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La bataille des centres de décision : promouvoir la souveraineté économique de la France à l'heure de la mondialisation (rapport)

 

2. Un tissu de PME anémique

a) Le cercle vicieux du non développement des PME

La France connaît un très fort contraste entre, d'une part, le dynamisme de la création d'entreprises et la profusion de TPE de moins de dix salariés230(*) et, d'autre part, l'existence d'une classe creuse au niveau des entreprises de taille moyenne. Cela illustre davantage une difficulté à faire grandir les structures existantes qu'à les faire naître.

Cette situation se traduit notamment par un excès d'immobilisations corporelles, une absence d'économies d'échelle et une faible rentabilité du capital. En outre et surtout, on assiste à la naissance d'un véritable cercle vicieux puisque la taille réduite des entreprises et leur manque de marge de manoeuvre financière empêchent justement nombre d'entre elles d'acquérir les compétences propres à stimuler leur croissance.

Ce phénomène est d'autant plus regrettable que les entreprises de taille moyenne sont généralement plus réactives que leurs « grandes » rivales et, donc, potentiellement au moins aussi aptes que ces dernières à conquérir de nouveaux marchés. Il est dès lors important de les aider à atteindre une « taille critique » afin de les rendre plus compétitives. Faute de quoi l'absence d'entreprises moyennes continuera à produire des conséquences défavorables de divers ordres.

Tout d'abord, en termes d'emplois, la petite taille des entreprises françaises (5,1 salariés dans l'hexagone en moyenne contre, le triple aux Etats-Unis231(*)) et la difficulté qu'éprouvent ces dernières à croître auraient une incidence non seulement sur le dynamisme de l'économie, mais aussi sur la courbe du chômage.

La comparaison des chiffres de l'emploi dans les entreprises de quatre pays de l'OCDE, dont la France, montre que sept ans après leur création, les entreprises américaines ont plus que doublé leurs effectifs alors que les entreprises françaises n'ont créé, sur la même période, que 7 % d'emplois supplémentaires. Quant aux jeunes entreprises allemandes ou italiennes, elles ont connu une augmentation de l'emploi qui s'établit respectivement à 22 % et 32 %.232(*)

Le déficit de firmes de taille moyenne remet également en question la capacité du pays à se maintenir au sein des économies dites de la « connaissance », car ce sont précisément les entreprises de dimension intermédiaire233(*) qui seraient à l'origine, selon Elie Cohen et Jean-Hervé Lorenzi, des principales percées scientifiques, technologiques ou commerciales. La contribution de ces entreprises intermédiaires serait d'ailleurs d'autant plus utile en France que les très grands groupes, qui dominent notre pays, ont une tendance logique à protéger leurs positions et à freiner le processus de « destruction créatrice » susceptible de faire naître de nouveaux produits, de nouveaux marchés et de nouveaux acteurs.

* 230 Selon une étude du Commissariat au Plan de 2005 intitulée « Promouvoir un environnement financier favorable au développement de l'entreprise », notre pays possède, en moyenne par habitant, plus d'entreprises de moins de 10 salariés que les Etats-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

* 231 Source : OSEO.

* 232 Source : Patrick Artus et Lionel Fontagnié, « Une analyse sur l'évolution du commerce extérieur de la France », rapport du CAE, à paraître.

* 233 Cohen-Lorenzi, « Politiques industrielles pour l'Europe », CAE, 2000.