N° 154

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 1998-1999

Annexe au procès-verbal de la séance du 19 janvier 1999

RAPPORT

FAIT

au nom de la commission des Affaires sociales (1) sur le projet de loi, ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE, créant le Conseil national des communes " Compagnon de la Libération " ,

Par M. Lucien NEUWIRTH,

Sénateur.

(1) Cette commission est composée de : MM. Jean Delaneau, président ; Jacques Bimbenet, Louis Boyer, Mme Marie-Madeleine Dieulangard, MM. Guy Fischer, Jean-Louis Lorrain, Louis Souvet, vice-présidents ; Mme Annick Bocandé, MM. Charles Descours, Alain Gournac, Roland Huguet, secrétaires ; Henri d'Attilio, François Autain, Paul Blanc, Mme Nicole Borvo, MM. Jean-Pierre Cantegrit, Bernard Cazeau, Gilbert Chabroux, Jean Chérioux, Philippe Darniche, Christian Demuynck, Claude Domeizel, Jacques Dominati, Michel Esneu, Alfred Foy, Serge Franchis, Francis Giraud, Claude Huriet, André Jourdain, Philippe Labeyrie, Roger Lagorsse, Dominique Larifla, Henri Le Breton, Dominique Leclerc, Marcel Lesbros, Simon Loueckhote, Jacques Machet, Georges Mouly, Lucien Neuwirth, Philippe Nogrix, Mme Nelly Olin, MM. Lylian Payet, André Pourny, Mme Gisèle Printz, MM. Henri de Raincourt, Bernard Seillier, Martial Taugourdeau, Alain Vasselle, Paul Vergès, André Vezinhet, Guy Vissac.


Voir les numéros :

Assemblée nationale : (11
ème législ. ) : 11 , 1270 et T.A. 228 .

Sénat : 142 (1998-1999).

Anciens combattants et victimes de guerre.

TRAVAUX DE LA COMMISSION

Le mardi 19 janvier 1999 , sous la présidence de M. Jean Delaneau, président , la commission a procédé à l'examen du rapport de M. Lucien Neuwirth, rapporteur , sur le projet de loi n° 142 (1998-1999), adopté par l'Assemblée nationale, créant le Conseil national des communes " Compagnon de la Libération ".

M. Lucien Neuwirth, rapporteur,
a observé que ce projet de loi, loin d'avoir une portée exclusivement symbolique, était un texte important car il associait le législateur au devoir de mémoire sur l'une des heures les plus tragiques, mais aussi paradoxalement peut-être les plus glorieuses, de l'histoire de France. Il a indiqué que ce texte visait à assurer la pérennité de l'Ordre de la Libération au moment où la disparition progressive et inexorable des Compagnons de la Libération menaçait l'existence même de l'Ordre.

Il a estimé que l'extinction de l'Ordre apparaissait inconcevable car celui-ci incarnait la mémoire de la Libération et l'esprit de la Résistance. Il a rappelé que l'Ordre de la Libération avait été créé le 16 novembre 1940 à Brazzaville par une ordonnance du Général de Gaulle. Il a précisé que la Croix de la Libération, destinée selon les termes de l'ordonnance à " récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées de manière exceptionnelle dans l'oeuvre de libération de la France et de son empire ", avait été décernée entre 1941 et 1946 à 1.036 personnes physiques, à 18 unités militaires et à 5 communes françaises (Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l'Ile-de-Sein).

Il a également rappelé les circonstances de la création de l'Ordre, observant que le Général de Gaulle avait jugé nécessaire la création d'une récompense particulière pour tous ceux qui, au prix d'immenses sacrifices, avaient tout abandonné et risqué leur vie pour la Libération de la France.

M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a indiqué que la Libération n'avait pas signifié une quelconque mise en sommeil de l'Ordre, car deux ordonnances du 26 août 1944 et du 10 août 1945 avaient assuré sa pérennité et confirmé ses missions. Il a indiqué que cette architecture était très largement celle qui existait encore aujourd'hui.

Il a ensuite précisé que l'Ordre de la Libération, deuxième ordre national après celui de la Légion d'Honneur, était doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière et qu'il était financé par un budget annexe à celui du ministère de la justice, ses crédits s'élevant à un peu plus de 5 millions de francs en loi de finances initiale pour 1999.

S'agissant de l'organisation actuelle de l'Ordre, il a rappelé qu'elle reposait sur deux piliers complémentaires. Il a précisé que le Conseil de l'Ordre, composé actuellement de 16 membres tous Compagnons de la Libération, était chargé de veiller à la discipline de l'Ordre et d'élaborer les grandes lignes de son action. Il a observé que le Chancelier, nommé par décret du Président de la République, après avis du Conseil de l'Ordre, pour un mandat de 4 ans renouvelable, assurait la direction et l'administration de l'Ordre, le Chancelier en exercice étant depuis 1978 le Général d'Armée Jean Simon.

S'agissant des missions actuelles de l'Ordre, M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a estimé qu'elles étaient très diversifiées. Il a indiqué que la première d'entre elles était bien évidemment la politique de la mémoire : organisation de cérémonies commémoratives dont celle du 18 juin au Mont Valérien, administration du musée de l'Ordre de la Libération, conservation des archives de l'Ordre, maintien de la discipline des membres afin de préserver la tradition et l'idéal issus de la Résistance. Il a également observé que l'Ordre était aussi chargé d'assurer le service de la médaille de la Résistance française, cette médaille, créée le 9 février 1943, ayant vocation à " reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l'empire et à l'étranger, auront contribué à la résistance du peuple français contre l'ennemi et ses complices depuis le 18 juin 1940 " et ayant été attribuée à près de 43.000 résistants, mais aussi à 17 communes et au Territoire de Nouvelle-Calédonie.

Il a enfin précisé que l'Ordre avait pour mission, depuis l'ordonnance du 26 août 1944, d'apporter un secours exceptionnel aux Compagnons de la Libération, aux Médaillés de la Résistance française et à leur famille.

M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a estimé que c'était parce que l'Ordre correspondait à une mémoire glorieuse et exemplaire, mais aussi à une réalité concrète, qu'il importait d'assurer sa pérennité pour l'avenir.

Il a indiqué que le projet de loi proposait la création d'un établissement public national à caractère administratif, le Conseil national des communes " Compagnon de la Libération ", qui serait appelé à succéder à l'actuel Conseil de l'Ordre. Il a estimé que ce projet reposait sur une logique limpide : fonder l'avenir de l'Ordre sur les seuls Compagnons de la Libération dont la permanence serait assurée, c'est-à-dire les 5 communes.

Il a ensuite rappelé les grandes étapes de préparation de ce projet de loi, estimant qu'elles soulignaient le caractère très consensuel de ce texte. Il a ainsi précisé que le projet de loi était l'aboutissement d'une démarche engagée depuis plusieurs années par l'Ordre de la Libération. Il a ainsi indiqué qu'en avril 1996 la Chancellerie de l'Ordre avait présenté au Gouvernement un avant-projet et qu'à la demande du Président de la République, le Gouvernement avait déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale, le 16 avril 1997, un projet de loi très proche de l'avant-projet initial. Il a rappelé qu'après la dissolution de l'Assemblée nationale, le nouveau Gouvernement avait redéposé un projet de loi identique le 19 juin 1997, adopté à l'unanimité par l'Assemblée nationale le 17 décembre 1998.

S'agissant de l'architecture institutionnelle proposée pour assurer la pérennité de l'Ordre de la Libération, M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a indiqué que le présent projet de loi déterminait les missions, l'organisation, le fonctionnement et les conditions de mise en place du futur Conseil national des communes " Compagnon de la Libération ".

Concernant les missions du futur Conseil national, le rapporteur a observé que les missions énumérées à l'article 2 du projet de loi correspondaient aux missions actuellement assurées par le Conseil de l'Ordre : garantir la pérennité des traditions de l'Ordre et porter témoignage devant les générations futures, mettre en oeuvre des initiatives pédagogiques ou culturelles afin de préserver la mémoire de l'Ordre, veiller sur le musée et les archives de l'Ordre, organiser les cérémonies commémoratives, participer à l'aide morale et matérielle aux Compagnons et à leur famille. Il a indiqué que l'article 7 du projet de loi précisait que le Conseil national assurait également le service de la Médaille de la Résistance française.

A cet égard, il a rappelé que l'Assemblée nationale avait adopté un amendement permettant aux médaillés de la Résistance française de bénéficier de l'aide morale et matérielle du Conseil national. Il a indiqué qu'il proposerait à la commission, dans un souci d'équilibre, un amendement étendant aux médaillés de la Résistance française la mission de mémoire du futur Conseil national.

S'agissant de l'organisation et du fonctionnement du futur Conseil national, il a observé que le texte prévoyait un conseil d'administration du Conseil national, composé des personnes physiques titulaires de la Croix de la Libération, des maires en exercice des 5 communes " Compagnon de la Libération " et d'un délégué national, ce délégué national devant succéder à l'actuel Chancelier. Il a précisé que la présidence du Conseil national serait assurée conjointement par l'un des maires, ceux-ci se succédant chaque année, et par le délégué national. Il a considéré qu'il était difficile d'intégrer les unités combattantes " Compagnon de la Libération " dans le futur Conseil national car leur pérennité n'était pas assurée mais il a observé que ces unités seraient toutefois associées à la mission de mémoire du Conseil national.

M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a estimé que ce nouveau mécanisme institutionnel n'était pas une création ex nihilo, car les communes " Compagnon de la Libération ", actuellement regroupées au sein d'une association, étaient déjà très actives.

S'agissant des conditions de mise en place du futur Conseil national, il a indiqué que la loi entrerait en vigueur au moment où l'actuel Conseil de l'Ordre ne pourrait plus réunir 15 compagnons de la Libération, personnes physiques.

En conclusion, M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a jugé que ce projet de loi permettrait d'assurer la pérennité de l'Ordre en le fondant sur une nouvelle architecture institutionnelle ; il a déclaré qu'il aurait souhaité pouvoir proposer d'adopter conforme ce projet de loi mais il a estimé nécessaire de présenter quelques amendements visant essentiellement à corriger certaines erreurs matérielles, à apporter des éclaircissements rédactionnels mais aussi, en accord avec la Chancellerie de l'Ordre de la Libération, à étendre la mission de mémoire du futur Conseil national aux Médaillés de la Résistance française.

M. Guy Fischer a déclaré, au nom de son groupe, approuver ce projet de loi, même s'il pouvait se poser des problèmes de moyens. Il a souligné l'importance du devoir de mémoire et la nécessité de transmettre l'esprit de Résistance aux jeunes générations.

M. Jean Chérioux a également insisté sur l'importance de ce texte sur le double plan de la mémoire et du consensus. Il a indiqué l'adhésion et la satisfaction de son groupe en précisant que la question de l'avenir de l'Ordre de la Libération avait souvent été abordée au Conseil de Paris. Il a enfin tenu à rappeler le rôle majeur qu'avait joué M. Lucien Neuwirth dans la Libération de la France.

Mme Gisèle Printz a également estimé qu'il était important d'assurer la pérennité de l'Ordre de la Libération au-delà de la disparition des Compagnons, personnes physiques. Elle a indiqué que son groupe approuvait totalement ce projet de loi.

En réponse à M. Guy Fischer, M. Lucien Neuwirth, rapporteur, a précisé que le budget de l'Ordre de la Libération était rattaché à celui du ministère de la justice et que la loi de finances initiale pour 1999 prévoyait une augmentation substantielle des crédits, de près d'un million de francs.

Puis la commission a abordé l'examen des articles.

A l'article 2 (missions du Conseil national des communes " Compagnon de la Libération "), elle a adopté un amendement visant à étendre aux Médaillés de la Résistance française la mission de mémoire de l'Ordre de la Libération ainsi qu'un amendement rédactionnel.

A l'article 4 (présidence du Conseil national), la commission a adopté un amendement précisant que la présidence visée par cet article était celle du conseil d'administration du Conseil national.

A l'article 7 (service de la Médaille de la Résistance française), la commission a adopté un amendement rédactionnel.

A l'article 10 (entrée en vigueur de la loi), elle a également adopté un amendement rédactionnel.

Puis la commission a approuvé à l'unanimité le projet de loi ainsi amendé .

M. Jean Delaneau, président , a insisté sur le caractère très consensuel de ce texte et il a fait part de son souhait que l'Assemblée nationale puisse, en deuxième lecture, adopter conforme le projet voté par le Sénat.

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