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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

3. « Démystifier » les classes préparatoires

La méconnaissance des filières de l'enseignement supérieur et de leur réalité concrète s'exprime de façon sans doute exacerbée en ce qui concerne les classes préparatoires aux grandes écoles.

Un professeur de CPGE, entendu par la mission, a estimé que le droit à l'information était « bafoué », favorisant, de fait, les familles ayant déjà une bonne connaissance du système.

En effet, l'image brouillée, voire déformée, qui circule sur ces classes fait prospérer certains préjugés et contribue à ancrer, chez les élèves issus des milieux les moins favorisés ainsi que chez leurs parents, l'idée que ces filières de formation « ne sont pas faites pour eux ».

C'est pourquoi il apparaît nécessaire de clarifier le message adressé aux jeunes et aux familles et de rénover, dans le prolongement des initiatives récentes prises en ce sens, la stratégie d'information et de communication sur ces filières. L'objectif de la mission n'est pas de présenter les classes préparatoires comme une voie unique d'excellence et de « salut », mais d'assurer une égalité d'information entre les élèves, pour leur permettre d'élaborer un projet de formation raisonné.

a) « Oser la prépa » : briser certaines idées reçues pour assurer une égalité d'information


· Les classes préparatoires font peur : tel est le constat qui ressort des auditions que la mission a menées ces six derniers mois.

En effet, celles-ci renvoient, auprès des élèves et des familles, une image d'extrême dureté, qu'aussi bien les professeurs de lycée que les conseillers d'orientation ou encore les medias, contribuent à entretenir.

Comme l'a relevé une étudiante caennaise en première année de classe préparatoire scientifique, les lycéens ont une « image effrayante » de ces classes, et les enseignants « découragent » la plupart des élèves de s'y engager, dès lors qu'ils n'ont pas « au moins 15 sur 20 de moyenne générale » ; or, « une fois dedans, ce n'est pas si horrible que cela. Il suffit d'être motivé et de travailler pour réussir. »

Selon les professeurs de classes préparatoires du lycée Baggio de Lille, entendus par votre mission, cette image archaïque et exagérée ne correspond plus à la réalité et à la diversité du « monde des prépas », où chacun peut trouver le « profil » de la classe qui lui correspond.

Or, le mode de communication actuel, ciblé sur les établissements les plus prestigieux ou les « très grandes écoles » les plus sélectives, ne reflète pas cette diversité. Il est par ailleurs contreproductif, en renvoyant l'image d'un milieu fermé, qui semble « hors de portée » pour un grand nombre d'élèves et de familles. La réalité est en effet toute autre.

Afin de briser ces préjugés tenaces, les académies ont été invitées à diffuser en début d'année, au moment des procédures d'inscription en classes préparatoires, une brochure au titre éloquent : « Osez la prépa ! ».

Il ne s'agit pas de minimiser le caractère exigeant de ce type d'études, ni l'ampleur de l'investissement scolaire qu'il faut y fournir, mais de montrer, comme le fait avec humour la brochure diffusée dans l'académie de Caen, qu'il est possible à tout « lycéen talentueux pétri de qualités et de volonté » de « franchir le pas » pour entrer dans « ce monde parallèle », « cette mystérieuse planète où se parle une autre langue ».


· Dans le prolongement de ces avancées, votre mission estime nécessaire d'améliorer l'information sur les classes préparatoires aux grandes écoles, afin de « décomplexer » les élèves ayant les capacités de travail suffisantes pour suivre ce type d'études et éviter qu'ils ne s'autocensurent.

A cette fin, il semble que la diffusion des brochures aux élèves de terminale au moment des procédures d'inscription arrive un peu tard. Il faudrait, comme la mission l'a suggéré plus haut pour l'ensemble des filières « post-bac », sensibiliser les lycéens et les familles dès la classe de seconde sur l'existence de ces classes, leur contenu et leurs débouchés.

Les conseillers d'orientation, mais avant tout les enseignants, dont on a vu le rôle majeur pour accompagner et soutenir les ambitions scolaires des élèves, constituent des cibles prioritaires à atteindre.

En outre, le développement de contacts directs et d'échanges entre les professeurs de classes préparatoires et de lycées peut contribuer à forger chez ces derniers une image plus concrète et précise de l'organisation et du contenu de ces études.

Dans le même sens, les rencontres de « pairs à pairs », entre lycéens et étudiants, par exemple à l'occasion de journées portes ouvertes, permettent de donner « chair » à l'information et de faire passer des messages plus percutants, afin que chaque élève puisse décider, en connaissance de cause, si la voie présentée correspond à ses aspirations. Cela permet également d'apporter des témoignages directs de réussite de jeunes issus du même milieu ou du même lycée, et de montrer aux plus jeunes que « c'est possible », à force de motivation et de travail.

L'emploi du temps des étudiants en classes préparatoires ne leur permettant guère de dégager le temps nécessaire pour assurer cette information, ce sont avant tout ceux qui « en sont sortis », qu'ils aient intégrés une grande école ou décidé de poursuivre leurs études à l'université, qui pourraient s'y investir, dans le cadre des expériences de tutorat que la mission souhaite étendre, comme cela sera développé ci-après.

Par ailleurs, le développement de conventions entre lycées disposant de classes préparatoires et d'autres lycées qui en sont dépourvus, sur le modèle de l'expérimentation, présentée plus haut, qui a été engagée à la rentrée 2006 avec les lycées Saint-Louis de Paris et Kléber de Strasbourg, permettrait de favoriser ces échanges entre professeurs et élèves, et de mieux faire circuler l'information, tout en l' « humanisant ».

Lors de son déplacement en Seine-et-Marne52(*), votre mission a pu constater que de telles initiatives se développaient sur le terrain, sous l'impulsion des équipes éducatives.

Ainsi, depuis l'année 2004-2005, le lycée François 1er de Fontainebleau, accueillant près de 80 % d'élèves issus de milieux favorisés, a un partenariat avec deux autres lycées du département pour l'accès à ses classes préparatoires scientifiques : le lycée Henri Moissan de Meaux et le lycée André Malraux de Montereau-Fault-Yonne, ce dernier étant situé en zone sensible. Les élèves de ces deux établissements peuvent bénéficier, en première et en terminale, de modules de renforcement en sciences ; s'ils intègrent ensuite une classe préparatoire au lycée François 1er, ils sont prioritaires pour l'obtention d'une place en internat. De l'avis des professeurs et chefs d'établissement entendus par votre mission, ce partenariat a produit des résultats positifs, en permettant de juguler la baisse des effectifs dans les CPGE scientifiques et d'y accroître le nombre de boursiers.


· Il apparaît, enfin, primordial à la mission de renforcer l'information sur deux points essentiels :

assurer, tout d'abord, une plus large publicité, au sein des établissements, sur les modalités de recrutement en classes préparatoires et les procédures d'inscription ; comme cela a été confirmé par l'ensemble des intervenants entendus par la mission, la mise en place, à partir de 2003, de la nouvelle procédure informatisée de recrutement apporte la garantie d'un recrutement transparent, fondé sur le seul critère du mérite scolaire ; toutefois, il reste encore à informer les lycéens sur l'existence des dossiers d'inscription - alors que des représentants étudiants ont regretté l'insuffisance de leur diffusion dans les classes - et de les accompagner dans ces démarches ; celles-ci doivent en effet les amener à exprimer des voeux de filières et d'établissements pas forcément aisés à établir ;

mieux informer les lycéens des filières technologiques sur l'existence des classes préparatoires dont l'accès leur est réservé ; or, comme la mission a pu en prendre la mesure lors de son déplacement au lycée Allende d'Hérouville-Saint-Clair, dans l'académie de Caen, qui propose une section technologique dans la filière économique et commerciale, ces classes sont totalement méconnues par les enseignants et les conseillers d'orientation ; de fait, celles-ci sont confrontées à des difficultés de recrutement, alors qu'elles constituent, de par les caractéristiques sociales de leur vivier, un levier de démocratisation des grandes écoles.

* 52 Voir le programme des déplacements de la mission d'information en annexe.