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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Compte-rendu des auditions (tome 2)

 

Pr. DENIS CHARPIN - MAISON DE L'ALLERGIE ET DE L'ENVIRONNEMENT

Sites Internet : http ://www.conseilhabitatsante.com

Pr. Denis CHARPIN
Président de la Maison de l'allergie et de l'environnement Professeur à la Faculté de médecine Chef de Service de pneumologie allergologie au CHU de Marseille Épidémiologiste spécialiste en santé publique Membre de l'IFR Pôle méditerranéen de sciences de l'environnement

(6 juillet 2007)

Le Pr. Denis CHARPIN, chef du service de pneumologie-allergologie à l'Hôpital nord de Marseille a reçu une formation en épidémiologie et en santé environnementale ; expert auprès du tribunal, les soins constituent son activité principale. Il recueille des informations auprès des patients plutôt qu'à partir de questionnaires, est l'auteur de nombreuses publications et, depuis dix ans, poursuit des activités associatives parmi lesquelles la création, en 2002, à Marseille, de la Maison de l'allergie et de l'environnement pour étudier l'environnement domestique lorsque le médecin le juge nécessaire. En général, la saisine de la Maison de l'allergie est effectuée par le patient, la Maison de l'allergie se tournant ensuite vers le médecin pour obtenir une ordonnance ; les résultats sont adressés au patient et au médecin.

Toutes les pollutions domestiques sont concernées et, en priorité, les moisissures, déjà ciblées dans le rapport de l'INSEE sur les logements, tandis que les directions départementales des affaires sanitaires et sociales n'identifient pas les moisissures mais constatent seulement leur présence ; or, certaines moisissures fabriquent des toxines.

Le Pr. Denis CHARPIN a souligné qu'il existait très peu d'équivalents de la Maison de l'allergie en France et même dans le monde ; l'approche globalisée des problèmes de santé dans l'habitat constitue la spécificité de cette institution. Pour le Pr. Denis CHARPIN, le multirisque correspond à la réalité comme cela ressortait, pour la concentration des risques dans un même logement, de l'enquête logement réalisée par l'INSEE en 2002 et comme cela est souligné dans un article de M.D.E. JACOB42(*) paru aux Etats-Unis d'Amérique qui traite des risques sanitaires dans sept programmes de rénovation d'habitat urbain.

La Maison de l'allergie s'intéresse également aux risques électriques.

Le coût de la visite d'un habitat est variable car il dépend des prélèvements opérés, ceux-ci étant parfois onéreux. Ce coût avoisine 300 euros en moyenne lorsque des prélèvements sont effectués mais il peut atteindre 600 euros lorsque des analyses approfondies sont menées en laboratoire.

Le bilan des visites des habitats étudiés par la Maison de l'allergie dans le cadre du conseil habitat-santé montre un taux élevé de problèmes environnementaux de l'habitat ; en effet, les logements dans lesquels la teneur en composés organiques volatils (COV) dépasse les valeurs limites et représentent environ 9 % des 328 visites déjà réalisées et cela même si les études conduites par la Maison de l'allergie sont moins systématiques que celles conduites par l'OQAI.

En général, les appels des clients sont motivés par des troubles respiratoires ou encore par des rhinites, des conjonctivites, des toux, des symptômes cutanés, des maux de tête, de la fatigue, des douleurs dans les muscles, des déficits de concentration, de la dépression. Souvent les patients sont déjà instruits sur les bâtiments malsains. Les maladies respiratoires constatées sont des rhinites ou de l'asthme, souvent sévère chez les enfants ; neuf fois sur dix, l'asthme est d'origine allergique.

Le Pr. Denis CHARPIN a précisé que la Maison de l'allergie était liée par un contrat au groupe régional santé publique au sein du Plan national santé-environnement et que le financement provenait de l'assurance maladie en cas d'accord du médecin conseil sur la nécessité d'une visite. Dans ce cadre, la Maison de l'allergie a constitué deux groupes d'enfants ayant un asthme sévère dont un seul va bénéficier d'une évaluation de l'environnement à domicile et de conseils correctifs puis sera effectuée une comparaison des dépenses de santé respectives de chacun de ces groupes sur deux ans pour étudier le rapport coût/bénéfice du conseil habitat-santé.

En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Maison de l'allergie est la seule de son type ; elle est indépendante de l'hôpital comme de toute autre structure et intervient souvent comme cabinet conseil ; dans ce cas, ses interventions ne donnent pas lieu à remboursement. Des entreprises peuvent également consulter la Maison de l'allergie.

En fait, il existe deux portes d'entrée pour les questions de santé environnementale : les directions départementales sanitaires et sociales, lorsqu'il s'agit d'environnement, et la Maison de l'allergie lorsque l'approche est médicale. Il arrive que des établissements scolaires consultent également, mais ils hésitent parfois à le faire car dès qu'il y a des mesures prises dans un établissement, l'inquiétude des parents d'élèves se manifeste.

Le Pr. Denis CHARPIN a ensuite insisté sur les grosses difficultés traversées actuellement par la Maison de l'allergie qui a été placée en redressement judiciaire. En effet, en 2004, les financements provenant de l'Europe, de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, du conseil général des Bouches-du Rhône et de la caisse régionale d'assurance maladie ont été brutalement restreints alors que la masse salariale demeurait fixe. Récemment, la direction régionale des affaires sanitaires et sociales a versé 10.000 euros à la Maison de l'allergie et la caisse régionale d'assurance maladie sud-est est également sur le point d'effectuer un versement mais cela ne compensera pas les pertes même si le nombre des salariés à été réduit de neuf à six. Toujours est-il que le plan de redressement va faire l'objet d'un jugement à l'automne 200743(*).

Le Pr. Denis CHARPIN a déploré que le président de région, M. Michel VAUZELLE, ne veuille pas aller au-delà des attributions volontaires de la région ; il a souhaité des subventions en nature comme c'est le cas, par exemple, pour l'action air-énergie conduite par le conseil général et intitulée « 100 bâtiments exemplaires » à laquelle la Maison de l'allergie sera associée.

Il a ensuite évoqué l'expérience belge des Ambulances vertes, financée en partie par l'Etat belge, et relevé que le Portugal avait renoncé à poursuivre une expérience analogue.

Le Pr. Denis CHARPIN a déploré que les médecins se montrent intéressés, mais sans plus, par la Maison de l'allergie comme l'a montré la fiche satisfaction à laquelle ils ont répondu car, dans leur pratique quotidienne, les médecins ont de la difficulté à penser régulièrement au service qu'offre la Maison de l'allergie, leur priorité consistant à mettre sur pied un traitement médicamenteux rapidement efficace.

Il a ensuite insisté sur l'importance de l'humidité dans l'air ambiant car elle constitue le premier problème de l'habitat. Il a indiqué qu'en Europe la consommation journalière d'eau par personne atteignait 150 litres tandis que ce chiffre s'élevait à 300 litres aux États-Unis d'Amérique. Il a mentionné les comportements à risque provenant notamment de la surpopulation et de la cuisson à la vapeur dans les habitats. Il a rappelé que, pendant une nuit de sommeil, l'être humain perdait entre 500 à 750 g d'humidité d'où la nécessité impérieuse d'aérer sa literie et sa chambre. Il a relevé que, lorsque le coût du pétrole augmente, un effort d'isolation des bâtiments est accompli entraînant une restriction ou une suppression des aérations, ce qui peut conduire à une accumulation des polluants, des allergènes et de l'humidité dans le logement.

Au sujet des peintures dans l'habitat, il a rappelé que leurs émanations pouvaient entraîner l'apparition du syndrome de l'hypersensibilité chimique multiple et que les meubles en aggloméré dégageaient du formaldéhyde.

Quant aux enfants, le Pr. Denis CHARPIN a rappelé que la plus grande sensibilité de leurs bronches et de leurs poumons aux polluants divers est bien connue mais il est certain que ce sont plutôt les asthmatiques et les malades pulmonaires qui sont menacés. Cependant, il n'existe que de rares études sur les risques asthme et allergie de l'enfant.

Interrompant alors un instant le fil de son propos, le Pr. Denis CHARPIN a indiqué que, depuis le début de l'audition, il ressentait des picotements aux yeux et était incommodé par l'odeur de la salle de réunion de l'OPECST récemment peinte et aménagée.

Il a déploré ensuite le manque d'études sur les liens environnement et santé ce qui peut s'expliquer par la difficulté du sujet et la nécessité d'étudier la multi-exposition.

Interrogé sur l'épidémiologie en France, le Pr. Denis CHARPIN a regretté qu'il n'existe pas une spécialité de médecine environnementale. Il a précisé que 80 % des épidémiologistes n'étaient pas médecins tandis que rien sur ce thème ne figure dans les études médicales qui ne comprennent, en outre, aucun cours sur la pollution de l'air, qu'il soit intérieur ou extérieur, ou sur la médecine environnementale. D'où probablement le déficit de recherches constaté sur ce thème alors qu'aux États-Unis d'Amérique de tels cours existent.

Au sujet du livre de M. Georges MEAR « Nos maisons nous empoisonnent », il a estimé que ce récit était assez crédible mais que la réédition 2006 à l'identique du livre écrit en 2001 faisait que cet ouvrage avait un peu vieilli.

D'un point de vue général, le Pr. Denis CHARPIN a insisté sur l'importance de l'effort de recherche à effectuer dans le domaine de la pathologie de l'environnement. Il a noté que les femmes semblaient plus touchées que les hommes par le syndrôme d'hypersensibilité chimique multiple 44(*) rencontré chez environ 10 % de la population et que cela allait même jusqu'à ravager certaines vies notamment en raison de déménagements multiples. Il a estimé qu'il ne fallait pas balayer ces faits d'un revers de manche même si la réalité de cette affection n'est pas reconnue officiellement en France.

Interrogé sur les effets des produits ménagers sur la santé, le Pr. Denis CHARPIN a estimé ne pas connaître de cas évident tout en mentionnant le cas de l'habitat pollué d'une famille africaine où se trouvaient beaucoup de statues en bois verni. Il a également mentionné le problème éventuel lié à un changement de véhicule du fait de la limonelle qui répand une odeur de neuf, comme celle envahissant certains taxis.

Pour en venir à des préconisations, le Pr. Denis CHARPIN a souhaité que soient ajoutées aux visites relatives à la qualité des habitats des obligations de contrôle concernant leur bon état environnemental. Il a rappelé aussi que survenaient 20.000 accidents domestiques par jour à comparer aux 18.000 décès annuels pour cette cause ; il s'agit de la première cause de mortalité chez l'enfant de 1 à 5 ans. Il a souhaité qu'un label environnemental puisse être attribué aux logements et que soit dispensée une formation minimale santé-environnement aux personnes-relais (infirmières, assistantes sociales).

Evoquant ensuite des lieux de vie comme les magasins, les parkings ou les transports en commun, le Pr. Denis CHARPIN a déploré l'absence d'études sur ces milieux. Il a également regretté que les résultats de l'enquête approfondie produite par l'OQAI soient tellement protégés et a relevé que l'OQAI ne disposait pas de moyens d'intervention sur le terrain.

En conclusion, le Pr. Denis CHARPIN a regretté les redondances existant entre les missions des diverses agences en charge de l'environnement et de la santé.

Documents de référence :

« Prevalence and Risk Factors for Damp Housing : Results from the French 2002 Housing Survey », Pr. Denis CHARPIN, Carmel CHARPIN-KADOUCH, Alain JACQUOT, document de travail N° FO703, Direction des statistiques démographiques et sociales, Division Logement, , Institut national de la statistique et des études économiques - INSEE

« Mycotoxin identification in moldy dwellings », Carmel CHARPIN-KADOUCH et autres, Journal of applied toxicology, www.interscience.wiley.com, 2006

« Housing and health counselling : Preliminary results of a new medical referral system en France », Carmel CHARPIN-KADOUCH, Denis CHARPIN, 20 juin 2006

« Risques liés à l'habitat : les interventions possibles et leur efficacité », Pr. Denis CHARPIN et autres, santé environnementale, Presse Med 2007

« Maladies allergiques, maladies environnementales », Pr. Denis CHARPIN et autres, La revue du praticien, vol 57, 30 juin 2007

* 42 « A qualitative review of housing hazards assessment protocols in the United States » Environ. Res. 2006 ; 2102 (1) : 13-21.

* 43 La liquidation de l'association Maison de l'allergie et de l'environnement est intervenue en septembre 2007. Une nouvelle association, dénommée Conseil Habitat et Santé a alors été créée pour maintenir et développer l'aspect recherche et universitaire de ce thème.

* 44 Ce syndrome consiste en une gêne lors du contact avec un produit chimique présent dans l'atmosphère à une concentration qui ne gênerait pas un sujet dit normal.