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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

C. UN FAISCEAU D'OBSTACLES POUR LES « EXCLUS DU SYSTÈME »

L'« ascenseur social » ne s'arrête donc pas à tous les étages. Comment peut-on expliquer cette situation ? En réalité, différents facteurs concourent au maintien de ce que l'on pourrait presque qualifier de « descenseur social ».

A l'occasion de ses auditions et de ses déplacements, votre mission d'information a été frappée par le caractère récurrent des témoignages lui ayant permis d'identifier les difficultés qui, isolées ou le plus souvent cumulatives, conduisent un bon, voire un très bon élève, à se détourner d'une formation en classe préparatoire.

1. Les freins d'ordre socioculturel et psychologique

La première difficulté n'est pas la plus facile à résoudre, car elle est d'ordre à la fois socioculturel et psychologique. Elle s'inscrit profondément dans les histoires familiales et dans les mentalités, à travers les générations.

Ce premier problème, bien évidemment essentiel, se décline lui-même à plusieurs niveaux.

a) Une information lacunaire et des représentations faussées

En premier lieu, il faut souligner qu'à défaut de rencontrer, dans leur environnement proche, des personnes ayant suivi ce type de formation, nombreux sont ceux qui ignorent tout de cette filière sélective de notre système d'enseignement supérieur.

En outre, même lorsque les élèves et/ou leurs familles connaissent l'existence des classes préparatoires et des grandes écoles, ils se trouvent le plus souvent face à une « boîte noire », hermétique aux yeux d'un non initié. Comme dans d'autres domaines, le manque d'information conduit à nourrir des représentations faussées sur la réalité des choses.

Il est vrai que la complexité, voire la subtilité, de l'organisation du système exposée ci-dessus, ne peut qu'entretenir l'inquiétude, la suspicion, voire la peur, d'une formation qui apparaît inaccessible. Votre mission s'est parfois même demandé si ce raffinement n'était pas savamment entretenu par ceux-là même qui tirent profit du système...

A cet égard, une étude de l'INSEE32(*) rappelait que « l'expansion scolaire contemporaine ne s'accompagne pas d'une réduction notable de l'inégalité des chances et cette inégalité est de plus en plus d'origine culturelle. La complexité du système scolaire semble privilégier les familles qui en ont une bonne connaissance. Aussi le niveau de diplôme des enfants est-il davantage lié, aujourd'hui qu'hier, à celui du père. »

Cette situation pourrait certes être comblée par l'information prodiguée à l'école, mais tel est insuffisamment le cas.

* 32 Dominique Goux et Eric Maurin : « Démocratisation de l'école et persistance des inégalités », Economie et statistique, n° 307 (1997).