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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

FACULTÉ DE PHARMACIE DE LILLE 2 - LABORATOIRE DE BOTANIQUE

Site Internet : http ://www.pharmacie.univ-lille2.fr

Pr. Chantal van HALUWYN
M. Damien CUNY, Maître de conférences, Pilote du programme PHYT'AIR

(2 octobre 2006)

M. Damien CUNY a souligné l'existence du programme PHYT'AIR ainsi que les recherches menées sur l'épuration de l'air intérieur par les plantes par la NASA et les Russes, préoccupés par l'air intérieur des vaisseaux spatiaux. Pour la NASA, le Pr. Bill WOLVERTON a créé une société d'épuration de l'eau et de l'air par les plantes, l'air aspiré étant forcé de passer entre les racines des plantes mêlées à du charbon actif, poursuivant les travaux menés dans les années 1990 par l'équipe de Darlington (Ontario) qui forçait le passage de l'air sur des systèmes verticaux. Cependant, ces travaux avaient trop mis la plante de côté. Quant aux premiers travaux du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), ils ont porté sur le système sol-plante, le plus performant, avec des tests sur trois plantes exposées à du benzène, du formaldéhyde et du monoxyde de carbone.

M. Damien CUNY a insisté sur la nécessité de mettre au point un protocole d'exposition à l'air intérieur d'un habitat réel pour répondre aux questions : la plante utilise-t-elle les polluants ? comment les absorbe-t-elle ? comment les relargue-t-elle ? En effet, il est impératif de bien comprendre ce qui se passe à l'intérieur de la plante. Dans les travaux actuels, des dosages de composés organiques volatils sur les feuilles sont effectués, les effets génotoxiques sur la plante sont étudiés, sans qu'il soit possible de les extrapoler à l'homme mais tout en considérant que ces effets constituent à tout le moins des signaux d'alarme pour l'homme. M. Damien CUNY a jugé que, pour l'avenir, il serait souhaitable de mener des travaux en parallèle sur l'homme et sur les plantes. A cet effet, des tests sont en cours mais, à l'heure actuelle, ils ne concernent que l'air intérieur.

M. Damien CUNY a également précisé qu'il collaborait au programme HABIT'AIR et que, dans ce cadre, des tests pourraient être menés dans des écoles, par exemple à l'aide de plantes sentinelles et de plantes épuratrices. Il a indiqué que la nature de l'absorption variait avec la nature du polluant : le toluène est absorbé sur la feuille qui constitue son entrée probable, tandis que le benzène et le monoxyde de carbone dont la toxicité est à l'étude entrent par les cellules. Quant au formaldéhyde, il est très sensible à l'humidité et rentre bien dans les plantes qui sont capables de l'utiliser.

M. Damien CUNY a constaté que les chercheurs n'étaient pas assez nombreux dans ce domaine et qu'il était toujours fait référence aux mêmes travaux lorsqu'il était question d'air intérieur.

Le Pr. Chantal van HALUWYN a dès l'abord insisté sur le fait qu'elle travaillait depuis trente ans pour développer la bio-surveillance.

Le Pr. Chantal van HALUWYN a également mentionné l'existence d'une licence professionnelle en diagnostic et soins agro-environnementaux qui fait l'objet de deux cents demandes par an et offre de réels emplois à la fin des études. Cette licence peut être prolongée par un master professionnel qui rencontre du succès, mais, curieusement, ce développement professionnel a été considéré comme un échec par l'Université.

Elle a déploré la suppression par le ministère de la Recherche de la licence dans cette discipline après quatre années d'existence sans difficultés particulières et le soutien du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Elle a précisé que son équipe comprenait neuf personnes travaillant sur l'air intérieur, l'air extérieur et les sols, et que le maintien de cette recherche exigeait un combat constant.

Le Pr. Chantal van HALUWYN s'est ensuite félicitée de l'action menée par M. Fabrice LE RIQUE dans le programme PHYT'AIR pour le Nord-Pas-de-Calais soutenu par l'ADEME.

Elle a ensuite indiqué qu'elle présidait une commission de l'AFNOR sur la surveillance bio-végétale dont l'existence remonte à juin 2005 et indiqué que, début 2008, quatre normes seraient définies, ce qui permettra d'exercer un certain contre-pouvoir au niveau européen. Elle a noté qu'une bio-surveillance obligatoire existait en Allemagne depuis 1990.

En France la bio-surveillance de la qualité de l'air par les lycées continue à travers l'analyse des lichens.

Le Pr. Chantal van HALUWYN a estimé qu'il fallait s'intéresser aux concentrations observées dans des atmosphères classiques hors du cadre des intoxications, les plantes étant d'ailleurs inefficaces dans ce dernier cas où la concentration des polluants est trop élevée. Elle a ensuite souligné que l'installation de plantes à l'intérieur ne dispensait pas d'aérer.

M. Damien CUNY a attiré l'attention sur l'existence de la Maison de la nature et de l'environnement de Dunkerque qui gagnerait à être toujours davantage connue, notamment des écoles.

Il a précisé que les résultats de PHYT'AIR, analysés fin juillet 2006, seraient bientôt publiés et a insisté sur la confusion souvent faite entre la salubrité de l'air intérieur et l'hygiène, beaucoup de personnes croyant qu'une bonne odeur diffusée par une bombe aérosol évacuait les problèmes.

Enfin, M. Damien CUNY a signalé la qualité de la coopération menée avec le laboratoire de climatologie du CSTB de Nantes dirigé par M. Abdel LAKEL qui met au point les technologies de demain pour épurer l'air et l'eau des maisons.

Documents de référence :

- CD Programme PHYT'AIR, présentation générale, Rapport de synthèse sur les capacités d'épuration des végétaux supérieurs, Damien CUNY, Marie-Amélie RZEPKA, 2006

- Programme PHYT'AIR, Rapport de synthèse sur les capacités d'accumulation des végétaux, E.A. 2690 : toxiques et cancérogènes professionnels et environnementaux, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques, Damien CUNY, Marie-Amélie RZEPKA, 2006

- Programme PHYT'AIR, Bilan, E.A. 2690 : toxiques et cancérogènes professionnels et environnementaux, Faculté des sciences pharmaceutiques et biologiques, Damien CUNY, Marie-Amélie RZEPKA, mars 2006

- Quand les plantes parlent d'ozone ! ou comment le tabac devient pédagogique, dossier de presse, septembre 2006

- Biosurveillance végétale de la qualité de l'air, Concepts, méthodes et application, Jean-Pierre GARREC, Chantal van HALUWYN, Editions TEC & DOC, 2002