C. LA COOPÉRATION UNIVERSITAIRE ET SCIENTIFIQUE : LE FRUIT D'UNE LONGUE TRADITION EN VOIE DE RENOUVEAU

La coopération franco-russe dans les domaines de l'enseignement supérieur et de la recherche repose sur une longue tradition de collaboration scientifique, développée à l'époque soviétique. Forte de solides liens de confiance réciproque, elle constitue un atout pour nos deux pays, compte tenu du potentiel intellectuel et scientifique russe.

1. Une coopération universitaire dynamique

a) Des attentes fortes de la part du partenaire russe

La coopération universitaire entre la France et la Russie a connu, ces dix dernières années, un nouvel essor et un renouvellement important.

Elle répond à des attentes fortes de la part des responsables politiques et universitaires russes.

En effet, les ambitions de la Russie pour son système d'enseignement supérieur ne peuvent aujourd'hui se concevoir que dans une logique d'ouverture et d'échanges avec ses partenaires étrangers, et notamment européens, parmi lesquels la France occupe un rang privilégié.

L'intégration de la Russie dans l'espace européen de l'enseignement supérieur constitue un cadre multilatéral propice au développement des échanges, dans lequel s'insère la coopération bilatérale entre nos deux pays. Ainsi, le 12 mai 2003, la France et la Russie ont signé un accord de reconnaissance des diplômes de troisième cycle.

Les axes prioritaires de cette coopération ont été définis par les autorités russes en 2002. Ils concernent notamment :

- la formation des cadres pour l'administration ; il existe plusieurs programmes d'appui à la réforme des services de l'État : le programme TEMPUS entre l'Institut régional d'administration de Lille et l'académie de fonction publique de Saratov, le programme TACIS de formation des juges, lancé en 2003 sous la direction de l'École nationale de la magistrature, etc ;

- la formation des formateurs ; à cet effet, la coopération entre les IUFM 20 ( * ) et les Universités pédagogiques gagnerait à être favorisée ;

- le développement de supports pédagogiques multimédias ;

- la modernisation de l'administration des structures d'enseignement.

b) La multiplication et la diversification des accords de partenariat entre établissements d'enseignement supérieur

Il existe actuellement 230 accords universitaires entre des établissements français et russes, alors que l'on n'en comptait que 24 en 1991. 60 établissements français sont impliqués. A elle seule, l'université scientifique de Paris VI a signé 20 accords avec des universités russes.

Les domaines de coopération, qui concernaient auparavant les sciences « dures » de façon quasi exclusive, se sont diversifiés : la priorité est désormais donnée aux sciences humaines et sociales ainsi qu'aux formations en droit, administration et gestion destinées aux futurs cadres des secteurs public et privé 21 ( * ) .

De façon exemplaire, l'Université d'Économie et de Finances de Saint-Pétersbourg (FINEC), mène depuis plus de 10 ans une politique de coopération avec la France dynamique et réussie.

LA FRANCE, UN PARTENAIRE PRIVILÉGIÉ DE LA FINEC

L'Université d'Économie et de Finances de Saint-Pétersbourg (FINEC), créée en 1930, est devenue université d'État en 1991. Elle est classée première de sa catégorie en Russie.

En 1997, les Universités de Paris-Dauphine et Pierre-Mendès-France de Grenoble ont uni leurs programmes de coopération menés depuis 1991 avec la FINEC en un seul « Programme français de formation en économie et en gestion » .

Ce programme offre la possibilité aux étudiants russes, notamment par le biais de cours par correspondance et d'échanges d'enseignants, de préparer des diplômes français (DEUG et Licence de sciences économiques de l'Université de Grenoble et maîtrise de gestion de Paris-Dauphine). Plus de 150 étudiants sont déjà sortis diplômés.

Cette filière contribue activement à la diffusion de la pensée économique française, de notre culture et de notre langue.

Néanmoins, elle suscite assez peu la mobilité des étudiants : seuls les meilleurs d'entre eux ont la possibilité d'effectuer un séjour d'études de 10 jours en France au cours de ce cursus. Mais certains poursuivent un 3 e cycle en France.

Par ailleurs, la FINEC a mis en place, en 1993, deux programmes de formation continue qui ont déjà permis de former plus de 450 cadres : un MBA « Gestion d'entreprise » avec l'École internationale de commerce de Metz (ESIDEC) et un programme « Gestion des ressources humaines » avec l'Université Pierre-Mendès-France de Grenoble.

Enfin, d'autres accords ont été signés, depuis 2000, avec l'université de Paris X, l'Université de Savoie et l'Institut d'études politiques de Rennes. Au total, la FINEC propose plus de 70 programmes de coopération internationale.

Outre les deux Collèges universitaires français, il existe en Russie 6 filières francophones d'enseignement supérieur , qui constituent un instrument privilégié de la présence et de l'influence culturelle de la France.

Ces programmes de coopération ont acquis une certaine renommée :

- le Haut Collège d'Économie de Moscou a mis en place une école doctorale commune avec les universités de Paris I, Paris X et Paris XII, permettant la préparation de DEA (diplômes d'études approfondies) ;

- le MGIMO (Université d'État des relations internationales) de Moscou et l'Institut d'études politiques de Paris proposent un Master en sciences politiques à de futurs diplomates russes ;

- l'Université d'État Lomonossov de Moscou abrite l'Institut Liapounov de mathématiques appliquées, commun avec la France et financé par les ministères français de la recherche et des affaires étrangères ; elle propose en outre un Master franco-russe de management international (avec l'École supérieure de commerce de Paris) et, depuis 1994, un Master franco-russe de journalisme , en partenariat avec l'Institut français de presse (IFP) et le centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ).

2. Une priorité : développer la mobilité des étudiants et des chercheurs

Cependant, un point faible de la coopération universitaire franco-russe reste l'accueil des étudiants russes en France.

Selon les estimations pour l'année 2002-2003, 22 000 étudiants russes poursuivent leurs études à l'étranger, dans des pays de l'OCDE.

La France se situe au quatrième rang des pays d'accueil, loin derrière l'Allemagne (environ 8 000 étudiants), les États-Unis (environ 7 000), puis le Royaume-Uni.

Toutefois, comme le montre le tableau suivant, ces effectifs connaissent une croissance rapide ces dernières années, avec une progression de 100 % depuis 1998 et de 10 % par an depuis 3 ans.

ÉVOLUTION DU NOMBRE D'ÉTUDIANTS RUSSES
DANS LES UNIVERSITÉS FRANÇAISES

Année universitaire

Nombre d'étudiants russes

1992-1993

577

1996-1997

1 019

1997-1998

1 102

1998-1999

1 269

1999-2000

1 453

2000-2001

1 704

2001-2002

1 987

2002-2003

2 284

2003-2004

2 561

Source : Ministère de l'éducation nationale, Direction des relations

internationales et de la coopération (DRIC).

Les étudiants russes sont inscrits principalement en langues (715), sciences économiques, administration et gestion (561), lettres et langues (350), droit et sciences politiques (308), sciences (255), sciences humaines et sociales (251) et médecine (99). La plupart sont en 2 e cycle (environ 40 %), mais ils sont plus de 30 % à suivre un 3 e cycle.

En outre, le nombre d'étudiants russes dans les grandes écoles est évalué à 177 en 2003-2004.

Afin d'intensifier la mobilité des étudiants russes vers les établissements français, 6 bureaux d'Edufrance , chargés d'assurer la promotion de l'offre de formations supérieures françaises, ont ouvert à Moscou et en province. Leur action est relayée par 23 universités dites « relais ». En mars 2004, deux salons ont été organisés à Moscou et à Kazan.

Toutefois, le nombre de bourses accordées, dont le budget stagne depuis plusieurs années, reste encore insuffisant. En 2003-2004, 515 étudiants russes bénéficient d'une bourse du gouvernement français.

De leur côté, les autorités russes attribuent chaque année à des étudiants français 70 bourses de perfectionnement linguistique, pour des séjours d'une durée de 1 à 6 mois.

S'il n'existe pas de donnée chiffrée précise, le service culturel de l'ambassade de France à Moscou estime à environ 500 le nombre d'étudiants français suivant une formation en Russie.

La gratuité des visas est accordée aux étudiants participant à ces échanges. Toutefois, des lenteurs dans l'instruction des dossiers et dans l'octroi des visas compliquent la mise en oeuvre de ce programme.

Le même constat s'impose pour les enseignants et les chercheurs. Sur la période 1990-2000, 1 035 bourses d'accueil pour des séjours de 6 à 12 mois ont été attribuées 22 ( * ) .

Il existe par ailleurs un programme d'actions intégrées (PAI), qui permet la mobilité de jeunes chercheurs : 20 projets ont été sélectionnés pour 2002-2003. Mais en raison des difficultés de financement par la partie russe, l'appel à propositions prévu au dernier semestre 2003 n'a pas été lancé.

3. Le nouvel essor de la coopération scientifique franco-russe

Le cadre de notre coopération scientifique et technologique avec la Russie a été fixé par l'accord signé le 28 juillet 1992 par les ministres MM. Curien et Saltykov.

Cet accord, qui rénove le précédent accord de 1966, privilégie le recours à des structures souples et encourage le développement de relations directes entre laboratoires et instituts de recherche français et russes et entre ces organismes et les partenaires industriels.

Il a institué un comité mixte franco-russe de coopération scientifique et technologique , chargé de fixer les grandes orientations et les programmes à mettre en oeuvre.

Héritage des collaborations antérieures, la coopération dans les domaines des sciences de la nature et des technologies de pointe occupe une place importante :

- l'INRA 23 ( * ) développe une coopération dynamique avec l'Académie des sciences agricoles de Russie (concernant les ressources génétiques végétales, la génétique animale, les équilibres forestiers et les sciences du sol) ; ses relations avec l'Institut des Plantes devraient également se renforcer ;

L'INSTITUT DES PLANTES

En 1924, le savant Vavilov a pris l'initiative récolter et conserver toute la diversité génétique botanique. Cette « banque » a survécu à plusieurs drames de l'Histoire (sauvegarde des graines céréalières en période de famine, harcèlement du régime soviétique hostile à la génétique, procès stalinien de Vavilov, au motif que son travail nuisait aux kolkhozes, instabilités de l'économie...).

Aujourd'hui, 330 000 espèces sont en registre, dont 260 000 à basse température. Des expéditions ont enrichi la collection : c'est ainsi que l'institut a pu restituer au jardin de Versailles des espèces disparues. Mais les pays en voie de développement se montrent de plus en plus méfiants.

L'Institut est la 4è banque mondiale conservatoire, après les États-unis, la Chine et l'Inde. Il entretient des échanges avec l'INRA.

La direction de l'Institut envisage de développer un travail collectif législatif pour séparer l'activité patrimoine public d'une activité de vente à des fins de rentabilité.

- le CNRS 24 ( * ) entretient des liens étroits avec l'Académie des sciences et la Fondation russe pour la recherche fondamentale (ciblés sur les domaines de la physique nucléaire, l'archéologie, la biologie, la robotique ou la catalyse) ;

- à l'occasion de la réunion du 7 e comité mixte, le 24 février 2004 à Paris, le BRGM 25 ( * ) et le musée géologique d'Etat Vernadesky de Moscou ont signé une convention pour la mise en place d'un centre franco-russe de recherche pour la mise en évidence de gisements métalliques géants.

Toutefois, la coopération s'étend désormais à d'autres domaines :

- un Observatoire des sciences humaines et sociales , financé par les ministères français de la recherche et des affaires étrangères, a été mis en place à Moscou en 2000 ; il reçoit notamment le soutien du CNRS ;

- afin de renforcer les liens entre les entreprises et les organismes de recherche, l'Anvar 26 ( * ) coopère avec la FASIE (Fondation d'assistance aux petites et moyennes entreprises) depuis 2002 ; 2 projets prometteurs sont en cours : la mise en place d'un réseau franco-russe de centres d'innovations technologiques et la création du Bureau franco-russe de transfert de technologie, fruit d'une collaboration entre l'École Centrale de Lyon et l'Université technologique Bauman.

Enfin, la coopération entre la France et la Russie a abouti à la création de laboratoires communs 27 ( * ) qui constituent un pari audacieux sur la capacité d'intégration des cultures scientifiques des deux pays et ouvrent la voie au développement d'équipes mixtes intégrées. Ils devraient contribuer ainsi à intensifier les échanges de chercheurs.

Ces projets ont été au coeur de l'exposition « France Tech », tenue à Moscou en octobre 2003, qui a obtenu un grand succès.

* 20 Instituts universitaires de formation des maîtres.

* 21 40 % des accords conclus depuis 1990 concernent les sciences « dures », 27 % concernent les sciences sociales, et autant l'enseignement des langues, la littérature, les arts et la pédagogie.

* 22 Elles se sont réparties comme suit : 407 bourses post-doctorales, 115 bourses Diderot (bourses post-doctorales ciblant les sciences humaines et sociales), 360 bourses dites « de haut niveau » ciblant les chercheurs confirmés, 32 bourses de recherche industrielle, 121 bourses dans le cadre de jumelage entre instituts de recherche. (Source : rapport précité de Renaud Fabre et Jacques Sapir)

* 23 Institut national de la recherche agronomique.

* 24 Centre national de la recherche scientifique.

* 25 Bureau de recherches géologiques et minières.

* 26 Agence nationale de valorisation de la recherche

* 27 En génomique et en climatologie, puis en mathématiques, physique des lasers, climat-environnement et magnéto-acoustique.

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