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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

INSTITUT DE RADIOPROTECTION ET DE SÛRETÉ NUCLÉAIRE - IRSN

Site Internet : http ://www.irsn.org

M. Didier CHAMPION, Directeur de l'environnement et de l'intervention
Mme Margot TIRMARCHE, Chef du Laboratoire d'épidémiologie des rayonnements ionisants (LEPID) de la direction de la radioprotection de l'homme

(21 mars 2007)

M. Didier CHAMPION a attiré l'attention sur le fait que le radon n'était pas dû aux activités humaines et qu'il s'agissait de la principale source d'exposition des personnes aux rayonnements ionisants, soit un tiers de l'exposition annuelle moyenne de la population française à ces rayonnements. Le radon est un cancérogène pulmonaire dont les descendants (émetteurs de rayonnements alpha) sont également radioactifs. La concentration du radon dans l'habitat dépend de très nombreux paramètres dont les caractéristiques géologiques des lieux et le confinement dans les bâtiments.

Une part essentielle du radon provient du sous-sol, mais des matériaux comme le granite en émettent également. L'homme peut agir contre le radon.

Des réglementations existent pour protéger le public et les travailleurs, notamment ceux de certains établissements thermaux comme Bagnères-de-Luchon, ceux des caves agricoles (à vin, à champignons, à fromage).

Des études sur les niveaux d'exposition au radon des archéologues dans les grottes ornées ont été menées par l'IRSN car il n'est pas envisageable d'améliorer la ventilation en ces lieux. Il a donc été proposé d'y limiter le temps de présence des archéologues. M. Didier CHAMPION a précisé que trois heures à 1000 becquerels ou dix heures à 300 becquerels, sont équivalentes en matière d'exposition, ce qui fait que, d'une manière générale, il est difficile de faire comprendre les risques dus au radon car il n'existe pas de seuil de danger dans l'absolu.

En France, c'est d'abord l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN) rattaché au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) qui a débuté les travaux sur le radon dont l'idée de son danger n'est apparue que vers 1940-1950. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) n'a classé le radon comme cancérogène certain39(*) pour le poumon qu'en 1988.

Même si le radon n'a pu être mesuré en tous lieux, des cartes indiquant les niveaux moyens de concentration du radon dans l'habitat ont été établies pour l'ensemble des départements français (à partir de près de 13 000 mesures). Les études épidémiologiques menées par l'IRSN en France ont confirmé l'existence d'un risque de cancer du poumon après inhalation du radon et de ses descendants, ainsi qu'une synergie possible avec d'autres polluants, notamment le tabagisme. D'une manière générale, M. Didier CHAMPION a insisté sur la nécessité d'approfondir la question des risques sanitaires pour les personnes exposées à un mélange de polluants, même si cela est compliqué.

Il a souligné qu'il importait de définir des normes par rapport au radon et que la France était bien placée dans cette approche. Il a été, par exemple, mis en valeur par l'IRSN que de très grandes disparités existent, y compris dans un même village ; les mesures devant en fait être réalisées maison par maison.

M. Didier CHAMPION a rappelé que l'IRSN, établissement public industriel et commercial, est à la fois chargé d'une mission de recherche et d'expertise et qu'il apporte son soutien aux politiques publiques de maîtrise des risques avec, par exemple, un appui technique à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) indépendante depuis 2006. Un soutien est également apporté à la direction générale du Travail pour les professionnels exposés. Il a rappelé que, dans le plan national santé-environnement, figurait un plan d'action radon.

Mme Margot TIRMARCHE a souligné que l'IRSN collaborait avec l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) et que sept cents maisons avaient été étudiées en prenant en considération tous les polluants et la ventilation. Elle a insisté sur la nécessité de toujours étudier la relation dose-effet. Elle a rappelé que la dernière mine française d'uranium avait été fermée en 2001 et que l'IRSN continue à assurer le suivi de l'ensemble des mineurs ayant travaillé dans les différentes mines d'uranium en France : ces études, dites de cohortes, relèvent un excès de décès par cancers du poumon ; excès qui augmente avec la dose cumulée sur la vie professionnelle. Au niveau international, ce sont plus de 50.000 mineurs qui sont suivis actuellement dans le cadre d'un projet européen.

Mme Margot TIRMARCHE a précisé qu'il existait un temps de latence important entre l'exposition et l'apparition du cancer, et que, d'autre part, le risque diminuait progressivement si l'exposition cesse. Elle a ajouté que des études épidémiologiques cas-témoins étaient menées sur les populations françaises, visant à comparer l'exposition au radon chez des malades atteint d'un cancer ; du poumon et chez des malades hospitalisés pour des causes autres qu'un cancer; le radon a été mesuré dans toutes les maisons occupées durant les trente années précédant la date de diagnostic mais six mois de mesures au minimum étaient nécessaires pour que la valeur mesurée soit représentative des conditions de vie des habitants.

Elle a insisté sur le fait que, chez les fumeurs, le risque de cancer du poumon résulte d'une multiplication du risque radon et du risque tabac, le risque d'un fumeur étant en moyenne quinze fois plus élevé que celui d'un non fumeur. En revanche, le radon sans tabac n'induit qu'un risque relativement faible qui a pu être démontré récemment dans le cadre d'une vaste étude européenne. Cette étude fait partie du programme Alpha Risk40(*) qui montre qu'il y a risque, même après une exposition relativement faible si elle est cumulée sur plus de vingt ans, et que, pour les anciens fumeurs, le risque reste élevé.

Mme Margot TIRMARCHE a précisé que, dans les régions uranifères, comme le Limousin, certaines mesures dans l'habitat atteignent 2000 becquerels, or il ne faut pas oublier que les radiations alpha peuvent agir directement au niveau de l'ADN (cassures double brin).

Des études sont actuellement menées pour mieux estimer un éventuel risque de leucémie, hypothèse soulevée à partir notamment d'une publication sur les mineurs tchèques mais, pour l'instant, aucune certitude ne s'est dégagée.

Mme Margot TIRMARCHE a noté que des études étaient possibles avec les registres nationaux des cancers de l'enfant, des études géographiques descriptives étant actuellement en cours, en collaboration avec l'INSERM. Elle a rappelé aussi que l'IRSN était présent sur la scène internationale dans le domaine de la recherche et de l'évaluation des risques (OMS, CIPR...). Elle a insisté sur la nécessité de communiquer avec de nombreux partenaires, à commencer par la population. Par ailleurs, elle a indiqué que, dans de nombreux pays européens, des valeurs guides sur le radon étaient établies ou actuellement en discussion.

M. Didier CHAMPION a souhaité que soit améliorée la cartographie de l'alea radon en France. Trente cinq départements sont prioritaires, mais il peut y avoir dans un même département une géologie contrastée et, dans une même zone, de grandes différences selon les bâtiments. Une étude instrumentale d'une maison en Bretagne a bien montré que la ventilation constitue le premier remède. A l'intérieur du Plan national santé-environnement, une étude a été menée sur l'influence des matériaux de construction.

L'IRSN analyse aussi des dossiers de laboratoires de mesure du radon souhaitant obtenir un agrément. L'IRSN forme des professionnels au dépistage du radon.

M. Didier CHAMPION a relevé que, jusqu'en 2000, la réglementation sur le radon était peu contraignante en France puis, à la suite de la directive Euratom 96/29 du Conseil du 13 mai 1996, l'ordonnance du 28 mars 2001 fut prise. De la sorte, les lieux ouverts au public (établissements scolaires, sanitaires, thermaux, pénitentiaires) doivent mesurer leur exposition au radon, et des actions de remédiation peuvent être menées ensuite s'il y a lieu ; de même pour les travailleurs. M. Didier CHAMPION a souligné qu'il manquait encore un règlement sur l'habitat privé d'autant que 5 % à 12 % des décès par cancer du poumon pourraient être attribuables au radon dans l'habitat en France, sans pour autant en être la cause unique. Enfin le plan national santé-environnement a prévu plusieurs actions en ce sens.

M. Didier CHAMPION a rappelé en conclusion que l'IRSN menait une information publique sur le radon notamment dans l'enseignement comme à Montbéliard, qu'il informait aussi les notaires, les architectes, et qu'une région pilote avait été choisie, le Limousin, pour améliorer le dépistage ; il a souhaité que des incitations financières puissent accompagner ces actions.

Documents de référence :

- « IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. Notre enjeu : évaluer et prévenir le risque nucléaire et radiologique », IRSN

- « Le radon de l'environnement à l'homme », coordinateurs Henri MÉTIVIER et Marie-Christine ROBÉ, IRSN, EDP Sciences 1998

« Plan d'actions interministériel 2005-2008 pour la gestion du risque lié au radon », ministère de l'Economie, des finances et de l'industrie, ministère de la Santé et de la protection sociale, 31 mars 2006

« Le radon », IRSN, 2006

- « Vue d'ensemble des activités de l'IRSN relatives au radon », Didier CHAMPION, Margot TIRMARCHE, IRSN, 21 mars 2007

* 39 C'est-à-dire présentant un risque cancérogène démontré sur l'animal et sur l'homme.

* 40 Programme européen sur les risques des faibles doses associées à de multiples expositions aux radiations. Coordonné par le Laboratoire d'épidémiologie de l'IRSN, le LEPID, ce programme devrait notamment permettre une meilleure estimation du risque de cancer du poumon attribuable aux descendants du radon dans l'habitat, en absence et en présence du tabagisme. voir site internet:http://www.alpha-risk.org