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Approvisionnement électrique : l'Europe sous tension (rapport)

 

2. Atouts et inconvénients du nucléaire

Toutes ces réponses techniques et scientifiques n'enlèvent néanmoins pas à vos rapporteurs une part de doute et d'interrogation sur la place du nucléaire, qui doit faire l'objet d'une analyse équilibrée entre les avantages que cette énergie procure à notre pays et les craintes qu'elle suscite.

a) Une énergie compétitive et performante au regard de la lutte contre le réchauffement climatique

L'existence de ressources abondantes en uranium est loin de constituer le seul atout du nucléaire.

Tout d'abord, l'utilisation de cette technologie permet à notre pays de bénéficier d'une électricité à des prix compétitifs. Certes, la construction d'une centrale nucléaire exige la mobilisation d'un volume important de capitaux, entre deux et trois milliards d'euros pour un réacteur comme l'EPR. Toutefois, avec EDF, premier électricien en Europe119(*), notre pays bénéficie de l'expertise d'un des leaders mondiaux de l'énergie nucléaire qui, ayant renoué avec une dynamique de croissance, dispose des moyens financiers pour réaliser de tels investissements120(*).

Malgré des investissements de départ très importants, le prix de l'électricité d'origine nucléaire121(*) est, pour un fonctionnement en base (plus de 5 000 heures de fonctionnement par an), le plus faible de toutes les techniques actuellement disponibles, ainsi qu'en témoigne l'étude réalisée en 2003 par le ministère chargé de l'énergie sur les coûts de référence de la production électrique122(*). Par rapport aux technologies concurrentes pour assurer la fourniture d'électricité en base (gaz et charbon), les coûts de production du nucléaire sont largement indépendants des variations du prix du combustible primaire. Ainsi, alors que le prix de l'électricité nucléaire sera peu affecté par un renchérissement, même important, de l'uranium, une centrale à gaz, pour laquelle l'achat du combustible représente 70 % des coûts de production, verra sa rentabilité fortement affectée par une croissance, même modeste, des cours des hydrocarbures123(*). A titre d'illustration, le ministère de l'industrie souligne que l'électricité d'origine nucléaire fait réaliser à notre pays une économie annuelle de 10 milliards d'euros124(*).

Enfin, au regard de la nécessité de réduire les émissions de CO2, le choix du nucléaire se justifie. A l'heure actuelle, la France est, en Europe et parmi les pays de l'OCDE, le pays qui émet le moins de CO2 par habitant et, comme le montre le tableau ci-après, cette situation résulte exclusivement de son option électrique puisque, s'agissant des autres sources d'émissions, le pays est très comparable à ses voisins.

Grâce à l'énergie nucléaire125(*), c'est donc l'émission dans l'atmosphère de 41 millions de tonnes de carbone, soit 151 millions de tonnes de CO2126(*), qui est évitée chaque année. Une étude commandée par la Commission européenne, qui lui a été remise en juillet 1999127(*), démontrait déjà que le respect des engagements de Kyoto serait quasiment impossible à obtenir dans le cas où la part du nucléaire dans le bouquet énergétique européen ne serait pas au moins maintenue à l'horizon 2025.

Emissions de CO2/Habitant
(Années 2000-2001)

 

Tonnes CO2/ habitant

Tonnes CO2/habitant liées
à la production électrique

Solde

France

6,5

0,44

6,06

Allemagne

10,3

3,67

6,63

Royaume-Uni

9,1

2,79

6,31

Italie

7,7

2,28

5,42

UE à 25

8,5

-

-

USA

20,4

7,94

12,46

Source : Ministère de l'environnement et
Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique (CITEPA)

* 119 En termes de puissance installée.

* 120 Contrairement à une idée reçue selon laquelle le parc nucléaire aurait été construit avec l'aide de l'Etat, il convient de rappeler qu'EDF n'a reçu aucune dotation en capital de la part de l'Etat au cours des vingt dernières années.

* 121 Ces coûts tiennent naturellement compte du coût de démantèlement des centrales et de gestion des déchets, comme l'a démontré du reste le rapport public particulier de la Cour des comptes paru en janvier 2005.

* 122 Les coûts de référence de la production électrique - DGEMP - Décembre 2003. Une nouvelle analyse des coûts de référence est en cours d'élaboration.

* 123 La montée des prix du pétrole se répercute, avec un décalage de six mois, sur le coût du gaz naturel en raison du caractère substituable de ces deux énergies et de l'indexation des contrats d'approvisionnement gazier sur le prix du baril de pétrole.

* 124 Dans le cas où la totalité de l'électricité nucléaire serait remplacée par de la production au gaz, sur la base de coûts de production de 30 euros du MWh pour le nucléaire et de 50 euros pour le gaz.

* 125 Egalement dans l'hypothèse d'une substitution nucléaire/gaz.

* 126 Une tonne de carbone = 44/12 tonnes de CO2.

* 127 Dilemma Study : Study of the Contribution of Nuclear Power to the Reduction of Carbon Dioxide Emissions from Electricity Generation - Environmental Resources Management Limited (ERM Energy) - Commission Européenne - Bruxelles - 1999.