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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

M. FLORENT LAMIOT

Chargé de mission auprès de la Direction de l'Environnement du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais

(2 octobre 2006)

Pour M. Florent LAMIOT, l'air et sa qualité constituent ensemble un facteur environnemental extrêmement important dont la valeur économique ne peut être quantifiée ; l'air est l'élément qui nous est le plus vital ; sa valeur est donc inestimable, elle tend vers « plus l'infini ».

La distinction entre air intérieur et air extérieur n'est qu'une fiction ; l'air intérieur n'est jamais qu'un air extérieur provisoirement enfermé dans une pièce ou un habitacle où n'existent pas les fixateurs naturels habituels des particules. Ces fixateurs sont la rosée qui dépend des conditions thermohygrométriques, les mousses ou les lichens, qui se nourrissent de particules aéroportées. D'autres plantes épurent l'air de nombreux gaz toxiques (CO2 en particulier) - à partir d'une certaine dose - pour les animaux, d'où le rôle essentiel de la végétation en ville et dans l'environnement intérieur.

Dans l'environnement urbain la plupart des particules sont rapidement remises en suspension. En ville, les ultra-violets, les oxydants (ozone en particulier) et les acides polluant l'air y dégradent notamment les pollens en les rendant allergènes car, comme l'a rappelé M. Florent LAMIOT, contrairement à une idée reçue, un pollen n'est pas à l'état normal allergène, sauf exceptions telles que le pollen de l'ambroisie, plante introduite et devenue invasive en Vallée du Rhône. Le pollen frais, équivalent végétal du spermatozoïde, est généralement protégé par une double cuticule externe. Entre ces deux cuticules sont emmagasinées des molécules de reconnaissance, impliquées dans la fécondation et qui jouent probablement aussi un rôle de protection contre les attaques de bactéries et de champignons. Certaines sont d'ailleurs des molécules organophosphorées qui peuvent évoquer certains pesticides. Ce sont ces molécules qui, le plus souvent, sont allergènes. Elles ne sont mises en contact avec les muqueuses humaines que lorsque la cuticule externe d'un pollen est dégradée, ce qui est le cas lorsqu'il a été exposé à une atmosphère agressive, ou quand il a été érodé par abrasion sur le sol ou dans la poussière ; ce qui est de plus en plus souvent le cas en raison de la raréfaction des abeilles et d'autres pollinisateurs qui ne collectent plus ce pollen à sa source dans la fleur pour le cas des pollens non aéroportés. Cela explique que certaines personnes allergiques au pollen en ville ne le soient plus en haute montagne où les fleurs sont bien plus nombreuses.

Dans ce cadre, M. Florent LAMIOT s'est interrogé sur les méfaits de ces appareils bruyants que sont les canons à feuilles mortes de plus en plus utilisés pour nettoyer les trottoirs et certains espaces verts  : ils redisséminent massivement dans l'air les pollens dégradés par la pollution de même que des milliards de particules d'excréments de chiens, chats et oiseaux porteurs de germes, ainsi que de nombreux spores de champignons, bactéries, micropolluants, etc. dont on peut penser qu'ils pourraient nuire à la santé des passants, et qui normalement devraient être dégradés par les microorganismes du sol. Par temps sec, ces particules sont renvoyées très haut et jusqu'à plusieurs centaines de mètres du lieu de la souffleuse, or les villes sont de plus en plus sèches car imperméabilisées, fortement drainées, pauvres en végétation (source d'évapotranspiration). Ces souffleuses favorisent le réenvol des polluants tombés au sol et obligent à de coûteux gaspillages d'eau pour les arrosages qui fixent provisoirement ces particules ou les entraînent dans les égouts.

Les habitacles des véhicules routiers dans lesquels chacun passe un temps croissant sont également des lieux non protégés, malgré leur apparence car via les prises d'air presque situées à hauteur de pot d'échappement on y respire une partie des émissions polluantes des autres véhicules, mais aussi des aérosols de sels de déneigement ou des pesticides et autres polluants présents sur la chaussée. Des études ont analysé les particules, notamment celles fixées sur la face intérieure des pare-brise dans l'habitacle de voitures ; de nombreux polluants s'y trouvent dont, par exemple, du benzène.

De même, une analyse des arrivées d'air dans les trains à grande vitesse ne serait sans doute pas inintéressante.

En ville et aux abords des routes, il serait aussi judicieux de s'interroger sur la ou les hauteurs auxquelles devraient être mesurés les polluants, dont les NOx. 

Dans l'attribution du label haute qualité environnementale (HQE), les prises d'air et leurs implantations devraient être positionnées et vérifiées eu égard à la pollution extérieure. Il faudrait également mesurer les flux d'air et de polluants qui passent sous les portes et dans les fentes et microfissures d'un bâtiment car les nanoparticules ont un comportement qui ressemble plus à celui d'un gaz qu'à celui des poussières. Il faudrait aussi prendre en considération les ventilations passives et s'interroger sur le devenir des particules - dont microbes et allergènes - et cela dans toutes les ventilations, y compris celles à double-flux. Mais personne n'est aujourd'hui juridiquement responsable de l'air dans les bâtiments où on ne s'intéresse au mieux qu'aux thermies et éventuellement à certains microbes (légionelle...).

A propos de l'air extérieur, M. Florent LAMIOT a souligné l'urgence de prendre en compte de nouveaux facteurs de pollution, tels que les embruns routiers qui, par exemple, diffusent du plomb jusqu'à cent cinquante mètres des autoroutes. Cette pollution a chuté avec l'interdiction du plomb dans l'essence mais les pots catalytiques en vieillissant semblent maintenant perdre une partie de leurs catalyseurs ; c'est ainsi qu'il a été mesuré dans les poussières d'un carrefour de Londres une concentration de platine supérieure à celle existant dans le minerai lui-même. Et le taux de platine dans les glaces du pôle nord aurait été multiplié par 100 en dix ans. Or, en France, les métaux du groupe du platine semblent peu suivis et peu mesurés. Il reste enfin à mettre au point des systèmes simples de détection du nombre des particules et surtout des nanoparticules dans l'air.

M. Florent LAMIOT a noté que les tapis jouent un certain rôle d'absorbant des particules, des tapis spéciaux étant développés pour les industries nécessitant des atmosphères stériles ou très pures, tandis que les semelles des chaussures sont la première source de contamination pour certains polluants à prendre en considération, par exemple pour le risque de pandémie grippale.

M. Florent LAMIOT a attiré l'attention sur l'existence d'une étude de l'Observatoire Régional de la Santé du Nord/Pas-de-Calais, montrant le rôle de l'asthme dans les retards de croissance, et indiqué l'existence de deux études sur les pesticides dans la pluie et dans l'air extérieur (les plus grandes études mondiales - en nombre de paramètres mesurés - respectivement sur trois et deux ans ont été réalisées par l'Institut Pasteur).

L'Observatoire de la santé du Nord/Pas-de-Calais a essayé d'évaluer les conséquences sanitaires de la présence de pesticides dans l'air mais cette analyse a dû exclure de son champ, pour des raisons techniques, un grand nombre de particules comme le glyphosate, très difficile à piéger (adsorber) sur les filtres des capteurs, et les effets de synergies, en raison des connaissances encore balbutiantes sur l'importance de ces synergies et de la potentialisation par d'autres polluants.

M. Florent LAMIOT a ensuite évoqué les nuances terminologiques utilisées, qui conduisent pudiquement à parler davantage de phytosanitaires que de pesticides et de phytopharmaceutiques plutôt que de phytosanitaires, alors que la notion de pesticides, dans la famille des biocides a un sens précis et cadré par les directives européennes et que le mot « pesticide » est celui qui est le plus usuel.

M. Florent LAMIOT a rappelé que l'AFNOR avait élaboré une définition du polluant (altéragène physique, biologique ou chimique) reconnaissant comme primordial son rôle d'altéragène, et que cette définition semble acquise, juste et partagée.

Évoquant ensuite les pollens des organismes génétiquement modifiés (OGM), pour certains comme le maïs conçus pour produire la bactérie Bacillus thuringiensis comme insecticide (Bt), M. Florent LAMIOT a souligné que ceux-ci pouvant finir dans les poumons, la loi sur l'air devrait les prendre en considération. Dans la mesure où ils produisent du Bt, qui est un insecticide et donc un altéragène, ils semblent potentiellement pouvoir répondre à la définition d'altéragène biologique et donc de polluant.

Quant au statut juridique des gaz, particules ou nanoparticules polluantes d'origine anthropique, M. Florent LAMIOT s'est interrogé pour savoir si elles devaient être considérées comme des déchets, des déchets polluants, ou des « déchets toxiques en quantité dispersée » (DTQD).

Il a ensuite noté les limites de la récupération des déchets utilisés comme matières premières de nouveaux produits en échappant ainsi parfois à la réglementation sur les déchets, comme dans le cas de pavés autobloquants, briques, matières plastiques issues de la récupération et du recyclage industriel de contanimants métalliques. En effet, ces produits, par exemple les pavés de dallage, s'useront et dégageront donc une pollution. Il a ensuit rappelé la toxicité naturelle du ciment et de ses laitances et le rôle de certaines cimenteries dont les fours incinèrent des déchets chimiques dont une partie sera plus ou moins bien piégée par le ciment.

Interrogé sur les ambulances vertes, M. Florent LAMIOT a signalé que ce système avait été proposé dans la région Nord/Pas-de-Calais mais que l'idée en avait été écartée.

Abordant ensuite la question des donneurs d'alerte, M. Florent LAMIOT qui pense que ce statut est utile, mais encore à définir, a fait part d'une observation personnelle effectuée dans la gare de Lille où, durant environ les neuf mois d'un chantier de rénovation, ont été décapées à la grenaille de nombreuses couches superposées de minium de plomb, toxique, recouvrant les poutrelles métalliques, tandis que le seul capteur du réseau d'alerte et de mesure de la pollution de l'air placé à proximité s'est trouvé en panne pendant la durée du chantier. Or, les bâches et systèmes de protection posés ne suffisaient pas à éviter les envols de poussière plombée lorsqu'il y avait du vent, et la pollution n'ayant pas été mesurée, les alertes données aux responsables du chantier et à la médecine du travail n'ont pas été suivies d'effets. Cette anecdote montre aussi qu'il faut judicieusement choisir les emplacements des capteurs et veiller à leur bon fonctionnement, pour valider et hiérarchiser les alertes, ce qui demande des moyens humains et financiers.

Dans le même ordre d'idée, les ravalements de façades d'immeubles couvertes d'une croûte noirâtre de particules accumulées durant des décennies posent problème. Cette croûte contient souvent des polluants cancérogènes (particules diesel, benzène) et toxiques (plomb) dont une partie pollue l'air au détriment des ouvriers qui y travaillent souvent sans masque - c'est en général en vain que l'inspection du travail est alertée, et ces travaux s'effectuent aussi au détriment des habitants des logements riverains mal protégés des infiltrations d'air pollué.

Par ailleurs, M. Florent LAMIOT a rappelé qu'une étude a montré que les sédiments curés dans la Tamise et épandus dans les champs contenaient notamment de l'amiante dont on ignore le devenir.

Il s'est ensuite inquiété des leurres hormonaux également présents dans ces sédiments, dans les égouts et les boues d'épuration.

Il a déploré que l'INERIS ait décidé, il y a quelques années, de ne rien dire au grand public d'une étude portant sur l'analyse de l'essence et du diesel dont la composition, et probablement les effets plus ou moins nocifs changent avec les saisons. Il a également vivement déploré l'opacité et la rareté des données sur les effets des carburants des aéronefs (composition, additifs, toxicité, nature et quantité des retombées).

Rappelant que les forêts sont les meilleurs pièges à particules, et abordant ensuite la question des bois coupés, ou des champignons ramassés dans des forêts polluées y compris par les munitions et retombées de la Première Guerre mondiale, M. Florent LAMIOT a insisté sur la présence potentielle de plomb, d'arsenic comme de mercure et d'autres polluants dans les végétaux et champignons, ou le gibier.

De même, pour les retombées de Tchernobyl, parmi les radionucléides libérés par l'explosion du réacteur n°6 le 26 mai 1986, le césium 137, radioactif, a été particulièrement bien capté par les forêts, ce qui explique - comme l'ont montré plusieurs rapports officiels - que dans les forêts les plus touchées alors par ces retombées, la radioactivité n'a pas diminué, ayant parfois même augmenté. Ce césium percole lentement dans le sol à raison d'un centimètre par an environ en moyenne, pour atteindre, après vingt années environ, la zone de prospection des champignons. Ainsi, ce n'est qu'à partir de 2005 que ce césium a commencé à s'accumuler dans les champignons (et en particulier dans la truffe du cerf - Elaphomyces granulatus) très consommés par les sangliers et les écureuils, qui, à leur tour, contamineront la chaîne alimentaire, dont des espèces-gibier. Cette contamination est déjà avérée pour de nombreux sangliers selon les études suisses et allemandes. Ces champignons étant symbiotes de certains arbres, on peut craindre que ces derniers commencent également à bioaccumuler le césium radioactif à partir des années 2005. De ce fait, une concentration croissante pourrait perdurer des années, voire des décennies dans le bois et les champignons - ce qui reste encore à vérifier pour le bois. Si c'est le cas, ce césium risque à nouveau de polluer l'air quand on brûlera ce bois, ou quand des forêts brûleront, ce qui pourrait arriver plus souvent en raison des modifications climatiques. La présence de cette substance dans les champignons est avérée mais ses impacts sont peu étudiés. Or, le mercure et le plomb intoxiquent même à faibles doses, et les radionucléides concernés sont réputés dangereux pour la santé.

Ni l'ONF, ni la forêt privée, ni le label PEFC ne se sont prononcés sur cette délicate question, en dépit des alertes données par France nature environnement (FNE) ou d'autres, alors que des experts s'interrogent sur certains décès dus à des champignons, qui auraient été provoqués non par le caractère vénéneux des champignons mais par la simple bioaccumulation de cadmium et/ou d'autres toxiques présents en eux. De même, le bois contaminé peut-il être ensuite brûlé pour cuire le pain, des pizzas, dans les cheminées individuelles, et les champignons cuisinés par des particuliers ou des restaurateurs ? Aucune étude de risque et de danger ne semble jamais avoir été effectuée sur ce point.

M. Florent LAMIOT s'est ensuite déclaré déçu par l'absence de tableaux très simples et pédagogiques à lire dans les normes, valeurs guides, seuils et analyses effectuées ou collectées par l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI), lequel omet aussi de rappeler l'augmentation du taux de métaux du groupe du platine (probablement notamment perdu par les pots catalytiques) et omet parfois également de rappeler l'existence de normes européennes et/ou OMS.

Par ailleurs, M. Florent LAMIOT a cité en exemple le caractère dangereux de produits encore banalement très utilisés comme le White spirit, réellement toxique, ainsi que l'attestent les fiches de sécurité des centres antipoison ; de même pour le danger présenté par certaines encres techniques contenant de puissants allergènes comme additifs.

Il a ensuite insisté sur la connexité de certains dangers dont l'un peut aggraver les effets de l'autre. Ainsi, dans une pièce fermée, la fumée de cigarette est attirée par les lampes halogènes dont la chaleur crée une colonne montante d'air déshydraté qui attire la fumée (gaz et particules) en la faisant d'abord passer près de la lampe, zone où les UV et la chaleur intense créent les conditions d'un petit, mais puissant, réacteur photochimique produisant des produits toxiques et polluants supplémentaires. De la même manière, à l'extérieur, certains lampadaires et lampes halogènes exposés à la pollution peuvent aussi contribuer à la pollution de l'air la nuit. La source est faible mais elle attire aussi les insectes, qui attirent eux-mêmes leurs prédateurs, certaines chauve-souris par exemple.

Au sujet des pesticides, M. Florent LAMIOT a indiqué qu'une récente étude établissait un lien entre l'utilisation de ceux-ci et la maladie de Parkinson ou encore entre cette utilisation et l'augmentation du nombre de certains cancers qui croit plus vite à la campagne - où l'ozone troposphérique est également présent - qu'en ville.

M. Florent LAMIOT a ensuite insisté sur les risques liés à l'utilisation de diffuseurs de pesticides fonctionnant branchés sur les prises électriques, tout particulièrement s'ils sont utilisés à proximité des cuisines ou des lieux où l'on mange. De graves intoxications ont par exemple été citées aux Etats-Unis d'Amérique du fait de la présence dans un restaurant d'une friteuse fonctionnant à proximité d'un tel diffuseur, qui dispersait un insecticide particulièrement soluble dans le gras.

Dans le même esprit, il a été relevé le danger de l'usage de bombes pesticides géantes, fréquemment utilisées dans les foyers et plus encore par les sociétés de nettoyage de locaux publics et bâtiments tertiaires, dont le contenu est parfois largement diffusé au niveau des prises d'air de systèmes d'aération (où les araignées positionnent volontiers leurs toiles) ; dans certains locaux publics des décès suspects ont été constatés. Dans les systèmes d'aération mal conçus ou mal entretenus, des pathogènes susceptibles de contribuer aux maladies nosocomiales se trouvent en contact avec des toxiques mutagènes. De même, M. Florent LAMIOT s'est inquiété de la vaporisation généreuse et obligatoire de pyréthrine de synthèse dans l'habitacle fermé des avions avant leur décollage, sans que soient proposés des masques de protection aux passagers.

M. Florent LAMIOT a également relevé le danger du mélange entre l'eau de Javel et des détartrants, ou autres produits et parfums de ménage, ainsi que l'abus de l'utilisation de produits javellisés ou leur mauvais usage (sans savonnage préalable) et les problèmes qui en résultent : émanations de toxiques, mais aussi apparition de microbes chloro-résistants, potentiellement largement diffusés dans les égouts et boues d'épuration, et susceptibles de contribuer à l'extension de maladies nosocomiales.

M. Florent LAMIOT a ensuite relevé le rôle potentiellement dangereux de certains nouveaux animaux de compagnie (comme les salamandres) qui émettent des pathogènes, des allergènes voire des toxiques, susceptibles de passer dans l'air.

Il a déploré ensuite l'absence d'abris dans les bâtiments publics (lycées et écoles en particulier) conçus pour résister aux pollutions graves de l'air ou à une attaque terroriste visant l'air, et qui pourraient aussi servir en cas de grippe aviaire ou pandémique, par exemple. Il s'est demandé ce qu'il adviendrait, par exemple, dans les écoles exposées du fait de la proximité d'un accident majeur. Lors d'un accident - finalement moins grave qu'il n'y paraissait - mais ayant déclenché une évacuation du bâtiment d'une centrale nucléaire, il y a quelques années, le seul refuge trouvé par les employés avait été de s'enfermer dans leurs véhicules automobiles sur les emplacements de stationnement. M. Florent LAMIOT a jugé l'anticipation nécessaire, or, sur ce point, il semble que la formation des architectes et ingénieurs du bâtiment ne prévoit rien.

Il aussi noté que les poubelles et les chaînes de tri sélectif étaient porteuses de spores et de microbes et que beaucoup d'usagers utilisaient dans leurs cuisines, sans en mesurer les effets, des poubelles contenant en leur fond en permanence du jus fermenté de détritus.

M. Florent LAMIOT a relevé que les entreprises de plus de dix personnes qui appliquent des pesticides, y compris contre les cafards et parasites des bâtiments, doivent former leur encadrement au risque et à la gestion de ces produits : une personne sur dix au moins dans ces entreprises doit être titulaire d'un certificat d'application des pesticides obtenu après cinq jours de formation mais les ingénieurs en sont exemptés.

Or, ayant contribué durant six ans à la formation de tels personnels en vue de l'obtention de ce certificat, M. Florent LAMIOT a constaté, lors d'un test final de calcul de dosage des matières actives à diluer dans une cuve avant pulvérisation (test effectué cinq ans après la formation initiale de cinq jours, mais après une seconde formation abrégée tenant lieu de « piqûre de rappel »), que le taux d'erreurs dans le calcul du bon dosage était très élevé, seuls 5 % des candidats sur un groupe de quatre-vingt personnes environ, ont donné la bonne réponse, faute d'avoir su correctement effectuer une règle de trois.

Quant aux traitements agricoles ou urbains (désherbages essentiellement), ils sont fréquemment effectués par des intérimaires et/ou des stagiaires ou en sous-traitance. Ces applicateurs sont des personnels non suivis par la Mutualité Sociale Agricole et souvent non formés, dont les problèmes de santé échappent donc aux statistiques collectées sur les impacts des pesticides.

M. Florent LAMIOT a noté en outre que les pesticides utilisés sont alors souvent non seulement mal dosés, mais que leurs applicateurs mélangent parfois des produits qui ne doivent pas l'être, et ce sans porter ni masque, ni gants, ni combinaison et sans respecter les consignes des étiquettes. Les collectivités, pour leur part, sont censées dispenser les formations nécessaires et contrôler les bons de commande, mais ne sont pas formées quant aux risques liés aux pesticides.

En complément, M. Florent LAMIOT a signalé que l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP) n'a jamais communiqué les tonnages et qualités de pesticides annuellement vendus par régions et sous-régions, alors que les toxicologues, écotoxicologues et épidémiologistes manquent cruellement de ces données.

Enfin, M. Florent LAMIOT a insisté sur les dangers du mercure, en particulier sur le risque persistant de casser un thermomètre au mercure sur un plancher, sur de la moquette ou dans une baignoire, un lavabo ou une douche. Le mercure, très lourd, reste piégé dans les fentes du plancher, les poils de la moquette ou dans la bonde. Dans le cas de la bonde de la baignoire, de la douche ou du lavabo, le mercure y stagne en présence d'eau très chaude. Le mercure risque alors plus facilement d'être évaporé et inhalé ou transformé en méthylmercure beaucoup plus toxique encore. En Suède, une expérience a montré que des chiens spécialement dressés détectaient olfactivement très efficacement et rapidement de microgouttelettes de mercure dispersées sur le sol d'un logement contaminé. Une fois l'endroit repéré, un produit stabilisant et décontaminant adapté peut ensuite permettre d'aspirer sans risque ce dangereux métal.

Document de référence :

- « Une éthique de l'ingénieur : Fonctionnaire, éthique et développement soutenable. Vers un Code de déontologie pour une démocratie administrative ? », M. Florent LAMIOT, octobre 1997