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Diversité sociale dans les classes préparatoires aux grandes écoles : mettre fin à une forme de « délit d'initié »

 

B. ENCOURAGER L'ACCÈS ET LE SUIVI DES ÉTUDIANTS TANT DANS LES CPGE QUE DANS LES GRANDES ÉCOLES

Avec Mme Marie Duru-Bellat54(*), sociologue, il faut « se demander sans tabou si l'éducation (telle qu'elle est) est un bien également désirable pour tous les groupes sociaux. De même concernant les aspirations professionnelles, dont on connaît le caractère relatif à la position d'où l'on part notamment. »

Les témoignages relatés précédemment montrent que non. D'où l'impérieuse nécessité d'encourager l'ambition des élèves et étudiants dotés d'importantes capacités et de les accompagner sur un chemin qu'ils n'auraient pas naturellement suivi.

1. « Tendre la main républicaine »

Ainsi que l'a souligné M. Claude Boichot, auparavant, l'école apportait des connaissances qui étaient facteur d'émancipation ; aujourd'hui, l'avenir est incertain, d'autant plus que l'on est fragile au plan social. Il faut, par conséquent, « tendre la main républicaine »55(*) aux jeunes qui manquent de confiance en eux et qui s'autocensurent. Ceci passe par l'extension de la formule du tutorat.

a) Apporter un soutien précoce aux élèves motivés

L'an dernier, à la demande du ministre, les recteurs se sont entretenus directement avec des élèves ayant obtenu une mention « très bien » pour les attirer vers les CPGE - d'autant plus qu'il y existe de nombreuses places disponibles - et éviter qu'ils ne s'autocensurent ou se désengagent.

Cette démarche constructive ne doit cependant pas éloigner les meilleurs élèves d'autres filières d'excellence, notamment scientifiques. En outre, si elle est utile, elle doit être complémentaire d'efforts d'identification plus précoce des potentiels. Cela passe, nous l'avons vu précédemment, par une réforme profonde de nos processus d'orientation, mais aussi par la multiplication des dispositifs destinés à motiver les élèves, dès la classe de seconde, pour le travail scolaire et à créer une ouverture culturelle.

L'initiative du Gouvernement d'instituer des « études dirigées » dans les établissements scolaires après la classe, qui se concrétise dès la rentrée 2007 dans les collèges de l'éducation prioritaire, va dans la direction souhaitée. Au-delà d'une simple « surveillance », elles devraient aussi permettre d'encourager les élèves à s'impliquer au mieux de leurs capacités.

b) Développer le tutorat et le suivi personnalisé
(1) Viser un public large

On a vu que les différentes formules de tutorat expérimentées produisent toutes des effets positifs, qu'elles visent à une remise à niveau scolaire, à une ouverture socio-culturelle ou à un soutien davantage d'ordre psychologique.

Selon les cas, elles sont soit destinées à tous les élèves volontaires intéressés, soit réservées à ceux dont le potentiel et la motivation pour poursuivre des études supérieures ont été repérés.

Votre mission considère que ces objectifs ne sont pas exclusifs, surtout si l'accompagnement s'opère dans les lycées dès la classe de seconde, alors que rares sont les élèves assez mûrs à cet âge pour formuler un projet d'avenir. Dès lors, il n'y a pas de raison d'en exclure des élèves motivés, quels que soient leurs résultats à ce stade. En seconde, voire en première, le tutorat pourrait concerner potentiellement tous les élèves prêts à s'y engager sérieusement ; en terminale, il pourrait être plus spécifiquement consacré aux élèves désireux de poursuivre des études longues, que ce soit ou non par la voie des classes préparatoires aux grandes écoles.

* 54 Dans son ouvrage : « L'inflation scolaire. Les désillusions de la méritocratie. »

* 55 Selon l'expression de M Gilles de Robien, ancien ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.