B. LES NOTIONS DE MARGE DE SÉCURITÉ, DE DOSE ET D'EXPOSITION

Comme déjà indiqué, l'évaluation du risque s'effectue en quatre étapes : l'identification du potentiel dangereux (les substances ou les produits polluants), l'estimation de la relation dose-effet ou dose-réponse (l'impact sur l'organisme), l'évaluation des expositions (la population concernée) et la caractérisation du risque (synthèse des trois premières étapes).

1. L'identification des substances et des produits polluants

L'étude d'un toxique suppose de s'assurer de l'identité de celui-ci puis d'en évaluer la quantité. La chimie analytique a accompli des progrès considérables dans cette voie.

La spectrométrie de masse couplée aux chromatographies en phase gazeuse ou en phase liquide ou à l'émission à plasma inductif permet au chimiste d'identifier de manière formelle les substances pouvant présenter un danger pour l'homme grâce à la détection de concentrations très faibles de toxiques .

Désormais, les progrès fulgurants des techniques spectroscopiques ont permis de passer successivement de l'unité de poids du milligramme (10 -3 grammes) au milieu du siècle dernier au microgramme (10 -6 grammes) vers 1960 puis rapidement au nanogramme (10 -9 grammes) et enfin, de nos jours, au picogramme (10 -12 grammes).

Cette plus grande sensibilité des techniques a permis la mise en évidence du danger de substances dont on méconnaissait l'impact comme les dioxines. De la sorte, il est possible de déterminer des concentrations infimes ce qui permet, ce qui impose même de s'intéresser aux effets toxiques dont les effets cancérogènes de faibles doses de polluants . Cependant, pour évaluer les effets d'aussi faibles concentrations, les spécialistes extrapolent les résultats de toxicité connus pour les fortes doses - grâce aux expérimentations animales notamment. Mais cette extrapolation comporte les risques inhérents à l'emploi de modèles mathématiques linéaires comme ceux de l' Environmental Protection Agency ( EPA ) souvent repris par l'OMS. Il existe un débat parmi les scientifiques sur la validité biologique de cette extrapolation linéaire des fortes doses aux faibles doses, les toxicologues estimant que ces modèles sont biologiquement inexacts.

En effet, en ce domaine, il est essentiel de tenir compte des variations individuelles d'élimination et de transformation métabolique ainsi que des nombreux mécanismes adaptatifs de défense, faute de quoi les modèles mathématiques risquent de ne produire que des décès virtuels et donc une surestimation de l'évaluation du risque étudié .

Pour améliorer de tels résultats, une étroite collaboration entre le toxicologue analyste, l'épidémiologiste, le statisticien et toutes les équipes cliniques concernées est essentielle. C'est seulement à cette condition que pourront être établies des courbes effets doses sans seuil et, surtout, des courbes effets-doses avec seuil, seules ces dernières permettant la mise en oeuvre de mesures de prévention grâce à la fixation de concentrations limites.

Cependant, si cela est nécessaire, cela n'est pas suffisant et n'exonère pas d'une véritable démarche de précaution prenant en compte les durées d'exposition.

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