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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

b) Les défaillances de notre système d'information et d'orientation
(1) Un déterminisme social entretenu

La première difficulté, évoquée par l'ensemble de nos interlocuteurs, tient aux défaillances de notre système d'information et d'orientation. Elle est liée à plusieurs facteurs :

- l'insuffisante connaissance de ce type de cursus et de leurs débouchés par les acteurs de l'orientation (conseillers d'orientation-psychologues, enseignants) ; il est frappant que cet élément ait été avancé par la quasi-totalité des personnes auditionnées par votre mission ;

- surtout, ces professionnels entretiennent souvent une forme de déterminisme social, conduisant à orienter les jeunes issus de milieux défavorisés vers les filières courtes ou techniques, et donc à les écarter définitivement des baccalauréats généraux, qui représentent pourtant la voie obligée pour la majeure partie des classes préparatoires.

(2) L'orientation parfois systématique vers des formations professionnalisantes

Par ailleurs, et paradoxalement, l'accroissement des inégalités d'accès aux classes préparatoires et aux grandes écoles semble lié aux changements qui ont caractérisé l'autre composante du système français d'enseignement supérieur, c'est-à-dire l'université. En effet, à partir de la fin des années 1970, la création d'autres filières sélectives a été encouragée, notamment avec les Instituts universitaires de technologie (IUT) - qui conjuguent l'avantage de la formation courte, de qualité et garantissant des débouchés professionnels - et le développement des licences et masters professionnels.

Ces filières sont venues en concurrence avec les classes prépas et les grandes écoles, lesquelles ont cependant continué à être plébiscitées par les fils de cadre ou d'enseignant, mieux informés sur les mutations de l'université et sur la valeur relative des diplômes qu'elle délivrait.

Des responsables du rectorat de l'académie de Lille et de Caen ont confirmé à la mission l'impact de la structuration de l'offre de formations supérieures sur le choix des jeunes et de leurs familles.

Ajoutons que les évolutions économiques et les tensions croissantes du marché de l'emploi ont renforcé l'importance du diplôme. Dans ce contexte, la sélection s'est avérée de plus en plus sévère et les enfants des catégories sociales les mieux informées se sont encore davantage tournés vers les classes prépas et les grandes écoles.