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D. LA KFOR PARTENAIRE INDISPENSABLE DE L'ONU

La résolution 1244 a prévu la mise en place dans la province d'une présence internationale de sécurité, chargée d'établir et de préserver un environnement sûr, de contrôler la mise en oeuvre de l'accord technico-militaire tendant à s'assurer du retrait des forces armées et de police serbes et le désarmement de l'UCK, enfin assister la MINUK dans certaines fonctions civiles et de reconstruction, dans l'attente de leur transfert progressif vers la MINUK.

Après quatre années de présence, c'est cette mission centrale d'établissement et de préservation de la sécurité qui reste au coeur de l'action de la KFOR.

Celle-ci est structurée en quatre brigades multinationales réparties géographiquement. L'ensemble est placé sous l'autorité du ComKfor, actuellement le général allemand Kammerhof, qui sera relevé, à compter du 1er septembre, par le général français de Kermabon.

Une trentaine de nations, OTAN et non-OTAN, contribuent à la force qui réunit 18 000 hommes dont 2 500 Français, qui fait de notre pays le 3ème contributeur en effectifs après l'Allemagne et l'Italie, devant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

De 40 000 hommes lors de son installation, la KFOR fonctionne donc aujourd'hui avec un effectif réduit de moitié en trois ans. De fait, la situation a singulièrement évolué depuis la fin des combats en 1999 et une part des missions originellement dévolues à la Force ont été menées à bien. Il reste que les événements de la mi-mars 2004 ont été l'occasion de réfléchir au format, aux missions, à l'organisation de la Force dans une province où la reprise des violences est possible à tout moment.

1. Les événements de mars 2004 ont mis à jour certaines faiblesses de la KFOR

La KFOR est en premier lieu confrontée à la tentation récurrente de nombreux pays contributeurs de réduire leur engagement ou, à tout le moins, au souhait de ne pas l'augmenter, alors même que, comme les événements de mars l'ont montré, la situation sécuritaire est loin d'être stabilisée. Tout au contraire, les mois à venir pourront voir une augmentation de la tension : élections générales le 23 octobre 2004, hypothèse, à la mi-2005, d'une ouverture des négociations sur le statut, incertitude sur l'avenir des relations entre Belgrade et Pristina.

Engagée dès la fin 2003, une réflexion sur la réorganisation de la KFOR, fondée sur l'apparent retour au calme constaté alors et sur la nécessité de faire face à des réductions progressives d'effectifs, a conduit à une stratégie dite de « désectorisation » de la force : elle prévoit le remplacement progressif des brigades par des Task Force plus mobiles et moins nombreuses disposant d'un état-major tactique qui resterait basé dans les régions. Le commandement de ces Task Force serait confié directement à l'état-major de Pristina, renforcé à cette fin. Ainsi, les unités placées sous son contrôle direct pourraient intervenir sur l'ensemble du territoire.

Cette nouvelle organisation, qui devait initialement être mise en place progressivement à compter d'avril dernier, ne sera, du fait des événements de mars, engagée qu'à la fin de cette année. Cette mesure permettra certes une souplesse accrue dans l'utilisation des troupes disponibles et atténuera les incidences d'éventuelles nouvelles réductions d'effectifs. Il reste que la centralisation, à Pristina, du commandement tactique ne permettra pas une aussi bonne connaissance du terrain et risquerait d'affecter en conséquence la capacité d'anticipation d'éventuels troubles, en particulier dans les zones sensibles comme Mitrovitsa.

La KFOR a été, comme d'ailleurs les autres acteurs internationaux sur place, prise de court par les émeutes de mars. Votre délégation s'est étonnée auprès de plusieurs de ses interlocuteurs du défaut d'informations et de capacités de renseignement, permettant une anticipation minimale de tels événements visiblement planifiés dans leur déroulement sinon dans leur déclenchement même.

Une première réponse a porté sur la difficulté du renseignement humain au sein d'une société albanaise par tradition extrêmement fermée et où la langue a constitué un obstacle supplémentaire.

Par ailleurs, même dans une force multinationale dont les principales composantes sont issues de la structure de commandement intégré de l'OTAN, le renseignement -ses méthodes, son analyse- demeurent très « nationaux » : sa mutualisation reste à faire et le partage de l'information, lorsqu'il y en a, n'est pas encore entré dans les moeurs. Le contingent français de la BMNE a, pour sa part, renforcé depuis mars sa composante en ce domaine.

Tirant les premiers enseignements des événements de mars, l'OTAN a par ailleurs décidé de doter la force de capacités dans le domaine du suivi de ses unités sur le théâtre et du brouillage de communications -les émeutiers avaient en effet pu organiser leurs mouvements grâce au recours intense aux téléphones portables.

Enfin, la multinationalité croissante de telles opérations n'en conduit pas pour autant à la mutualisation des capacités logistiques et de soutien. Il en résulte sur l'effectif global affiché de quelque 18 000 hommes une proportion minoritaire (estimée à 1 pour 3) d'unités « combattantes », à même d'être engagées rapidement sur une zone d'affrontement.

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