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17 décembre 1997 : Albanie ( rapport - première lecture )

 



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C. L'ÉVOLUTION DU CONTEXTE RÉGIONAL

On a souvent souligné le risque d'extension que pourrait avoir une crise en Albanie sur l'ensemble de la région des Balkans, compte tenu des conflits ou des contentieux qui l'opposent à la plupart de ses voisins.

On doit constater qu'en dehors de vagues supplémentaires d'émigration vers la Grèce et l'Italie, les événements de l'hiver 1997 n'ont pas eu de conséquences majeures sur les autres pays de la région. Les dirigeants albanais paraissent par ailleurs animés d'une volonté d'apaisement à l'égard de la question des Albanais du Kosovo et de Macédoine. Les relations s'améliorent avec la Grèce et restent fortes avec l'Italie.

1. La question des Albanais du Kosovo et de Macédoine

On rappellera que le découpage territorial issu du démembrement de l'Empire ottoman, et en dernier lieu celui opéré par la conférence de Londres en 1912 qui débouchera sur la création d'un état albanais indépendant en 1913, a privé l'Albanie d'une grande partie de la population albanophone. En effet, alors que l'Albanie compte 3,3 millions d'habitants, on compte 1,8 million d'Albanais vivant au Kosovo, province serbe dont ils constituent 90 % de la population, 480 000 dans l'ouest de la Macédoine, où ils représentent 23 % de la population, et 200 000 au Monténégro.

Relativement limités au Monténégro, les problèmes liés au sort des populations albanaises sont beaucoup plus vifs en Macédoine et surtout au Kosovo.

En Macédoine, les revendications de la minorité albanaise portent plus sur la reconnaissance de la langue et de la culture, au travers notamment de l'enseignement, que sur l'autonomie politique. Malgré les tensions périodiques, le souhait des autorités albanaises est de favoriser l'apaisement, et de tenir une ligne de neutralité par rapport aux différents partis albanophones.

Beaucoup plus graves sont les tensions avec la Serbie, qui relèvent d'un antagonisme historique très ancien. Ici également, le souhait du nouveau gouvernement albanais est d'instaurer des relations moins passionnelles avec Belgrade, comme en témoigne la rencontre, lors du sommet balkanique de Crête au début du mois de novembre dernier, entre MM. Nano et Milosevic. Ce geste sans précédent dans l'histoire récente des relations entre les deux pays illustre la volonté albanaise de ne pas attiser les tensions dans la région et de privilégier une solution négociée. Les nouveaux dirigeants albanais souhaitent en priorité une relance des négociations sur la mise en oeuvre de l'accord Rugova-Milosevic de 1996 sur l'enseignement au Kosovo. Mais l'intransigeance de Belgrade, sans doute confortée par l'affaiblissement actuel de l'Albanie, ne paraît pas de nature à jouer en faveur de l'apaisement au Kosovo.

2. Les relations avec la Grèce et l'Italie

Les relations entre la Grèce et l'Albanie ont longtemps été marquées par les questions territoriales, la Grèce considérant qu'elle pouvait revendiquer les régions situées au sud de l'Albanie, qui constituent pour elle l'Epire du Nord. De fait, cette région abrite une importante minorité grecque, dont le nombre fait cependant l'objet de divergences puisqu'il serait de 300 0000 personnes selon Athènes et de 55 000 seulement selon Tirana. Deux partis politiques représentent cette minorité hellénophone et l'un d'entre eux, le parti de l'Union des droits de l'homme, issu de l'association Omonia, dispose de députés au Parlement.

Parallèlement, plusieurs centaines de milliers d'Albanais travaillent en Grèce et, par leurs revenus, permettent d'importants flux financiers vers l'Albanie.

Les relations gréco-albanaises sont en voie d'amélioration notable. Un traité d'amitié et de coopération a été conclu entre les deux pays. Les autorités albanaises ont autorisé l'ouverture de classes d'enseignement en grec dans le sud du pays, ainsi que l'ouverture de consulats. La Grèce s'est pour sa part engagée à régulariser la situation de 200 000 travailleurs albanais clandestins. Elle entend apporter une aide d'urgence à l'Albanie et développer des projets de coopération, notamment dans le domaine militaire. Les deux pays souhaitent également réduire les incidents qui éclatent régulièrement aux frontières gréco-albanaises. Une commission bilatérale examine la délimitation de la frontière terrestre et du plateau continental. Ces relations politiques se doublent d'échanges économiques en forte progression, la Grèce étant le deuxième partenaire de l'Albanie.

L'Italie est quant à elle le principal partenaire de l'Albanie et son influence domine dans tous les domaines. Elle a, elle aussi, accueilli un très grand nombre d'émigrés albanais, notamment lors des vagues de réfugiés des années 1991 et 1992 et, plus récemment, après les émeutes du début de l'année 1997. La situation de cette communauté albanaise en Italie suscite périodiquement des frictions entre les deux pays, mais globalement, les contacts politiques et économiques sont très étroits et l'assistance italienne à l'Albanie a été très conséquente. L'Italie a assuré la direction de l'opération Alba et maintient depuis lors un contingent sur place dans le cadre d'un protocole militaire. Dans le cadre des engagements annoncés lors de la conférence des donateurs du 22 octobre dernier, elle s'est placée au premier rang des contributeurs, au titre de l'aide bilatérale.

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