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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

CENTRE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE DU BÂTIMENT - CSTB

Site Internet : http ://www.cstb.fr

M. Christian COCHET, Chef de la division Santé et bâtiment de la direction du Développement durable
M. François MAUPETIT, Chargé de mission Qualité sanitaire des produits de construction de la direction du Développement durable

(6 juillet 2005)

M. Christian COCHET a rappelé que le CSTB accomplissait à la fois des missions propres et des missions d'appui aux pouvoirs publics. Il assure notamment la liaison entre le ministère de la Santé et l'AFSSE.

Au sein de la direction du Développement durable, la division Santé et bâtiment du CSTB, animée par M. Christian COCHET, comprend une vingtaine de personnes.

Cette division est chargée notamment de recueillir le point de vue des occupants des bâtiments avec, comme axe prioritaire, la qualité de l'air intérieur. Elle étudie aussi l'impact sur la santé des produits de construction et des produits de l'environnement intérieur, tant du point de vue chimique que microbiologique.

Le CSTB est opérateur de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI), avec lequel il conduit actuellement une campagne. L'OQAI est en charge d'une mission confiée par les ministères chargés du logement, de la santé et de l'environnement et par l'ADEME. Le CSTB met en oeuvre cette mission.

Au sein du CSTB, M. François MAUPETIT est responsable du laboratoire de chimie chargé d'analyser les émissions dans l'air, Mme Séverine KIRCHNER étant responsable scientifiques du CSTB.

M. François MAUPETIT a rappelé les exigences de la normalisation, notamment le contrôle des composés organiques volatils, éthers de glycol, formaldéhyde. Pour procéder à des mesures, le CSTB a reconstitué les pièces d'une maison et opère des prélèvements dans cet habitat où les produits de construction sont testés, y compris les revêtements de sol ou les peintures ainsi que les produits d'entretien des sols ou encore les désodorisants, par exemple.

Il a noté que l'attribution de la marque NF résulte d'une procédure volontaire qui n'inclut pas la mesure des émissions des produits de construction portant ce label.

En général, le CSTB n'étudie que les produits pour lesquels il a été saisi. M. François MAUPETIT a rappelé qu'il existe en outre l'action 15 du plan national santé-environnement relative à l'étiquetage sanitaire et environnemental des produits de construction. Mais là encore, ce système repose sur le volontariat.

M. François MAUPETIT a ajouté que lorsque le CSTB est saisi par des industriels, les résultats des essais effectués sont la propriété desdits industriels. Ce sont d'ailleurs plutôt les industriels confiants dans la qualité de leurs produits qui saisissent le CSTB. En revanche, si le CSTB analyse spontanément des produits, les résultats sont alors publiés.

Au sujet des éthers de glycol, M. François MAUPETIT a précisé que ces éthers étaient présents dans les produits à solvant aqueux (peintures, produits de traitement du bois, produits d'entretien). Quant au formaldéhyde, il sert de liant entre l'urée et le formol et certains produits liquides libèrent du formol. Enfin, il a relevé que le bois naturel émet des composés organiques volatils (COV).

Dans les pays qui ont fixé une valeur limite d'émission, les fabricants s'adaptent, les émissions baissent.

A propos de la norme haute qualité environnementale (HQE), M. François MAUPETIT a signalé qu'il ne s'agissait que d'une recommandation générale.

Interrogé sur les difficultés des professions du bâtiment à s'adapter à de nouvelles exigences environnementales, M. Christian COCHET a estimé que cela se révélait très variable selon les cas mais que, pour les laines minérales isolantes, cette adaptation avait été très lourde.

Il a ensuite rappelé que le formaldéhyde était classé cancérogène et qu'il s'en trouve beaucoup dans les écoles, d'où l'opération menée par le CSTB dans les établissements scolaires. Dans les domiciles privés, un taux moyen de 20 microgrammes par mètre cube a été mesuré, ce qui est déjà un taux important.

Une enquête est actuellement en cours sur les moyens de faire baisser le taux de formaldéhyde dans les logements ce qui semble plus facile à obtenir à travers la modification de la composition des produits d'entretien ou de celle de l'ameublement plutôt qu'à travers la modification des matériaux.

Quant à la présence d'éthers de glycol dans les logements, l'expérimentation menée par le CSTB devrait répondre aux interrogations sur ce point à partir de l'analyse de la mise en peinture d'une chambre.

Interrogé sur les paramètres humains de la maison témoin du CSTB, M. François MAUPETIT a répondu que les conditions de l'habitation étaient simulées à travers l'ouverture et la fermeture des portes et fenêtres sans que l'expérience aille jusqu'à simuler la « vraie » vie. En revanche, pour apprécier la présence de polluants dans l'habitat, une enquête sur 600 logements est actuellement en cours.

En réponse à une question sur l'impact des foyers de pyrolyse constitués par les cigarettes, il a été précisé que l'étude menée par le CSTB sur l'air intérieur était conduite dans un habitat où l'on ne fume pas, les indicateurs relatifs au tabac risquant en effet d'écraser toutes les autres mesures.

M. Christian COCHET a précisé que les analyses du CSTB portaient sur tel ou tel produit de telle gamme et non sur un type de matériau particulièrement émissif. M. François MAUPETIT a ajouté que des mesures étaient indispensables au-delà du seul étiquetage du produit.

A propos du coût des expériences menées par le CSTB, M. François MAUPETIT a estimé que le test d'un produit de construction pendant 28 jours s'élevait à environ 4 000 € au maximum, tandis qu'un produit d'entretien des sols n'était testé que durant quelques heures, ce qui ne coûtait alors que quelques centaines d'euros.

En réponse à une question sur l'émergence de produits exemplaires grâce à ces tests, M. François MAUPETIT a répondu que les produits considérés comme innovants donnaient lieu à un avis technique et que, parmi les produits présentés par les industriels pour être reconnus comme faiblement émissifs, cinq produits avaient été sélectionnés, parmi lesquels la terre cuite et le revêtement de sol coulé destiné aux collectivités. Ensuite, les promoteurs de ces produits communiquent sur leurs qualités. Mais cette courte liste montre qu'il manque encore beaucoup de produits pour faire une maison.

Quant aux opérations HQE, elles s'attachent à la recyclabilité et au caractère naturel du produit mais il reste à déterminer si ces deux qualités sont bonnes pour la santé et si une certaine résistance des fabricants ne risque pas de se manifester face à ces critères.

En fait, si les architectes demandaient à n'utiliser que des matériaux HQE, le CSTB ne saurait que répondre. D'ailleurs même le CSTB n'avait pas su, pour son siège social, choisir des produits HQE.

Interrogé sur l'existence d'études éventuellement commandées au CSTB par l'« UFC - Que choisir ? », M. François MAUPETIT a répondu qu'il n'en existait pas mais que le CSTB avait travaillé il y a quelques années avec l'« UFC - Que choisir ? » et était intervenu en contre-expertise des tests de l'UFC. Cela l'avait conduit à confirmer les résultats obtenus par l'UFC.

En conclusion, M. Christian COCHET a estimé que le CSTB pouvait d'autant mieux s'organiser quand des normes avaient été émises, que les grands distributeurs étaient préoccupés de la qualité des produits qu'ils mettaient sur le marché. En revanche, pour les produits de grande consommation, notamment les produits d'entretien, la question de leur ministère de rattachement demeurait.

Documents de référence :

- « Rapport exécutif 2004. Campagne nationale logements et veille documentaire sur la pollution intérieure en France et à l'étranger », Observatoire de la qualité de l'air intérieur - OQAI, mars 2005