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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

CONSEIL RÉGIONAL DU NORD-PAS-DE-CALAIS

Site Internet : http ://www.nordpasdecalais.fr

M. Fabrice LERIQUE, Consultant auprès de la direction Environnement, Ancien chargé de mission air

(2 octobre 2006)

Le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais a travaillé avec l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) dans le cadre d'un comité de pilotage au sein de l'étude pilote sur la qualité de l'air intérieur, dans le cadre du plan régional de la qualité de l'air. Les participants, très motivés, ont été très déçus dans la mesure où il n'existe que des statistiques sur la qualité de l'air intérieur mais qu'il n'y a pas eu de réponse aux questions posées par les enquêtés. Par la suite, le programme régional a servi de base de travail en partant de l'impact sanitaire. Le programme HABIT'AIR-Nord-Pas-de-Calais, mené en coopération avec une dizaine d'acteurs différents (recherche, santé, associations et institutions) mais aussi avec l'Ecole des Mines de Douai pour une étude dans le cadre de PRIMEQUAL sur les éthers de glycol, a porté sur soixante logements.

Pour son étude sur les produits ménagers, le Centre antipoison de Lille a également eu aussi besoin d'entrer dans les logements et le questionnaire a été modifié en conséquence . Le coût important de cette étude (environ 10.000 euros par logement) a été financé par la région, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et le Fonds européen de développement régional (FEDER). Parallèlement, un outil de diagnostic a été mis au point et testé par le Centre d'études techniques de l'équipement Nord-Picardie (CETE). Le questionnaire utilisé portait à la fois sur l'utilisation du logement et sur la santé de ses occupants. L'aspect santé était traité par le Pr. TONNEL du CHRU de Lille.

Naturellement, ce genre de diagnostic peut poser un problème pour les relations entre les propriétaires et les locataires et ces questions font l'objet d'une étude juridique.

Pour la suite, il est prévu que des bureaux d'études volontaires testent l'outil de diagnostic qui pourrait d'ailleurs être étendu au secteur tertiaire et, prioritairement, aux écoles. L'INERIS comme l'OQAI sont intéressés.

En aval, HABIT'AIR-Nord-Pas-de-Calais tentera d'apporter des réponses. D'où l'étude d'une possible épuration de l'air intérieur par les plantes comme l'ont déjà tentée le Pr. Bill WOLVERTON et la NASA à travers la culture de cinquante plantes épuratrices d'un milieu très pollué.

De même, la faculté de pharmacie de Lille et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) de Nantes travaillent à l'élaboration d'une méthode pour qualifier et quantifier l'épuration de l'air par les plantes (PHYTAIR), dans l'optique d'élaborer un label en liaison avec les professionnels de la plante, étant précisé que la plante ne peut pas assainir l'air mais seulement en faire baisser la pollution, un certain nombre de mètres cubes d'air exigeant une certaine surface foliaire.

Il est à noter que la liaison avec l'impact sanitaire est difficile à établir car les polluants sont nombreux mais en quantité infime. Ces études sont menées en liaison avec la toxicologie, notamment grâce au Pr. Daniel MARZIN de l'Institut Pasteur de Lille, qui travaille avec le Pr. Chantal van HALUWYN du laboratoire de botanique de la Faculté de Pharmacie. Le problème demeure de faire face au cocktail de polluants alors que, polluant par polluant, il existe des données.

M. Fabrice LERIQUE a souligné au passage que la profession de toxicologue était en péril. Il a ensuite précisé que l'INERIS avait évalué le programme HABIT'AIR-Nord-Pas-de-Calais et suggéré des améliorations ; ce programme avait été porté aussi par le comité départemental d'aménagement de l'habitat rural du Pas-de-Calais.

Au total, la région Nord-Pas-de-Calais est celle qui est allée le plus loin dans l'étude de l'ensemble des polluants. Ce travail a été mené en coopération avec Mme Séverine KIRCHNER de l'OQAI. Une fois la collecte des données terminée, son exploitation interviendra au début de l'année 2007.

M. Fabrice LE RIQUE a mentionné ensuite les travaux du Pr. TONNEL qui a procédé gracieusement à l'évaluation sanitaire pneumologique des polluants pour trois à quatre personnes dans les soixante logements. Lorsqu'on constatait des cas graves, la convocation individuelle des personnes était prévue, mais cela n'a pas été vraiment nécessaire. Seule une importante pollution au monoxyde de carbone a été constatée et à conduit à intervenir puisqu'une personne était en danger. Certains logements ont d'ailleurs été expertisés avant et après rénovation selon la norme HQE. Sur ce point, M. Fabrice LE RIQUE a relevé qu'il n'était pas évident pour tous les habitants de savoir répondre au questionnaire assez complexe qui leur était soumis. Il a ensuite décrit le programme « Les sentinelles de l'air » conduit par l'Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA) qui a relevé plusieurs problèmes, y compris de logement trop propre, avec un taux de benzène au-delà des seuils, et a rappelé le danger du mélange de produits ménagers auquel procèdent certaines personnes obsédées par le « ça sent le propre ».

Abordant ensuite les accidents causés par le monoxyde de carbone, il a déploré qu'il y ait toujours autant de décès qu'avant, le Nord-Pas-de-Calais étant malheureusement champion de France dans cette catégorie. Il a relevé aussi que certains composés organiques volatils, les aldéhydes et les poussières créaient de gros problèmes tout en notant que les poussières n'avaient été l'objet que de mesures quantitatives et non qualitatives.

Interrogé sur l'enquête de Greenpeace sur la qualité de l'air, M. Fabrice LERIQUE a répondu qu'il connaissait ce travail mais qu'il en ignorait les protocoles d'analyse, ce qui lui interdisait donc de se prononcer sur sa valeur. Il a ensuite regretté qu'il n'existe pas d'appareil adapté pour prélever l'air intérieur, les appareils existants étant bruyants, électriques et pas adaptés aux quantités de polluants.

Il a aussi attiré l'attention sur l'association nationale Plant'airpur, établie à Angers, qui regroupe plusieurs collèges prêts à former des vendeurs sur la thématique de la promotion de la vente de plantes dans les jardineries liée à la lutte contre la pollution de l'air intérieur.

M. Fabrice LERIQUE a indiqué l'existence d'une étude sur les pesticides dans l'air portant sur cent molécules pendant trois ans. Il a aussi mentionné l'existence des conseillers santé-environnement dans certains pays d'Europe. Dans le Nord-Pas-de-Calais, l'hôpital de Roubaix a imaginé de faire former des infirmières afin de compléter la vision médicale par un volet bâtiment, ce qui est la démarche inverse mais complémentaire de celle de la région. Dans ce cas de Roubaix, l'outil est simplifié et son utilisation ne prend qu'une heure au lieu de trois, d'où la reprise de cette idée par le plan santé-environnement de la DRASS mais il reste à voir comment mettre cette idée en pratique et selon quels financements.

M. Fabrice LERIQUE a estimé qu'il était possible de travailler avec les entreprises de nettoyage sur un taux maximum de bio-contaminants après une inondation. Ce problème n'est pas sans lien avec celui des assurances des sinistres. Sur d'autres aspects, la Région Nord-Pas-de-Calais a travaillé avec les mutuelles de santé qui s'intéressent de plus en plus aux aspects préventifs.

Interrogé sur les dosages différents des produits de nettoyage professionnels par rapport à ceux vendus aux particuliers, M. Fabrice LERIQUE a suggéré de questionner sur ce point les centres antipoison.