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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

2. Les handicaps financiers

Les handicaps financiers viennent se conjuguer aux difficultés culturelles et sociales. Ceci d'autant plus que les études concernées ont un coût non négligeable :

- pour les classes préparatoires, il s'agit surtout du logement et de la vie quotidienne, car les lycées concernés sont généralement éloignés des lieux d'habitation des familles ;

- puis, les étudiants doivent assumer la prise en charge des frais d'inscription aux concours d'entrée aux grandes écoles dans lesquelles ils souhaitent poursuivre leurs études. Précisons qu'ils ont à s'acquitter de frais de dossiers variables selon les concours et selon leur niveau social, le montant des frais d'inscription variant selon qu'ils sont ou non boursiers. Afin de limiter les coûts liés à l'organisation, un certain nombre d'écoles se sont regroupées en concours communs ou en banques d'épreuves, ces dernières étant affectées le cas échéant de coefficients différents en fonction du profil du concours. Ainsi par exemple34(*), pour ce qui concerne les concours communs polytechniques, qui conduisent à 35 écoles publiques d'ingénieurs, un étudiant non boursier doit s'acquitter d'environ 140 euros de frais. Un étudiant boursier en est exonéré mais il doit payer des frais spécifiques, compris entre 20 et 55 euros par école. S'agissant des écoles de commerce, les frais d'inscription aux concours communs à 32 écoles s'échelonnent de 25 à 71 euros pour les boursiers, tandis qu'un autre concours -qui concerne 6 écoles- s'élève de 300 euros pour seulement l'une de ces écoles à 400 euros pour les 6. C'est ainsi qu'Edith, étudiante rencontrée par la mission à Caen, a indiqué que les frais d'inscription aux concours d'entrée qu'elle envisage de présenter s'élèvent à environ 300 à 400 euros pour les étudiants boursiers et 600 à 700 euros pour les autres. Une telle somme est conséquente pour les étudiants qui ne peuvent bénéficier d'un soutien financier parental ;

- enfin, il faut assumer le coût élevé des études dans les grandes écoles. La difficulté financière doit être réglée aussi à ce stade, car les jeunes doivent pouvoir l'anticiper et être rassurés sur les possibilités d'aide ou de prise en charge financière.

Or, dans ce domaine également, l'information est inégale selon l'origine sociale des jeunes. Nombreuses sont les familles qui ignorent tout du dispositif - il est vrai fort complexe - des aides sociales aux étudiants.

Ainsi que l'a souligné M. Laurent Wauquiez, alors député, dans un récent rapport35(*) : « La complexité globale du système a donc de nombreux effets pervers particulièrement inquiétants : difficulté d'accès à l'information pour les étudiants, sentiment d'injustice car les règles ne sont pas claires, lourdeur d'instruction des dossiers par les services du CROUS auxquels on ne facilite pas la tache, délais longs pour l'instruction des bourses et pour finir inégalité de traitement, chaque CROUS étant contraint de se forger sa propre doctrine ». Il a dénoncé un « maquis d'aides » et en a identifié au moins une vingtaine à l'échelon national, sans compter quantité d'aides des collectivités territoriales.

* 34 Voir l'annexe au présent rapport pour des détails complémentaires concernant les frais d'inscription aux concours d'entrée aux grandes écoles.

* 35 « Les aides aux étudiants - Les conditions de vie étudiante : comment relancer l'ascenseur social ? », Laurent Wauquiez, 2006.