Allez au contenu, Allez à la navigation



Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

III. LES PROPOSITIONS DE LA MISSION

Si le système actuel veille au respect de « l'égalité méritocratique des chances », il ne s'est que récemment soucié de favoriser « l'égalité sociale des chances »48(*).

Aussi votre mission d'information avance-t-elle un certain nombre de propositions et de pistes de réflexion pour aller dans cette direction.

A. LEVER L'AUTOCENSURE : AIDER LES JEUNES À OSER LES CLASSES PRÉPARATOIRES

Le constat d'un manque d'information des élèves et des familles sur les différentes filières de formation ainsi que leurs débouchés - qualifié de « déficit béant » par un chef d'établissement - ainsi que les carences du dispositif d'orientation, tant au niveau de l'enseignement secondaire que vers l'enseignement supérieur, sont revenus comme un leitmotiv au cours des travaux de la mission.

En effet, il apparaît que notre système d'orientation scolaire joue davantage une fonction de « tri sélectif » par échecs successifs, qu'il ne s'attache à promouvoir les bons élèves et à soutenir les ambitions.

Or, il s'agit pourtant d'un rouage essentiel pour « tirer vers le haut » les élèves à fort potentiel, aider ceux qui doutent de leurs capacités, voire s'autocensurent, à prendre confiance en eux-mêmes et dans l'avenir, et rétablir ainsi l' « égalité des possibles » entre les « initiés » et les « non initiés » d'un système éducatif qui s'apparente, pour un grand nombre de parents, à un véritable « labyrinthe ».

1. Réaffirmer le rôle central des équipes éducatives en matière d'information et d'orientation des élèves

a) Repérer et valoriser les « potentiels »

Comme l'a souligné le proviseur d'un lycée de Seine-et-Marne, il faut aider les bons élèves issus des milieux les moins favorisés à ne pas se laisser enfermer dans des perspectives scolaires limitées et à « voir au-delà du baccalauréat », en suscitant leur appétence pour les études supérieures.

Pour ceux qui n'ont pas, dans leur entourage familial, cette incitation à « réaliser de grandes choses », les enseignants et les équipes éducatives ont un rôle essentiel à jouer.

Ainsi, le président de la Société des agrégés a souhaité, lors de son audition devant la mission, que soit revalorisée la fonction de « tutorat moral » des professeurs sur les élèves repérés pour leur potentiel scolaire : il s'agit de les soutenir et d'ancrer, le plus tôt possible, la foi dans la réussite par le travail, conformément aux valeurs fondamentales d'effort et de dépassement de soi qui sont au coeur de notre école républicaine.

Comme l'a souligné la rectrice de l'académie de Caen, une telle démarche, engagée y compris en amont du lycée, vise à « ensemencer » dans l'esprit des élèves, quelle que soit leur origine sociale, l'idée d'aller le plus loin possible dans leurs études, dès lors qu'ils en ont les capacités.

Celle-ci a également mis l'accent sur l'intérêt qu'il y aurait à relancer les programmes d'ouverture culturelle dans les établissements scolaires. Votre mission partage pleinement cette analyse : il s'agit, en effet, d'un facteur majeur d'inégalité sociale, dont l'influence est sensible sur les chances d'accès aux grandes écoles. De fait, cela constitue, comme la mission l'a souligné, un des axes des programmes de tutorat, destinés à accompagner les lycéens issus des milieux défavorisés vers des parcours d'excellence.

L'intention exprimée par le Président de la République de revaloriser les enseignements artistiques et l'éducation culturelle va dans ce sens. Cela répond à cet objectif ambitieux, visant à refaire de l'école un lieu d'émancipation, d'ouverture de l'esprit et de dépassement des champs d'horizon limités pour les élèves qui sont, de par leur entourage familial, les moins favorisés socialement et culturellement.

En outre, comme l'a souligné Mme Marie Duru-Bellat lors de son audition devant la mission, la reconnaissance et la mise en valeur des résultats des élèves pourrait passer par quelques mesures concrètes qui ont leur importance, telles que les distinctions sur les bulletins (encouragements, compliments, félicitations) et l'organisation d'une remise de prix lors de laquelle tous les élèves qui se sont distingués au cours de l'année (les bacheliers avec mention, les élèves méritants désignés par les conseils de classe du troisième trimestre, ceux qui ont le plus progressé, ceux qui ont été des moteurs dans la classe...) recevraient, en présence de leurs parents, des prix de la part des autorités pédagogiques, des élus, des représentants des parents et des professeurs.

Dans le même sens, votre mission souhaite redonner au concours général toute sa dimension, en y sensibilisant les enseignants, dans tous les lycées, afin qu'ils incitent leurs élèves les plus brillants à y participer.

* 48 Selon la distinction formulée par François Dubet, dans « L'école des chances. Qu'est-ce qu'une école juste ? ».