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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

CONSEIL NATIONAL DE L'ORDRE DES ARCHITECTES

Site Internet : http://www.architectes.org

M. Patrice GENET, Président de la commission du Développement durable du Conseil national de l'Ordre des architectes

(18 janvier 2007)

M. Patrice GENET a indiqué que les architectes se situaient à la croisée des préoccupations sociale, économique, environnementale et culturelle. En sa qualité de président, depuis trois ans, de la commission du Développement durable du Conseil national de l'Ordre des architectes, il a insisté sur le fait que la stratégie de développement durable des architectes dépassait les préoccupations de l'association Haute qualité environnementale (HQE) puisqu'elle ambitionnait d'aller au-delà de la simple démarche de certification.

Il a surtout insisté sur le fait que la formation en développement durable des architectes était acquise prioritairement sur le terrain et secondairement dans les écoles d'architecture qui en sont encore aux balbutiements d'un enseignement prenant en compte les valeurs du développement durable. Dans ces écoles, il n'existe généralement pas de cours dédié spécifiquement à la qualité de l'air ou bien, peut-être, une heure sur un cycle annuel dans certaines d'entre elles. Ce thème n'est pas davantage présent dans la formation permanente. En réalité les enseignements sont tirés seulement du terrain, par exemple, lors d'expertises relatives à des taux d'humidité excessifs dans des immeubles.

Pour autant, les architectes sont ouverts aux questions de développement durable. Il leur est en outre possible d'obtenir des informations auprès d'organismes spécialisés comme le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) mais les avis techniques du CSTB ne constituent pas des agréments pour les produits, contrairement à ceux de l'Agence du médicament pour les médicaments, qui prend ses responsabilités dans la mise sur le marché des produits qu'elle a homologués. Il a précisé que le CSTB était financé, pour partie, par les professionnels du bâtiment et que les critères utilisés par lui portaient sur la sécurité, la durabilité et la technique mise en oeuvre, mais pas sur l'incidence des matériaux sur la santé de l'habitant.

Il a ensuite estimé que le Centre technique du bois et la norme E1 constituaient des références sûres. Il a également mentionné l'existence d'un béton purificateur d'air autolavant grâce à l'emploi du dioxyde de titane37(*) (groupe italien Italcementi). Il s'est déclaré sceptique sur l'emploi des laines de roche et des laines de verre qui lui semblent présenter des risques pour la santé publique.

Il a également indiqué que les architectes se devaient d'offrir des choix technologiques pertinents et, par exemple, renoncer à conseiller l'utilisation abusive de la climatisation en favorisant, par exemple la ventilation naturelle. En effet, après la canicule de l'été 2003, il y a eu contradiction à exiger des climatiseurs dans toutes les maisons de personnes âgées alors qu'il avait été simplement recommandé que soit prévue une pièce rafraîchie ou climatisée. De plus, la climatisation induit des risques de légionellose et des problèmes d'atmosphère et il n'y a pas eu de discussion interministérielle sur ce point. Il a noté que les architectes avaient du mal à convaincre les maîtres d'ouvrage sur ces divers aspects. Il s'est également étonné que des crédits d'impôt puissent être accordés pour encourager l'installation de climatiseurs sans exigence, en contrepartie, sur la qualité technique de ces appareils, et, plus particulièrement, sur la nature des gaz rejetés dans l'atmosphère.

M. Patrice GENET a relevé que les problèmes de qualité de l'air extérieur concernent au premier chef l'habitat puisque c'est évidemment l'air extérieur qui devient l'air intérieur. A cet égard, il a observé qu'avec les ventilations mécaniques contrôlées (VMC), c'est de l'air humide qui sort de la pièce, le but étant d'équilibrer l'entrée et la sortie d'air tout en conservant le confort thermique. Or, cela est possible aussi avec la ventilation naturelle qui était d'ailleurs spontanément utilisée par les instituteurs pour aérer les salles de cours durant les interclasses. Enfin, M. Patrice GENET a noté qu'au-delà de la mise en oeuvre de matériaux sains, l'usage qui est fait du bâtiment peut en modifier les caractéristiques.

A propos de la notion de confort, des matériaux dits nouveaux peuvent présenter des avantages ; il en est ainsi pour le chanvre ou la plume d'oie.

Il a noté également que les problèmes électrostatiques dans les bâtiments, provenant notamment de la multiplicité des équipements ménagers perpétuellement en veille, n'étaient pas maîtrisés. Or, l'architecte peut jouer un rôle pour améliorer la situation, notamment en contrôlant les séchoirs électriques sans extraction d'air humide ou les hottes d'aspiration à lampes d'ozone non raccordées sur l'extérieur et qui agissent sur la qualité de l'atmosphère du logement.

M. Patrice GENET a relevé que la logique de densification de la ville avec un environnement atmosphérique de plus en plus hostile suscitait l'envie de compensations par de nouveaux conforts, c'est ainsi que, curieusement, le traitement de l'air des bureaux est plus perfectionné que celui des logements ; par exemple, les systèmes de traitement d'air en double flux avec récupération de chaleur sont très présents en milieu tertiaire. Or, qu'il s'agisse de logements ou de bureaux, l'individu passe 80 % de son temps à l'intérieur. A l'heure actuelle, on note une dérive vers la climatisation des logements et une perte de la culture du bon sens dans la pratique de l'habitat.

M. Patrice GENET a précisé qu'il n'existait pas d'architectes spécialisés dans l'air intérieur et que, de plus, d'une manière générale, les architectes ne souhaitent pas se spécialiser.

Quant à la préoccupation de développement durable, celle-ci concerne toute la profession et, au-delà, tous les autres acteurs du bâtiment (ingénieurs, entrepreneurs, etc.). Il existe maintenant une formation au développement durable dans la formation initiale des écoles d'architecture et également une formation continue lourde sur ce thème.

Interrogé au sujet du choix des matériaux de construction, M. Patrice GENET a précisé que celui-ci, effectué par l'architecte, peut aller jusqu'aux peintures et aux moquettes mais il a relevé que les produits écologiques sont vendus à des prix prohibitifs ; le prix des peintures extérieures écologiques étant, par exemple, environ dix fois celui des peintures habituelles et, en outre, leurs conditions d'utilisation sont souvent difficiles. Pour autant, M. Patrice GENET a estimé probable que la prise de conscience collective du caractère fini de la planète ait ses effets jusque dans le bâtiment à en juger par ce qui s'est déjà produit pour les fumeurs et pour l'achat des véhicules automobiles dits 4x4.

En réponse à une question sur la lutte contre l'humidité dans les murs par l'injection de solvants dans ceux-ci, M. Patrice GENET a estimé qu'il fallait aussi informer les petites et moyennes entreprises du bâtiment des dangers des produits qu'elles emploient.

Quant à la circulation de l'air d'une pièce à l'autre dans les habitats équipés de la ventilation mécanique contrôlée, M. Patrice GENET a estimé que des problèmes n'apparaissaient qu'en cas d'aspiration insuffisante, sinon l'air est normalement aspiré des pièces sèches vers les pièces humides et ne doit pas circuler ni d'une chambre à l'autre ni du séjour aux chambres.

Pour les piscines, M. Patrice GENET a précisé que le recours à un architecte et à un ingénieur était obligatoire.

Quant au coût du recours à un architecte pour des travaux de rénovation, M. Patrice GENET a précisé que le taux des honoraires allait de 5 % à 10 % du montant des travaux mais que, pour les très petits travaux, des montants forfaitaires étaient négociés, l'Union européenne refusant d'établir des barèmes d'honoraires pour les architectes. En outre, il a rappelé que le recours à un architecte n'était obligatoire qu'à partir du seuil de 170 mètres carrés de construction alors qu'au Danemark, par exemple, ce recours est tout naturel.

Au sujet de l'intervention de l'architecte dans le choix du mobilier d'une école maternelle neuve, il s'agit là d'une mission complémentaire rarement confiée à l'architecte qui sera éventuellement consulté, tout au plus, sur le style dudit mobilier.

En réponse à une question sur l'absence d'identification d'un responsable de l'innocuité de l'air intérieur d'un bâtiment, M. Patrice GENET a affirmé que cette personne n'existait pas en l'état actuel du droit ; ce n'est qu'a posteriori que des responsabilités sont éventuellement établies à l'occasion d'expertises.

Documents de référence :

- « Les architectes et le développement durable, 10 propositions de l'Ordre des architectes », Ordre des architectes, juillet 2005

- « Les cahiers de la profession », n °22, Ordre des architectes, 1er trimestre 2005

- « Charte d'engagement des architectes en faveur du développement durable », Ordre des architectes, 2 juin 2005

- « Architectes au coeur du développement durable », Lettre d'information n°1, Ordre des architectes, novembre 2005

- « Architectes au coeur du développement durable », Lettre d'information n°2, Ordre des architectes, mars 2006

- « Architectes au coeur du développement durable », Lettre d'information n°3, Ordre des architectes, juillet 2006

- « Architectes au coeur du développement durable », Lettre d'information n°4, Ordre des architectes, novembre 2006

- « La France de demain a besoin des architectes », Ordre des architectes, décembre 2006

* 37 L'action des rayons ultraviolets du soleil transforme le dioxyde de titane en catalyseur : les polluants comme les oxydes d'azote (NOx) ou les composés organiques volatils (COV) sont oxydés et transformés en éléments non toxiques.