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C. LES HUILES



 
 
 

Données de base

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Marché

 

Importance dans les déchets ménagers

 

Cadre juridique

 

Valorisation

 
 

 886.000 tonnes de lubrifiants sont utilisées chaque année en France dans le transport et l'industrie, générant 295.000 tonnes d'huiles usagées


 

  Hormis les cas d'autoconsommation, les huiles sont plutôt des déchets industriels banals

 

 Directive 75/439/CEE du Conseil du 16 juin 1975 relative aux huiles usagées, transposée en droit français par le décret n° 79-981 du 21 novembre 1979 (texte modifié à plusieurs reprises depuis)

 

 240.000 tonnes sont récupérées. Les huiles ainsi collectées sont soit régénérées (nouvelles huiles), soit brûlées (incinération, cimenterie...)


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

1. Situation

a) Présentation générale

La filière de récupération et de valorisation des huiles usagées est l'une des plus anciennes. Elle est apparue au cours de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu'il s'agissait de contourner le manque de matières premières. Ce lien avec une économie de pénurie s'est confirmé trente ans plus tard, puisque la filière s'est à nouveau organisée à la suite du premier choc pétrolier.

Les premières grandes directives européennes sur les déchets et les huiles -adoptées la même année en 1975- se situent dans ce contexte de crise et de menace pour l'approvisionnement énergétique. C'est en 1979 que la directive sera transposée en droit français et qu'une taxe parafiscale sera créée pour financer " la collecte, le traitement et l'élimination des huiles, selon la technique la plus adaptée ".

C'est ce rappel historique qui explique notamment que la " filière huile " soit plutôt bien organisée et assez bien répartie sur l'ensemble du territoire. Ce point, comme on le verra, aura de l'importance pour l'avenir.

b) Le gisement

Il existe deux types d'utilisation des lubrifiants : l'huile moteurs (voitures particulières, poids lourds, matériels agricoles, avions...), l'huile industrielle (SNCF, métallurgie...). Toutes utilisations confondues, sur un volume de lubrifiant donné, 56 % est autoconsommé et 44 % génère une huile usagée. Pour l'huile moteur, les proportions sont inversées : 47 % est autoconsommé et 53 % génère une huile usagée. La production d'huiles usagées était, en 1995, de 386.000 tonnes. Le circuit et les grandes masses sont donnés dans la présentation et le tableau suivants.



Gisement d'huiles usagées (en milliers de litres)

 
 

volume

et %

 
 

récupérés

 Huiles moteurs

 
 
 

 Voitures particulières

115

 
 

 Poids lourds, cars...

87

 
 

 Matériel agricole

23

 
 

 Motos

2

 
 

 Aviation

30

 
 

 Engrenages, divers

14

 
 

Sous-total huiles moteurs

271

224

82 %

 Huiles industrielles noires

24

11

46 %

 Huiles industrielles claires

91

2,5

1,6 %

Sous-total huiles industrielles

115

13,5

10,8

Total huiles

386

237,5

61 %

Source : ADEME

De l'huile consommée à l'huile usagée

(en milliers de tonnes et en pourcentage du " pavé " précédent)


 
 
 
 

Huile détruite*

241.000 t

(47 %)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Moteurs

512.000 t

(58 %)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Huiles usagées

21.000 t

(53 %)

 
 

Total lubrifiants

886.000 t

(100 %)

 
 
 
 
 

Total huiles usagées 386.000 t

(100 %)

 
 
 
 

Huiles usagées noires

24.000 t

(7 %)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Utilisations industrielles

374.000 t

(42 %)

 

Huiles usagées claires

91.000 t

(24 %)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Auto-destruction

259.000 t

(69 %)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

*Une partie de l'huile mise dans le moteur ou dans le mécanisme est utilisée ou " consommée " par ces derniers, et disparaît.

 
 
 
 
 
 
 

Source : ADEME. Gisement français d'huile usagées, données 1995,

traitement OPECST

 
 
 
 
 
 
 
c) La collecte

La filière met en jeu trois partenaires successifs.

 les détenteurs d'huiles usagées chargés de recueillir les huiles et de les stocker (garages...).

 les ramasseurs d'huiles usagées responsables de la collecte des huiles usagées. Les entreprises de ramassage sont agrées par les préfets de départements. Un département peut avoir plusieurs entreprises agréées. Une entreprise peut être agréée dans plusieurs départements. Il existait soixante-dix entreprises agréées (au 30 juin 1997). La collecte est obligatoire. Jusqu'en 1999, les ramasseurs devaient procéder à l'enlèvement de tout lot d'huile supérieur à 200 litres. Ce seuil est passé à 600 litres en 1999.

 les éliminateurs d'huiles usagées exploitent des installations qui traitent les huiles. Les entreprises sont agréées par le ministère de l'Environnement. Le traitement prend deux formes distinctes (voir ce point en détail ci-après) : la régénération des huiles usagées qui consiste à fabriquer de nouvelles huiles à partir des anciennes, et l'utilisation industrielle qui consiste à utiliser l'huile comme combustible. Il existe quarante éliminateurs (quinze par la régénération, vingt-cinq par la combustion).

Ce passage en trois étapes (détenteur, ramasseur, éliminateur) traduit aussi une transformation dans la nature même du produit. Au premier stade, l'huile usagée est un déchet et considéré comme tel. L'usager s'en débarrasse, le détenteur est obligé de la reprendre, mais la remet au ramasseur à prix zéro.

A ce stade, " l'huile déchet " change de nature. Elle devient alors une matière première susceptible d'être traitée pour refaire des huiles ou d'être brûlée, en jouant sur son haut pouvoir calorifique. Par la collecte et la masse critique atteinte, " l'huile déchet " se transforme en " huile matière première ".

 Les résultats

Concernant la collecte, il faut distinguer les huiles moteurs et les huiles industrielles. Les taux de collecte des huiles moteurs sont importants, de l'ordre de 82 % par rapport au gisement. L'efficacité de la collecte n'a cessé de s'améliorer depuis dix ans, puisqu'on comptait 100.000 tonnes collectées en 1986, 150.000 tonnes en 1990, 200.000 tonnes en 1994 et 237.000 tonnes en 1996.

Par comparaison, les taux de collecte des huiles industrielles paraissent très faibles, puisqu'ils ne représentent que moins de 11 % du gisement, et même 2 % pour les huiles claires161(*). Ce chiffre est cependant trompeur car ce type d'huile fait souvent l'objet de revente directe ou d'un traitement sur place.

Les huiles usagées qui intéressent les collectivités locales sont, pour l'essentiel, des huiles moteurs. Le circuit repose, pour l'essentiel, sur les industriels qui ont organisé les structures de collecte. Près de la moitié est collectée dans les stations services. Les collectivités locales ne sont qu'un intervenant mineur puisqu'elles n'assurent que 6 % de la collecte aujourd'hui. La répartition des différents points de collecte est donnée dans le tableau suivant.


La collecte des huiles usagées (1996)

Détenteurs

Volume

(en milliers de tonnes)

Part dans le total

 Garages, stations service

115

48,5 %

 Sociétés de transport

26

11 %

 Industries

35

14,8 %

 Monde agricole

5

2,1 %

 Grosses collectivités (armée, PTT...)

13

5,5 %

 Autres détenteurs

29

12,2 %

 Conteneurs (déchetteries des municipalités)

14

5,9 %

Total

237

100 %

Source : ADEME, Bilan de la collecte des huiles usagées, 1996

Ces bons résultats d'ensemble ne doivent pas masquer certaines lacunes. La partie non collectée, même faible, suscite notamment quelques inquiétudes. Quand il n'entre pas dans la filière de collecte traditionnelle, l'usager se débarrasse de l'huile usagée soit en la jetant, soit en la brûlant. Or, compte tenu des caractéristiques des huiles, ces deux " solutions " sont dangereuses.

d) Le traitement des huiles usagées

Les propriétés des huiles dépendent des méthodes de fabrication et des additifs162(*), notamment les métaux lourds (plomb, phosphore, zinc, cadmium) et le chlore. Une huile contient entre 5 et 25 % d'additifs qui se concentrent dans les huiles usagées.

Citant une étude du Laboratoire national d'essais, l'ADEME estime que " la combustion non contrôlée des huiles usagées peut entraîner la mise en atmosphère de l'émission de plomb organique en faible quantité, mais qui présente un caractère toxique prononcé. "

L'épandage et la combustion sauvages multiplient les risques pour l'environnement et la santé. Or, chacun sait que de telles pratiques, sans être courantes, ne sont pas exceptionnelles. Le pouvoir calorifique des huiles est ainsi utilisé localement dans les serres notamment, et la simple caractéristique physique des huiles est mise à profit pour absorber d'autres huiles beaucoup plus nocives. (Les huiles des anciens transformateurs EDF comportant de l'acide, sont mélangées avec les huiles noires issues des moteurs et brûlées.) Cette fraction échappe aux circuits de collecte classiques. Le problème repose alors sur les municipalités, tout aussi démunies devant une difficulté plus culturelle que technique.

Les huiles usagées sont traitées par trois filières

 La régénération (ou re-raffinage) qui consiste, via un traitement industriel lourd, à refabriquer une huile de base, semblable aux huiles de base neuves (avant additifs...). Les installations de régénération d'huiles usagées sont de véritables petites raffineries en miniature comportant une succession de plusieurs cylindres de plusieurs mètres de haut dans lesquels les huiles ruissellent sous vide (déshydratation par distillation atmosphérique puis distillation sous vide). La finition des huiles est assurée par un procédé d'hydrogénation ou par un procédé de filtres composés de terres " activées ", destinés à absorber les dernières particules métalliques et hydrocarbures indésirables.

 Les autres traitements destinés à une réutilisation sous forme d'huile sont pour la plupart basés sur des principes de distillation et/ou filtration, avec élimination de l'eau, des particules métalliques et des hydrocarbures lourds. On distingue les procédés simples de re-raffinage (reprocessing) qui consiste à faire un début de re-raffinage afin d'obtenir du fuel utilisable en combustible dans certains secteurs (station d'enrobage de bitumes, combustible pour diesels de moteurs marine), et les procédés de filtration fine, réservés aux huiles industrielles claires (procédés dits de " laundering " et de " reclamation ", donnant une huile utilisable en démoulage (coffrages de béton armé) ou pour les chaînes de tronçonneuses...

 L'utilisation des huiles comme combustible, que ce soit en cimenterie ou dans des centres d'incinération de déchets industriels spéciaux. Même si la présence de produits légers (essence) et d'eau en émulsion rendent leurs conditions d'incinération délicates, le pouvoir calorifique des huiles usagées est estimé à 98 % de celui du fuel lourd.

La première voie est, normalement, privilégiée, ainsi que l'indique clairement l'article 7 du décret initial du 21 novembre 1979 : " Les seuls modes d'élimination autorisés pour les huiles usagées sont le recyclage ou la régénération dans des conditions économiques acceptables ou à défaut, l'utilisation industrielle comme combustible ".

En réalité, cette hiérarchie n'a pas été respectée. Les résultats en Europe sont très diversifiés, mais dans l'ensemble, décevants. Il n'y a qu'en Italie que la régénération a trouvé sa place grâce à la combinaison d'investissements importants et d'une fiscalité incitative, puisque le prélèvement sur les huiles régénérées est moitié moindre de celui sur les huiles neuves.


Traitement des huiles usagées. Comparaison internationale

 

Europe

France

Allemagne

Belgique

Danemark

Italie

Espagne

Russie

 Régénération

32

42

41

0

0

80

13

0

 Combustion

32

52

35

33

25

7

50

23

 Autres réutilisations

36

6

24

67

75

13

32

77

Source : Concawe

En France, les pratiques comme l'évolution récente des conditions économiques ont renversé l'ordre des priorités. La régénération, qui s'appliquait à 70 % des volumes traités en 1990, ne s'applique plus qu'à 31 % des volumes traités en 1996.


Évolution en France de la répartition des traitements des huiles usagées*

 

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

 Volume traité

158

167

151

193

197

214

226

229

 Valorisation énergétique

30 %

34 %

42 %

55 %

60 %

57 %

60 %

69 %

 Régénération

70 %

66 %

58 %

45 %

40 %

43 %

40 %

31 %

* Huiles noires usagées, à l'exclusion des huiles claires.

Source : ADEME

Ces résultats s'expliquent par des raisons liées à l'environnement et par des raisons économiques. Les filières se sont montées en Europe dans une période où les préoccupations d'environnement n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Les techniques utilisées par la régénération des huiles usagées étaient relativement sommaires et polluantes (dégagement de soufre, terre contaminée après filtrage des huiles...). En France, les installations ont donc été progressivement fermées, soit spontanément, soit de façon autoritaire. La France comptait quatre usines à la fin des années 1980. Il n'en existe plus qu'une aujourd'hui.

Ce mouvement en faveur de la régénération s'est produit alors que le marché se transformait radicalement. La régénération des huiles, justifiée dans un contexte de pénurie, ne l'est plus dans un contexte d'excédent. Pour des raisons tenant tant à la qualité des huiles (la durée d'utilisation d'une huile a été multipliée par 5 en vingt ans), qu'aux investissements réalisés dans le monde, il y a aujourd'hui une importante surcapacité, notamment en Europe. Le marché mondial est estimé à 40 millions de tonnes. La surcapacité est de l'ordre de 10 %, soit 4 millions de tonnes, dont 2 millions de tonnes en Europe... Ainsi, en Europe, la production potentielle est de 6 millions de tonnes, la production réelle est de 4 millions de tonnes, soit une surcapacité de 2 millions, un tiers de la capacité totale. Pendant une période, cette surcapacité a été atténuée par des exportations aux États-Unis et en Asie du sud-est, mais le paysage mondial a changé. Des installations modernes ont été construites (dont une unité de 600.000 tonnes aux États-Unis), et la crise asiatique, certes conjoncturelle, a entraîné une chute de l'a consommation locale. Le contexte est par conséquent très défavorable à la régénération.

e) Le soutien économique de la filière

 La taxation

Dès l'origine, les pouvoirs publics ont soutenu la filière en créant une taxe parafiscale destinée à indemniser les opérateurs intervenant sur le ramassage et l'élimination des huiles usagées163(*). Le produit de la taxe était " affecté à des aides à la collecte, au traitement et à l'élimination des huiles usées, selon la technique la plus adaptée ". Un décret instituant la taxe, définissant l'assiette (qui était alors la tonne d'huile de base) et un taux plafond ; un arrêté fixant le montant définitif.

Le taux a augmenté par paliers : de 40 F la tonne en 1979, à 70 F en 1987, et 150 F en 1994. La taxe a été perçue à ce taux jusqu'en septembre 1998, jusqu'à son annulation par le Conseil d'État164(*).

Depuis le 1er janvier 1999, cette taxe parafiscale spécifique est remplacée par la taxe générale sur les activités polluantes, assise sur le produit fini, et non plus sur l'huile de base, comme dans la taxe parafiscale. Le taux est aujourd'hui de 200 F la tonne, ce qui revient à peu près au taux antérieur, compte tenu du changement d'assiette.

En 1996, le produit de la taxe perçue au taux de 150 F la tonne, était de 118 millions de francs pour 784.000 tonnes d'huiles de base165(*).

Malgré des critiques, qui ont d'ailleurs conduit à ce que le Conseil d'État annule le décret instituant la taxe fin 1998, le prélèvement n'est pas un problème majeur. D'une part, il reste relativement modeste, et surtout quasi indolore au niveau du consommateur (18 centimes par litre dont le prix varie entre 25 et 50 F). D'autre part, l'augmentation du taux n'a pas empêché une forte hausse de la collecte d'huiles usagées (cf. tableau).

L'affectation de la taxe, en revanche, a suscité quelques interrogations.

2. Perspectives

a) Les critiques du système d'affectation de la taxe

Le produit de cette taxe était affecté à l'ADEME et réparti entre les différents opérateurs par un comité de gestion166(*), avec un barème distinct par opérateur. Un système comparable sera appliqué avec la nouvelle TGAP. Ce système -que la nouvelle TGAP ne remet pas fondamentalement en cause- a été souvent critiqué. Les arguments ne manquent pas de pertinence.

La première dérive, évidente, est liée aux pesanteurs administratives d'un système administré (fixation des taux par arrêté ministériel impliquant au moins trois ministres ou secrétaires d'État différents : celui chargé du budget, celui chargé de l'Industrie, celui chargé de l'Environnement).

On observera alors que le taux de collecte de l'huile usagée est pratiquement équivalent au Royaume-Uni, qu'il n'y a pas de taxe spécifique dans ce pays. On notera également qu'en 1992 la proposition de libéraliser le système en confiant la responsabilité de la collecte et le financement aux industriels fabricants, notamment aux pétroliers, s'est heurté à une opposition ferme et massive.

La deuxième dérive est liée au manque d'adaptation aux réalités du terrain. Le barème est aujourd'hui fixé par activité, par type d'utilisations ([x] francs la tonne livrée aux régénérateurs; [y] francs la tonne livrée aux cimenteries...), sans prendre en compte la diversité des situations locales. Situations en effet très différentes lorsque les ramasseurs doivent collecter auprès des détenteurs dispersés et livrer à des éliminateurs éloignés, ou lorsqu'ils sont à proximité. La géographie industrielle montre des inégalités fortes entre départements. Un barème unique se traduit donc par une inégalité de fait. Dans le premier cas (éloignement, dispersion de la collecte), la subvention équilibre le coût, voire reste insuffisante, dans le second, la subvention se transforme en une rente de situation. Il conviendrait d'adapter le barème en fonction de la distance, comme c'est le cas pour le verre par exemple dans le système d'Éco-Emballages.

Une telle situation conduit à un système bloqué où la subvention publique est détournée de son objet initial.

La troisième dérive est liée à l'importance prise par les unités d'incinération dans le traitement des huiles usagées. L'huile a un très haut pouvoir calorifique, particulièrement recherché par les cimenteries, grosses consommatrices d'énergie. Celles-ci, aidées de surcroît par des implantations bien réparties dans l'Hexagone, sont devenues les partenaires privilégiés des ramasseurs d'huiles, puisqu'elles assurent aujourd'hui plus des deux tiers de l'élimination des huiles usagées.

Les deux parties sont cependant inégales et les cimenteries achètent l'huile quasiment au prix du coke de pétrole, c'est-à-dire à un prix voisin de zéro. L'huile matière première est achetée au prix de l'huile déchet.

L'opération est évidemment intéressante pour les cimenteries, pour lesquelles le prix de l'énergie est la donnée clef de la rentabilité. Elle l'est également dans une moindre mesure pour les ramasseurs qui ont un débouché simple et garanti, financé en partie par la taxe. On peut toutefois s'interroger sur l'opportunité d'un système de taxation destiné normalement à soutenir la collecte et la valorisation des huiles usagées et qui, en définitive, sert en pratique à réduire le prix de revient des cimenteries.

Le système paraît par conséquent vicié avec une régénération dans l'impasse et une aide à la combustion discutable. Tout l'effort pour opérer ce passage de l'huile déchet à l'huile matière première se solde en définitive par ce qu'on peut appeler un échec.

b) La place croissante des collectivités locales dans la collecte

Comme on l'a vu, cette place est aujourd'hui réduite. Les municipalités n'assurent que 6 % environ de la collecte totale par le biais de conteneurs spécifiques, généralement installés dans les déchetteries. On comptait 3381 points de collecte fin 1996 permettant de collecter environ 14.000 tonnes. Toutefois, cette part aujourd'hui limitée est amenée à augmenter dans les prochaines années sous deux effets.

Tout d'abord, les obligations de collecte imposées aux ramasseurs ont été modifiées. Jusqu'en 1998, les ramasseurs agréés devaient procéder à un enlèvement de tout lot d'huiles usagées supérieur à 200 litres. A partir de cette année, le seuil est passé à 600 litres. Cette mesure, favorable à la filière, puisqu'elle réduit les coûts de collecte (en évitant de déplacer un camion spécial pour seulement 200 litres), va en revanche freiner la progression des taux de collecte, et peut-être même les réduire. Le problème se pose pour les détenteurs qui ont un stock d'huiles inférieur à 600 litres, et qui peuvent être tentés par des solutions de facilité (épandage sauvage, brûlerie). Pour éviter ces dégradations, les collectivités locales peuvent être conduites à installer de nouveaux conteneurs de proximité.

Le second élément est lié à l'autoconsommation. On estime qu'environ un tiers des automobilistes effectuent eux-mêmes la vidange de leur véhicule. Les quantités d'huiles usagées correspondantes étant de l'ordre de 20.000 tonnes par an. Une fraction (un tiers, la moitié ?) n'est collectée par personne et se trouve parfois rejetée dans les caniveaux...

Le poids croissant pris par la grande distribution qui vend l'huile mais ne la collecte pas167(*), ne peut qu'accentuer cette dérive. Si les municipalités veulent y faire face, elles devront multiplier les points d'apport. Certaines ont déjà installé des " récup-huiles " comme elles ont installé des bornes de collecte de verre. Les résultats sont particulièrement positifs.

c) L'élargissement des possibilités de valorisation

Il existe un projet de réforme de la directive européenne sur les huiles usagées. Selon les informations communiquées par l'UFIP, ce projet, partant de résultats décevants (en matière de traitement) réaffirmerait la priorité absolue (90 % ?) à la régénération. Les conditions modernes de traitement (notamment par un procédé de traitement à l'hydrogène, en remplacement des procédés de traitement par filtres de terre, aujourd'hui dépassés) permettent en effet d'obtenir une régénération de qualité et sans impact environnemental. Cette régénération pouvant prendre la voie soit d'une huile nouvelle, comme aujourd'hui, soit sous la forme d'une obligation faite aux producteurs d'huiles d'incorporer un certain pourcentage d'huiles régénérées.

Selon l'UFIP, le coût d'une nouvelle usine de régénération de 100.000 tonnes de capacité serait compris entre 200 et 250 millions de francs, le coût de reformulation d'une gamme de lubrifiants (trois huiles moteur de base) incorporant 15 % des huiles régénérées serait entre 2,2 et 2,5 millions de francs, l'impact de l'éventuelle directive serait alors de 2000 francs (300 euros) la tonne, ce qui conduirait à doubler le prix de l'huile de base et une augmentation du prix unitaire au consommateur compris entre 10 et 30 %, particulièrement inappropriée s'agissant des huiles pour les poids lourds, les lubrifiants agricoles...

Parmi ces chiffres -non vérifiés- il en est un qui doit retenir l'attention. L'hypothèse est faite sur la base d'une usine de 100.000 tonnes, seuil considéré comme rentable pour l'investissement réalisé. Compte tenu du gisement français, cela signifie que 80 à 90 % des besoins de notre pays seraient alors couverts par deux usines.

Selon un adage bien connu, " le mieux est l'ennemi du bien ". Ainsi, en l'espèce, la recherche de modes de valorisation efficaces impose une concentration qui va à l'encontre de l'objectif recherché. La taille, les transports induits des nouvelles installations, ne paraissent pas constituer de bonnes solutions, au moins en France.

Comme cela a été dit à plusieurs reprises, le choix de la valorisation doit tenir compte de la répartition des hommes et des sites, de l'aménagement du territoire et de la géographie industrielle.

La régénération, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, paraît sinon condamnée, du moins compromise. A court terme, pour des raisons économiques (surproduction), à long terme pour des raisons écologiques (les procédés actuels par traitement hydraulique et filtrage laissent des métaux lourds et génèrent des déchets toxiques).

Mais d'autres voies existent, comme le montrent les exemples étrangers. La géographie industrielle est là : 70 entreprises de ramassage, 40 éliminateurs, mais aussi 13 raffineries réparties pratiquement sur tout l'hexagone constituent la base à partir de laquelle il faut travailler. Les solutions envisagées aujourd'hui, inspirées de pratiques étrangères, sont dans :

 le recyclage en raffinerie qui permet, après distillation, d'enlever le chlore et de refabriquer un produit pétrolier de base, le " craqueur ",

 l'utilisation d'huiles en combustible spécifique (huiles de moteurs marins),

 l'utilisation à la fois en combustible et en matière première (huiles en enrobages routiers bitumineux) ou en co-génération.

L'ouverture des possibilités devrait également entraîner une refonte des barèmes d'aide et une révision des modes d'attribution de l'aide publique. Le comité de gestion est excessivement centré sur l'administration de l'économie, des finances et de l'industrie, et ne comporte aucun élu.

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