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Union européenne - Russie : quelles relations ?

 

2. Un nouveau contexte

a) L'élargissement de l'Union européenne

Comme l'a remarqué le Représentant Permanent de la France auprès de l'Union européenne, on a souvent tendance à sous-estimer l'impact de l'élargissement du 1er mai 2004 sur les relations entre l'Union européenne et la Russie.

Les nouveaux États membres, notamment les pays baltes et la Pologne, n'ont pas la même histoire ni la même vision des relations avec la Russie.

Dans le même temps, ces pays sont de très bons connaisseurs de la Russie. Leur expertise pourrait donc être profitable à l'Union européenne dans son ensemble.

b) La Russie : un « colosse aux pieds d'argile »

Le deuxième élément nouveau tient à l'évolution de la situation de la Russie. Contrairement aux années 1990 où elle paraissait affaiblie, la Russie se considère aujourd'hui, grâce à l'énergie, en position de force vis-à-vis de l'Occident, en général, et de l'Union européenne, en particulier. À cela s'ajoutent des éléments conjoncturels, comme l'enlisement américain en Irak.

Il ne faut pas sous-estimer non plus le sentiment d'humiliation ressenti par la Russie dans les années 1990. L'attitude actuelle parfois arrogante du gouvernement russe s'explique aussi par un certain sentiment de revanche vis-à-vis de l'Occident.

Pour autant, la Russie demeure un « colosse aux pieds d'argile », pour reprendre l'expression employée par Diderot au XVIIIe siècle. En dépit de ses atouts, la Russie reste, en effet, confrontée à d'importants défis.

Le PNB de la Russie, même s'il a fortement augmenté ces dernières années, se situe aujourd'hui entre celui des Pays-Bas et de l'Espagne. Selon les données publiées par l'organisme indépendant « Transparency international », la Russie se situe au 126e rang mondial en ce qui concerne l'indice de perception de la corruption, au même niveau que des pays comme l'Albanie, le Niger ou la Sierra Leone. L'état de délabrement des forces militaires russes est tel que certains experts doutent de la possibilité pour la Russie d'envoyer plus de cinq mille hommes pour participer à une intervention hors du territoire. La vivacité de la réaction russe au bouclier anti-missiles américain s'explique aussi par l'affaiblissement des capacités de défense de la Russie face aux États-Unis. Enfin, il ne faut pas sous-estimer la difficulté pour le pouvoir central d'exercer un contrôle sur un immense territoire, qui recouvre onze fuseaux horaires.

Surtout, la Russie est confrontée à une crise démographique d'une ampleur sans précédent. Comme l'a souligné le Président Vladimir Poutine, dans son premier discours à la Nation : « Pour différentes raisons, notre population décroît aujourd'hui de 750.000 personnes en moyenne par an. Si l'on en croit les prévisions (...) la population de la Russie pourrait perdre 22 millions de ressortissants d'ici quinze ans (...), le septième de la population nationale. Si cette tendance persiste, c'est la survie même de la Nation qui est en jeu ».

La population de la Fédération de Russie, qui était de 148,6 millions en 1991, est aujourd'hui de 143,2 millions. En 2020, elle devrait chuter de 20 millions selon les Nations unies. Le taux de fécondité qui était de 2,19 enfants par femme en 1986, n'a cessé de décroître ces dernières années. Il s'établissait en moyenne à 1,4 entre 2000 et 2005. L'espérance de vie a également reculé. Elle est aujourd'hui de 65 ans en Russie, contre 80 ans pour la France.

Dans ce contexte, on ne peut que s'interroger sur les conséquences de ce déclin démographique face à la Chine, qui compte plus de 1,3 milliard d'habitants. D'autant plus que la population de la Russie est fortement concentrée dans sa partie occidentale (80 % de la population). Quelles seront les conséquences de la pression exercée par une Chine surpeuplée sur la partie orientale de la Russie qui connaît une très faible densité ?