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Projet de loi de finances pour 1996

 

II. LES COMPTES DE L'AUDIOVISUEL

Avant de présenter les comptes du secteur public de l'audiovisuel pour 1995 et ses ressources prévisionnelles pour 1996, un examen global des « comptes de l'audiovisuel » (1(*)) permet d'éclairer l'économie globale de ce secteur.

A. LES DÉPENSES AUDIOVISUELLES DES MÉNAGES

1. Des dépenses en forte progression

La consommation audiovisuelle ne représente que 1,1 % de la consommation totale des ménages, mais la croissance en est rapide. Ainsi, en treize ans, de 1980 à 1993, la dépense des ménages en programmes audiovisuels a été multipliée par 2,3 en francs constants. Cette composante de la consommation est l'une de celles qui progressent le plus vite, beaucoup plus vite que la consommation totale, multipliée par 1,1 en francs constants sur la même période, ou même que la consommation de services, multipliée par 1,6 ou les soins de santé, par 1,8.

Le cinéma a longtemps représenté le seul programme audiovisuel. La télévision n'a vraiment pris d'importance que dans les années soixante-dix depuis le début des années quatre-vingt, l'accès à la télévision s'est diversifié : à la voie hertzienne se sont ajoutés le câble et le satellite. L'usage des vidéocassettes préenregistrées ou la copie de programmes sur vidéocassettes vierges -marginaux en 1980- sont devenus une pratique courante à la fin de la décennie.

La composition des dépenses des ménages par type de programmes s'est donc profondément transformée durant ces vingt dernières années. La part du cinéma a baissé de façon continue : en 1980, elle représentait encore 43 % de la dépense ; en 1993, par contre, elle en représente moins de 15 %. Celle de la redevance a également baissé, mais de façon moindre, passant de 45,3% à 25,6% en 1993. Les parts des autres composantes des dépenses de programmes ont progressé : abonnements (Canal +, câble et, très marginalement, satellite), achats de vidéocassettes vierges pour l'enregistrement de programmes, achats et locations de vidéocassettes préenregistrées.

La dépense des ménages, pour la télévision proprement dite, a été multipliée par 2,9 en francs constants. Alors qu'en 1980 elle ne comportait que la redevance, les abonnements aux chaînes payantes se sont depuis ajoutés à cette dépense.

De 1980 à 1993, le montant de la redevance, supportée par les ménages, a augmenté de 31 %. Cette évolution reflète tout d'abord une progression régulière de l'équipement des ménages qui se sont dotés massivement de postes couleur. Le tarif de la redevance a, en revanche, évolué de façon erratique. Son taux a doublé de 1980 à 1986, puis baissé d'environ 10 % de 1986 à 1988. Elle a été de nouveau à la hausse après 1988. Mais, en francs constants, le tarif couleur est encore inférieur, en 1993, de 10% à celui de 1980 !

2. Les dépenses d'abonnement ont pris une place importante

Les dépenses d'abonnements ont progressé très rapidement. Faibles en 1985, elles dépassent, dès 1988, les dépenses de cinéma, et, à partir de 1991, celles de la redevance affectée à l'audiovisuel. Leur progression reste très élevée : + 9,7 % en 1992, + 10 % en 1993 en francs constants. Canal + constitue la majeure partie de cette catégorie de dépenses ; celles qui correspondent aux chaînes du câble restent encore faibles (environ 14 % en 1993), mais elles progressent beaucoup plus vite.

On aboutit ainsi au paradoxe suivant : les ménages dépensent plus en abonnements qu'en redevance, alors que l'audience des chaînes sur abonnement est très faible comparée à celle des chaînes hertziennes nationales ou même seulement des chaînes publiques dont le budget repose en grande partie sur la redevance.

Canal + dépasse le cap des 3,7 millions d'abonnés, près de trois fois plus que le câble. Un ménage sur sept est abonné à Canal +. Chaque année, les nouveaux abonnés sont plus nombreux que ceux qui se désabonnent. Le développement de Canal +, très rapide jusqu'en 1989, n'est pas encore parvenu à son plafond, mais sa croissance s'est ralentie (+ 10,1 % en 1991, + 6,9 % en 1992, + 3,9 % en 1993).

Le nombre d'abonnés au câble s'accroît rapidement. Mais, comparativement à celui de Canal +, ce nombre reste assez faible. A son début, le câble a souffert d'une erreur des pouvoirs publics qui n'ont voulu privilégier aucun support et qui n'ont pas su choisir -comme l'a fait l'Allemagne- , il souffre maintenant d'une insuffisance de programmes spécifiques. En réalité, la politique audiovisuelle française n'a pas eu de ligne directrice : Canal +, les nouvelles chaînes hertziennes commerciales et les réseaux câblés ont été créés simultanément dans le plus grand enthousiasme d'une politique volontariste, certes, mais totalement incohérente !

Maintenant, les programmes disponibles sur le câble sont plus riches et plus diversifiés ; il existe une palette de chaînes thématiques, cryptées ou non.

Le câble et Canal + apportent bien la démonstration que les ménages sont prêts à payer les services de la télévision, si ceux-ci correspondent a leur attente.

Les graphiques ci-après illustrent cette diversification des dépenses des ménages dans l'audiovisuel.

Répartition des dépenses des ménages dans l'audiovisuel

en 1980

Source : BIPE, CNC, SJTIC Document Sénat

Répartition des dépenses des ménages dans l'audiovisuel

en 1993

Source : BIPE, CNC, SJTIC. Document Sénat

* 1 Source : mission statistique du SJTIC et INSEE