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Hongrie, la facture du mensonge politique

 

C. UNE DÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE VIS-À-VIS DE LA RUSSIE

La Hongrie importe aujourd'hui de Russie 80 % de ses besoins en gaz ; elle assure en même temps le transit sur son territoire du gaz en provenance de Russie et destiné à l'Autriche, à la Serbie et au Monténégro. Dans ce contexte, la récente crise entre l'Ukraine et la Russie a fait ressortir la vulnérabilité de la Hongrie à l'égard d'un seul fournisseur.

Cette crise a, en réalité, joué comme un révélateur pour les pouvoirs publics locaux. Maintes fois sollicité par les opérateurs hongrois (la société pétrolière MOL, l'électricien MVM, homologue d'EDF) pour redéfinir une véritable politique énergétique pour le pays, le gouvernement s'était jusqu'à présent contenté d'essayer d'obtenir du gouvernement russe, dans le cadre de contacts bilatéraux, une sécurisation de leurs approvisionnements. On relève que lors du voyage du Premier ministre hongrois en Russie début 2005 la question a été abordée sous l'angle de la sécurisation des approvisionnements du pays contre, notamment, l'accès de Gazprom au capital de MOL pour la partie restant à privatiser, c'est-à-dire 11,8 % du capital.

La question a été de nouveau abordée à l'automne lors d'une rencontre entre le Premier ministre hongrois et M. Vladimir Poutine, président de la Russie, mais sous l'angle de la diversification des voies d'approvisionnement pour qu'à celle passant par l'Ukraine s'en ajoute une nouvelle passant par la Turquie. Ce projet connu sous l'appellation de « blue stream », aurait l'avantage de faire de la Hongrie comme un Hub de distribution avec des sites de stockage d'une capacité de dix milliards de mètres cube.

Mais la récente crise gazière Ukraine/Russie a modifié l'équation pour la Hongrie qui réagit en positionnant désormais ses problèmes énergétiques à long terme en les confrontant à ceux de ses voisins dans un cadre régional, qu'il s'agisse de la diversification des approvisionnements, des stockages ou des réseaux de transports.

La Hongrie a ainsi pris, depuis le mois de janvier 2006, le leadership d'une série d'opérations en ce sens avec notamment la signature d'un accord avec la Croatie pour la construction d'un gazoduc entre l'Adriatique et la Hongrie, et la mise en place de groupes de travail sur les différents thèmes de préoccupation communs à l'ensemble des pays concernés. La réussite des démarches entreprises par les autorités hongroises constitue un enjeu majeur qui s'inscrit également dans la volonté de ce pays d'apparaître à la fois comme un « HUB régional » mais aussi sur le thème de l'énergie comme un leader régional.

Cette stratégie est complétée par l'action ou les ambitions des opérateurs hongrois dans la région, qui ont largement précédé les réflexions récentes du gouvernement.

Ainsi, la société nationale pétrolière MOL a-t-elle déjà investi dans sept pays de la région et joue déjà un rôle clef en Croatie, Slovénie, Slovaquie et Roumanie dans la distribution de produits pétroliers raffinés ; MVM envisage d'augmenter sa production d'électricité et de distribuer à terme celle-ci à d'autres pays de la région (Roumanie et Croatie dans un premier temps), à partir d'un accord avec l'un des opérateurs majeurs en Europe (discussions en cours avec EDF). MVM a déjà engagé sa restructuration interne pour évoluer dans cette direction, cette évolution devant lui permettre de ne pas disparaître face à la puissance du groupe allemand E.On Ruhrgaz, omniprésent et dominant dans le centre de l'Europe.