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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

UFC - QUE CHOISIR ?

Site Internet : http ://www.quechoisir.org

Mme Marie-France CORRE
M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN, Conseiller du Président, Chargé de mission santé au département des Etudes et de la communication

(6 juillet 2005)

Mme Marie-France CORRE a rappelé que l'Union fédérale des consommateurs (UFC), fondée en 1952 était à l'origine une union rassemblant des industriels, des juristes, des représentants des consommateurs mais que, par la suite, elle n'a plus compris que des consommateurs. Il s'agit d'une organisation consumériste non spécialisée qui, vers 1960, a créé le magazine « Que choisir ? ». Ce mensuel est augmenté de quatre guides et de quatre numéros spéciaux par an. « L'UFC - Que choisir ? » se distingue des autres journaux de consommateurs par une particularité, à savoir la réalisation de tests comparatifs entre les produits. Ce journal n'accueille aucune publicité.

L'UFC comprend environ 100.000 adhérents et « Que choisir ? » compte à peu près 400.000 lecteurs en 2005. Une centaine de salariés y sont employés et un budget d'un million d'euros par an est consacré aux essais. Un test sur cinq a pour objectif de faire avancer les connaissances ; cela peut être par exemple sur l'air intérieur ou sur les éthers de glycol. Une comparaison avec les pays étrangers montre que les Etats-Unis d'Amérique, le nord de l'Europe et le Canada ont déjà des préoccupations concernant l'air intérieur, quant aux pays nordiques, ils ont adopté des techniques de mesure et des labels de qualité pour les bons matériaux.

En 2000, l'UFC a commencé à s'intéresser à l'air intérieur avec une première enquête sur deux logements prenant en compte les pratiques de consommation de leurs habitants.

De plus, l'UFC a aussi mis au point un kit d'analyse pour ses lecteurs, au prix de 96 €, ce qui constitue une première. 850 logements ont été analysés en 2001 et un nombre important de substances nocives a été relevé, bien au-delà des seuils limites. C'est ainsi que le formaldéhyde est présent partout.

En 2003, un test sur les peintures a été mené mettant en évidence l'émission par certaines peintures de quantités élevées d'éthers de glycol, de formaldéhyde, et ce encore deux semaines après l'application des peintures. Or le consommateur n'est pas averti de cette réalité.

L'UFC a également mené des tests d'émission sur les nettoyants ménagers, les désodorisants ménagers et les tapis, du benzène étant libéré par certains de ces produits et aucune information du consommateur n'étant assurée.

Le prochain test de « L'UFC - Que choisir ? » va porter sur les meubles en aggloméré, puis d'autres tests seront effectués sur les parquets et les moquettes.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a tenu à préciser que l'UFC allait prendre une position politique sur la qualité de l'air intérieur et demander l'élaboration d'une norme française en ce domaine.

Il a ensuite estimé souhaitable la labellisation des produits, ce qui constituerait une information précieuse pour le consommateur ; par exemple pour les désodorisants cela serait perçu comme un bien, car il ne faut pas laisser les industriels dire « on n'a pas les preuves de la nocivité de tel ou tel produit » alors qu'ils ne font rien pour les réunir. En outre, les aspects multiformes de certains produits ou ceux multifactoriels de certaines nuisances constituent des alibis pour ne rien faire.

Le principe de précaution peut constituer une base juridique pour agir sans attendre de réglementation particulière, sinon il se produira la même chose que pour REACH : la réglementation européenne sera plus progressiste que la réglementation française.

Mme Marie-France CORRE a précisé que des normes pour les produits polluants ont été fixées par le ministère des communautés flamandes en Belgique avec un seuil, 200 ug/m3 pour le total des COV, ce qui est une bonne valeur indicative et des recommandations analogues auraient été émises dans divers pays. Mais, parfois, un seul produit dépasse déjà les 200 ug/m3 à lui seul. De plus les substances émises interagissent entre elles ; c'est ainsi que, en présence d'ozone, un désodorisant de l'air intérieur peut produire du formaldéhyde.

Sur ce point, il reste à sensibiliser les médecins pour lesquels les problèmes d'air intérieur sont souvent ramenés à des problèmes psychologiques alors que des mesures objectives sont possibles.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a insisté à cet égard sur la nécessité de prévoir des formations initiales ou continues pour les médecins.

Il a aussi souhaité que soient mis à la disposition des consommateurs des appareillages de mesure comme cela se fait en Suisse ; l'UFC reçoit d'ailleurs des demandes incessantes pour ce type d'appareil, ce qui est compréhensible puisqu'il est possible d'identifier les causes des nuisances.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a également souhaité que soient labellisés les matériaux de construction comme cela se pratique au Danemark. En effet, l'impact de la signalisation des matériaux ne peut qu'être positif et la transposition de cette démarche en France devrait être possible.

Aux Etats-Unis d'Amérique, des peintures peu émissives mises au point pour des chambres d'enfants, il s'agit de peintures à l'eau en poudre sans solvant.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a déploré qu'en la matière la France ne soit ni libérale ni vraiment réglementée et a exprimé sa déception devant l'immobilisme ambiant, car à ses yeux les produits alternatifs ne pourraient manquer d'avoir du succès mais pour l'instant les fabricants nient tout problème.

A propos de la mise sur le marché, M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a noté que des contraintes existaient quant à la composition des produits mais pas au-delà ; ce qui signifie qu'aucune prise en compte de l'air ambiant n'existe alors que le produit vit : il est soumis aux changements de température, au soleil, à l'ozone... A cet égard l'UFC a mené des tests d'analyse du comportement de produits d'entretien auxquels a été ajoutée de l'eau sur une surface de verre et en mesurant l'évaporation desdits produits.

Pour mener ses tests, l'UFC recrute des laboratoires sur appels d'offres et ne conduit aucun test en interne.

Au sujet des désodorisants, M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a relevé que ceux-ci portaient bien une mention « ne pas respirer les vapeurs ni vaporiser dans les courants d'air » mais rien ne figure quant à des allergies éventuelles ni sur la présence de tel ou tel produit chimique. De plus ces notices sont rédigées en très petits caractères.

L'UFC a également réalisé un test sur les gels douche et a détecté la présence d'un conservateur qui libère du formaldéhyde.

D'une manière générale, il est important de prendre en considération les effets cumulatifs. Par exemple, l'emploi du gel douche s'accompagne de celui du parfum, de l'usage d'un produit de nettoyage ...

De plus les allergies sont à prendre très au sérieux dans la mesure où elles redoublent actuellement chez les enfants ; par exemple, les allergies au Kathon1(*) composé de deux substances, alors que la présence de ce composant n'est signalé nulle part.

En outre, le principe de précaution peut favoriser certains produits en introduisant de nouvelles exigences dans la production de ceux-ci.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a jugé qu'il ne fallait pas avoir peur d'interdire ou de limiter l'usage d'un produit ou d'une substance.

Mme Marie-France CORRE a rappelé l'existence de la directive sur les produits cosmétiques et le reclassement du formaldéhyde par l'OMS comme cancérogène tandis que la Commission européenne tarde encore à le faire, alors qu'elle pourrait prendre comme bonnes les conclusions de l'OMS et que des recommandations plus simples seraient nécessaires.

Mme Marie-France CORRE a déploré également le vide réglementaire de l'Union européenne en matière de produits d'entretien.

Quant à l'étiquetage, il serait à perfectionner. De plus, si la directive cosmétique est la plus complète, elle n'est pas parfaite. En effet, elle n'empêche pas certaines aberrations comme celles commises par certaines sociétés spécialisées dans les colorants capillaires, qui n'hésitent pas à recourir à un mauvais étiquetage, faisant figurer tous les colorants possibles dans la liste mentionnant la composition de chaque teinture.

Mme Marie-France CORRE a ensuite précisé que l'UFC travaillait à partir d'une revue de la littérature scientifique, notamment celle réalisée par l'EPA aux Etats-Unis d'Amérique et au Canada mais qu'aucun essai clinique n'était effectué par l'UFC.

Par ailleurs l'UFC a recensé tous les labels de qualité relatifs aux émissions des produits dans le monde.

M. Alexandre BIOSSE-DUPLAN a fait observer qu'il existe trop de structures s'occupant de l'air intérieur : l'AFSSE, l'OQAI, l'INERIS, divers ministères..., ce qui aboutit à une atomisation des moyens ; l'Allemagne, le Danemark et le Canada manifestent plus de cohérence à cet égard.

Mme Marie-France CORRE a signalé que l'UFC travaillait aussi en collaboration avec d'autres associations européennes de consommateurs. Elle a vivement regretté que l'OQAI observe et ne produise pas de recommandations. Ainsi, pour l'étude de l'air dans les écoles, les fonds sont allés au financement des travaux de l'amont.

Quant aux lieux publics, des produits ménagers différents des produits grand public y sont utilisés ; c'est ainsi que le savon liquide pour les mains fourni à l'UFC contient du formaldéhyde comme conservateur.

Généralement, la composition des produits n'est pas indiquée et il est simplement possible d'obtenir une fiche technique de sécurité lorsque des travailleurs sont mis au contact desdits produits ; ces fiches indiquant, par exemple, qu'un produit peut entraîner des maladies spécifiques chez les femmes.

Interrogée sur la gamme et les qualités respectives des différents gants de protection, Mme Marie-France CORRE a estimé que des études devaient encore être menées sur les équipements de protection individuels.

Au sujet des solvants utilisés par les pressings et qui imprègnent les textiles nettoyés, Mme Marie-France CORRE a signalé le décès en quelques heures d'un bébé dans une chambre dont les doubles rideaux revenaient du pressing.

Au sujet des vêtements neufs, elle a indiqué que ceux-ci dégageaient parfois des substances dangereuses, notamment du formaldéhyde, du fait du stockage en quantité des textiles importés nécessitant une conservation. Il en va de même des revêtements de poussettes pour bébé. Dans tous ces cas, le lavage n'évacue pas tout.

Abordant la question des éthers de glycol, Mme Marie-France CORRE a précisé que l'UFC s'y était intéressée dès 1990 et que la présence de l'EGME, voire du DEGEE dans des médicaments de phytothérapie en vente libre - à savoir le Pilosuryl (phytothérapie) et l'Urosiphon (obésité, phytothérapie, pathologie rénale ou urologique) des laboratoires Pierre Fabre - tendant à éliminer l'eau au niveau des reins avait causé des accidents graves (comas, décès). Ce laboratoire soutenait que ces produits n'avaient causé « que » quatre accidents depuis 1963, alors qu'en réalité des éthers de glycol avaient été introduits dans ce produit en 1999. Sur ce sujet, les questions de l'UFC n'ont reçu de réponse ni de la firme ni, surtout, de l'AFSSAPS.

Mme Marie-France CORRE a vivement déploré qu'il ait fallu deux ans pour retirer un produit de la vente, tandis que l'autre produit incriminé n'a toujours pas été retiré. Pourtant, dès 1944, une étude a montré le caractère néphrotoxique de l'éther de glycol incriminé.

En 2003, l'UFC a encore mené des tests sur deux éthers de glycol présents dans les peintures à l'eau, puis d'autres tests en 2005.

Mme Marie-France CORRE a souligné que les éthers de glycol sont des solvants capables de détruire la membrane cellulaire, et qu'il existe probablement un effet commun à tous les éthers de glycol, indépendamment de leur appartenance à la série P où à la série E.

En conclusion, Mme Marie-France CORRE a mentionné l'existence des travaux du Pr. NYSKA sur la toxicité des éthers de glycol au sein du National Toxicology Program (NTP) et les grandes résistances de l'industrie.

Documents de référence :

- « Vorgehensweise bei der gesundheitlichen Bewertung der Emissionen von flütchtigen organischen Verbindungen (VOC) aus Bauprodukten - Système d'évaluation sanitaire des composés organiques volatils des matériaux de construction (Allemagne) », octobre 2000

- « Ethers de glycol, pratiques mais toxiques », Union fédérale des consommateurs-Que choisir, n° 385, septembre 2001

- « Air intérieur, la pollution à pleins poumons, les produits à éviter », Union fédérale des consommateurs-Que choisir, n° 389, janvier 2002

- « Menaces sur notre santé, dioxines », Union fédérale des consommateurs-Que choisir, n° 400, janvier 2003

- « Emissions à risques, peintures murales », Union fédérale des consommateurs-Que choisir, n° 404, mai 2003

- « Principles, experiences and new developments of the emission classification of buiding materials in Finland », Esko Kukkonen, FISIAQ, Finlande, 2003

- « Nettoyants mutli-usages », note technique, document interne, Union fédérale des consommateurs-Que choisir, septembre 2004

- « Dérouler la pollution, tapis », Union fédérale des consommateurs-Que choisir, n° 425, avril 2005

* 1 Nom commercial de l'isothiazolinone