Allez au contenu, Allez à la navigation



Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

ATMO NORD-PAS-DE-CALAIS - OBSERVATOIRE RÉGIONAL DE LA SANTÉ - ORS DU NORD-PAS-DE-CALAIS

Site Internet : http ://www.atmo-npdc.fr

Mme Caroline DOUGET, Directrice du service Etudes/Atmo Nord-Pas-de-Calais
Mlle Tiphaine DELAUNAY, Ingénieur d'Etudes/Atmo Nord-Pas-de-Calais
Mme Hélène PROUVOST, Chargée d'études/ORS

Site internet : http://www.orsnpdc.org

(2 octobre 2006)

Mme Caroline DOUGET a rappelé que les études sur l'air avaient d'abord été menées par l'Institut Pasteur avec le programme PHYTO'AIR relatif à l'« Etude de la contamination atmosphérique par les produits phytosanitaires dans la région Nord-Pas-de-Calais » puis par ATMO-Nord-Pas-de-Calais pour les prélèvements et complétées par l'Observatoire régional de la santé-Nord-Pas-de-Calais pour l'impact sanitaire. Elle a signalé que, le 17 octobre 2006, une conférence avait été tenue à Arras sur la contamination de l'atmosphère par les pesticides.

Mme Hélène PROUVOST a précisé que l'Observatoire régional de la santé-Nord-Pas-de-Calais s'intéressait à la santé et à l'environnement, comme, par exemple, aux métaux lourds ou à la pollution atmosphérique urbaine et qu'il coopérait avec l'InVS dans un programme air et santé.

Mlle Tiphaine DELAUNAY a ensuite présenté les principaux résultats de PHYTO'AIR qui a consisté, depuis le début de 2003, à étudier la faisabilité d'une étude sur la présence des pesticides dans l'air à partir de trois sites de mesure, un site urbain à Lille et deux sites périurbains à Courcelles-les-Lens et Caudry. Ces sites, relevés chaque semaine, n'ont posé qu'un seul problème : leur protection contre le vandalisme. Il s'agissait de rechercher une centaine de molécules au moyen de mesures effectuées pendant deux ans, de 2003 à 2005, grâce à des aspirations menées par périodes de sept jours qui ont montré de fortes teneurs au printemps, avec une moindre contamination pour le site urbain et une corrélation avec les molécules utilisées sur les cultures de la région. Ont été par exemple repérés la fenpropidine, la pendiméthaline, le chlorothalonil, la fenpropimorphe, le dichlorvos ...

Certaines molécules ont été détectées bien qu'elles n'aient plus d'autorisation de mise sur le marché. C'est le cas du lindane, dont la présence peut s'expliquer par sa persistance dans l'environnement et aussi par son usage autorisé en tant que biocide.

A été notée aussi la présence de la diphenylamine toute l'année, au lieu de la seule période d'utilisation habituelle d'août à novembre. En dehors de son usage phyto-sanitaire, la diphénylamine peut entrer dans la composition d'autres produits (pharmacie, industrie ...).

Une norme AFNOR est en cours d'élaboration à la suite d'études menées dans plusieurs régions de France et reprises par un groupe de travail national regroupant l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), le ministère en charge de l'environnement et des AASQA (Association Agréée pour la Surveillance de la Qualité de l'Air).

Le rapport de l'étude PHYTO'AIR paraîtra en octobre.

Pour l'avenir des recherches dans le Nord-Pas-de-Calais, il a été envisagé de cibler sur une trentaine de molécules au lieu d'une centaine, avec des prélèvements sur deux sites, Lille et Saint-Omer plus agricole.

En outre, l'air intérieur de cinq logements a été étudié pour comparer les molécules présentes dans l'air intérieur avec celles identifiées dans l'air extérieur, ce qui a permis de noter que les molécules extérieures se retrouvaient dans l'air intérieur, augmentées de molécules liées à la consommation du foyer.

Mme Hélène PROUVOST a déclaré qu'il était difficile d'estimer l'exposition de la population aux pesticides. L'analyse des études publiées montre que la mesure de l'exposition est plus souvent qualitative que quantitative.

Elle a précisé que des prélèvements mobiles pouvaient aussi être opérés à l'aide de capteurs portatifs, c'est-à-dire de sacs à dos munis de pompes, comme dans le programme de l'Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA) « Les sentinelles de l'air ». Toutefois ce procédé suscite quelques réserves par rapport aux préleveurs nécessaires.

Mme Caroline DOUGET a précisé que la région Nord-Pas-de-Calais souhaitait continuer ses recherches à travers un programme réévalué chaque année même si ces analyses étaient très onéreuses, notamment en allant analyser l'air intérieur chez des agriculteurs, en 2007 et 2008, et qu'elle recherchait un financement pour ces opérations.

Mme Caroline DOUGET a alors précisé que le financement d'ATMO-Nord-Pas-de-Calais était assuré, à hauteur d'un tiers pour chacun d'entre eux, par le ministère de l'Environnement, des industriels, à partir de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) et par les collectivités locales, ce dernier financement étant le plus difficile à obtenir. En outre, la région apporte son aide pour des projets spécifiques. Elle a rappelé qu'il existait dans toutes les régions une AASQA depuis la loi sur l'air et que ATMO-Nord-Pas-de-Calais employait trente-trois personnes.

Mme Hélène PROUVOST a relevé que le programme PHYTO'AIR portant sur la mesure de l'impact sanitaire des pesticides dans l'air recherchait la part de l'inhalation dans celui-ci. Pour ce faire, l'ORS a étudié la possibilité d'appliquer les méthodes d'évaluation des risques aux résultats du programme PHYTO'AIR en s'appuyant sur les valeurs toxicologiques de référence établies par des instances internationales (OMS, IARC) ou nationales (ATSDR, US-EPA, RIVM ...). C'est à partir de ces valeurs qu'il est possible de caractériser un risque.

Elle a ensuite précisé qu'il était difficile de prendre en compte les différentes catégories de la population et que, par précaution, étaient retenues des valeurs d'exposition élevées comme si les personnes concernées avaient été exposées 24 heures sur 24 durant toute leur vie. Ces valeurs d'exposition sont ensuite converties en valeurs d'inhalation. Mais il existe très peu de valeurs toxicologiques de référence (VTR) pour la voie inhalation.

Ensuite, il convient de distinguer entre les effets non cancérogènes (ou effets à seuil) et cancérogènes (ou effets sans seuil). Pour les effets non cancérogènes, si le ratio de danger est inférieur à 1, il n'y a pas de risque. Pour les effets cancérogènes, si on estime qu'une personne sur un million de personnes exposées a un risque de cancer, on considère que ce n'est pas acceptable. Au regard des ratios de danger, aucune substance mesurée n'a posé problème, car toutes les substances ont des ratios inférieurs à 1. Pour les effets cancérogènes, certaines substances posent question mais leur caractère cancérogène fait débat.

Quant à la part de l'inhalation, elle doit être relativisée car le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) avait mené en 1992 une étude sur les pesticides dans l'alimentation des adultes et avait montré que celle-ci représentait 90 % des apports en pesticides, l'air ne représentant qu'environ 11 % des apports journaliers maximum en pesticides. En outre, une étude pionnière a tenté de prendre en considération l'impact sanitaire en établissant la part faible due à l'inhalation comparée à la part provenant de l'eau et de l'alimentation.

Mme Hélène PROUVOST a indiqué que dans les recommandations faites par l'ORS, figure un inventaire spatialisé de l'usage des pesticides dans la région Nord-Pas-de-Calais afin de pouvoir dresser des cadastres d'émission et des usages dans la région ; en outre, il est capital de prendre en compte l'hétérogénéité de l'exposition et de développer les connaissances sur santé et pesticides - ce travail étant différent de l'épidémiologie qui se fonde, elle, sur un événement de santé au départ de sa recherche.

Enfin, elle a précisé qu'aux Etats-Unis d'Amérique, une étude avait établi que dans certains logements, les concentrations en pesticides étaient 200 fois plus importantes à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Documents de référence :

- « Rapport sur l'exposition de la population aux pesticides dans la région Nord-Pas-de-Calais : apports du programme PHYTO'AIR », Hélène PROUVOST, Christophe DECLERCQ, décembre 2005

- « Éthers de glycol », Mines de Douai ; « Diagnostic air intérieur », CETE ; « Conseillers santé environnement », Cd-rom HABIT'AIR