé de paternité, réformé en 2021 et qui a coûté 663 millions d'euros en 2023.
Par ailleurs, la branche famille finance des dispositifs spécifiques d'éducation à la parentalité, ouverts aux deux parents. Par exemple, inspiré du modèle suédois des « öppen förskola » (« école maternelle ouverte »), les lieux d'accueil enfants-parents sont des espaces qui accueillent sans inscription et de façon libre les enfants âgés de moins de six ans, accompagnés de leurs parents ou d'un adulte référent. Il s'agit d'un lieu de transition entre l'espace familial et l'espace collectif. Ils favorisent les échanges entre parents ainsi qu'avec des professionnels de la parentalité.
3. Comment renforcer l'investissement des pères ?
L'allongement du congé de paternité avait bénéficié d'une large médiatisation en 2021. Selon le rapporteur, il apparaît pertinent d'en relancer la communication afin de cibler les publics les plus en difficulté (certains parents au chômage indemnisés par exemple se pensant à tort inéligibles du fait des restrictions pouvant être associées à leur statut) et, d'autre part, d'insister sur la souplesse du dispositif pour en augmenter le taux de recours.
Il convient en outre d'inscrire le congé de paternité dans une réflexion plus large sur les congés parentaux.
Le rôle des entreprises dans l'éducation à la paternité est incontournable. L'implication des pères dans les premiers mois de la vie de leur enfant est très souvent freinée par la crainte de conséquences négatives pour leur emploi. Le degré d'investissement des pères dans la sphère domestique découle des exigences de la sphère professionnelle sur les arbitrages que les pères doivent effectuer entre leur vie familiale et leur vie professionnelle, souvent au détriment de la première.
Les instruments utilisés se heurtent souvent à la faiblesse des moyens disponibles. Un renforcement du congé de paternité est parfois envisagé. Ainsi, la note précitée de 2024 du Conseil d'analyse économique préconise « une réforme ambitieuse du congé paternité, en l'allongeant à 10 semaines, dont 6 obligatoires », pour un coût estimé à 1,3 milliard d'euros selon la borne haute. Toutefois les préconisations tendant à augmenter les moyens se heurtent à la difficulté de leur financement, dans le contexte actuel des finances publiques.
* 6 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 7 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 8 Réponse de la Drees au questionnaire du rapporteur.
* 9 Réponse de Myriam Chatot au questionnaire du rapporteur.
* 10 Ludovic Viévard, Pierre Grosdemouge, Dann Mettidji, Alice Quérel, Réforme du congé de paternité : modalités de recours, vécus, effets sur les inégalités femmes-hommes et la construction de la paternité, mars 2023
* 11 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 12 Réponse de Romain Delès au questionnaire du rapporteur.
* 13 Emmanuelle Auriol, Camille Landais, Nina Roussille, « Égalité hommes-femmes : une question d'équité, un impératif économique », Les notes du conseil d'analyse économique, n° 83, novembre 2024.
