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Inde : un géant en apprentissage

 

N° 146

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2006-2007

Annexe au procès-verbal de la séance du 10 janvier 2007

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des Affaires économiques (1) à la suite d'une mission effectuée en Inde du 6 au 14 septembre 2006,

Par MM. Jean-Paul EMORINE, Bernard PIRAS, Michel BÉCOT, Gérard DELFAU, Mme Michelle DEMESSINE, M. Philippe DOMINATI, Mmes Adeline GOUSSEAU, Elisabeth LAMURE, MM. Jackie PIERRE, Daniel RAOUL et Daniel SOULAGE,

Sénateurs.

(1) Cette commission est composée de : M. Jean-Paul Emorine, président ; MM. Jean-Marc Pastor, Gérard César, Bernard Piras, Gérard Cornu, Marcel Deneux, Pierre Herisson, vice-présidents ; MM. Gérard Le Cam, François Fortassin, Dominique Braye, Bernard Dussaut, Christian Gaudin, Jean Pépin, Bruno Sido, secrétaires ; MM. Jean-Paul Alduy, Pierre André, Gérard Bailly, René Beaumont, Michel Bécot, Jean-Pierre Bel, Joël Billard, Michel Billout, Claude Biwer, Jean Bizet, Jean Boyer, Mme Yolande Boyer, MM. Jean-Pierre Caffet, Roland Courteau, Philippe Darniche, Gérard Delfau, Mme Michelle Demessine, M.  Jean Desessard, Mme Evelyne Didier, MM. Philippe Dominati, Michel Doublet, Daniel Dubois, André Ferrand, Alain Fouché, Alain Gérard, François Gerbaud, Charles Ginésy, Adrien Giraud, Mme Adeline Gousseau, MM. Francis Grignon, Louis Grillot, Georges Gruillot, Mme Odette Herviaux, MM. Michel Houel, Benoît Huré, Mme Sandrine Hurel, M. Charles Josselin, Mme Bariza Khiari, M. Yves Krattinger, Mme Elisabeth Lamure, MM. Jean-François Le Grand, André Lejeune, Philippe Leroy, Claude Lise, Daniel Marsin, Jean-Claude Merceron, Dominique Mortemousque, Jackie Pierre, Rémy Pointereau, Ladislas Poniatowski, Daniel Raoul, Paul Raoult, Daniel Reiner, Thierry Repentin, Bruno Retailleau, Charles Revet, Henri Revol, Roland Ries, Claude Saunier, Daniel Soulage, Michel Teston, Yannick Texier, Jean-Pierre Vial.

Asie Centrale.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Depuis plusieurs années, votre commission a décidé l'organisation périodique d'une mission d'information sur l'un des grands acteurs de la mondialisation de l'économie. Après la Russie, en 2003 et la Chine, en 2005, votre commission a décidé au printemps 2006 d'envoyer une délégation de ses membres1(*) en Inde du 6 au 14 septembre 2006. Le présent rapport est le fruit de cette mission.

Les membres de la délégation ont souhaité, en introduction de leur analyse, préciser plusieurs éléments de cadrage qu'il leur paraît important de rappeler. En premier lieu, ils ont observé que de très nombreux analystes insistent sur « l'émergence » des grands pays continents que sont la Chine ou l'Inde. La délégation souhaite rappeler qu'il convient plutôt de parler de rattrapage que d'émergence. En effet, la Chine et l'Inde, dans l'histoire, ont occupé la plus grande partie du temps une place dans l'équilibre économique et politique du monde qui correspondait à leur poids démographique et à leur étendue géographique.

Comme le fait remarquer M. Jean-Joseph Boillot, citant l'étude d'Angus Maddison2(*), l'Inde représentait depuis le début de notre ère jusqu'en 1820, entre un tiers et un quart du produit intérieur brut (PIB) mondial. Cette part est ensuite tombée jusqu'à ne plus représenter que 5 % dans la seconde moitié du XXème siècle avant de se redresser à partir des années 1990. De même, on peut observer que, jusqu'au début du XVIIème siècle, la richesse moyenne par habitant était supérieure en Inde à la moyenne mondiale.

Plus qu'à une émergence, on assiste donc plutôt à la fin d'une parenthèse de deux ou trois siècles d'affaiblissement, période somme toute relativement brève à l'échelle d'une civilisation cinq fois millénaire.

En second lieu, les membres de la délégation estiment que, sans méconnaître certaines similitudes qui peuvent exister entre la Chine et l'Inde, qui sont essentiellement liées au poids démographique et à l'étendue de ces pays, la vision de l'Inde ne peut et ne doit pas se résumer à une comparaison avec l'autre pays continent en voie de développement. En effet, la comparaison systématique aboutit à masquer certaines différences très importantes.

Le troisième écueil à éviter est celui d'un décalque sur l'Inde d'une grille d'analyse purement européenne ou occidentale. En effet, certaines spécificités de l'Inde, comme la prégnance de la spiritualité dans la vie des pays, peinent à s'intégrer aux schémas occidentaux, ce qui conduit nombre d'analystes à conclure au caractère paradoxal de l'Inde. L'un des intérêts principaux de l'étude de l'Inde, aux yeux des membres de la délégation, est de mettre en valeur des schémas d'organisation économique et sociale différents de ceux qui ont cours dans les pays occidentaux.

Enfin, les membres de la délégation se sont efforcés de conserver en permanence deux échelles d'appréciation différentes, relative et absolue. En effet, la même réalité peut être vue de façon très différente selon que l'on insiste sur l'une ou l'autre de ces deux échelles. Ainsi, selon l'échelle relative, l'Inde est un des pays les plus ruraux du monde, avec un taux d'urbanisation de seulement 28,3 % ; mais dans l'absolu, l'Inde est également le deuxième pays du monde qui compte le plus de citadins.

La délégation a donc abordé sans a priori l'étude de ce pays en mutation rapide. Elle émet le voeu que le présent rapport puisse contribuer à renouveler le regard français sur ce grand pays qui sera l'un des acteurs majeurs du XXIème siècle.

* 1 La composition de la délégation figure à l'annexe I.

* 2 Cf. Jean-Joseph Boillot : L'économie de l'Inde. Editions La Découverte, coll. Repères, Paris 2006, page 9. M. Jean-Joseph Boillot a, par ailleurs, été auditionné par la délégation.