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A quoi sert le baccalauréat ?

 

B. UNE HIÉRARCHISATION QUI SE NOURRIT DES REPRÉSENTATIONS COLLECTIVES

1. La généralité est devenue à elle seule une valeur sociale

Ces hiérarchisations s'expliquent largement par le souci que manifestent la plupart des élèves de trouver des filières aussi ouvertes que possible, la spécialisation ne devant pas avoir pour conséquence une prédétermination trop forte de l'orientation ultérieure.

Ce souci, bien que compréhensible, se traduit dès lors par la valorisation des filières les plus générales, qui bénéficie non seulement aux filières générales dans leur ensemble, mais aussi, au sein des séries technologiques, aux filières tertiaires, qui ouvrent un champ des possibles plus vaste en apparence que les spécialités industrielles. Il en va de même pour les baccalauréats professionnels, où le même équilibre se retrouve.

Au sein des séries générales elles-mêmes, votre rapporteur a déjà eu l'occasion de le souligner, la série scientifique apparaît comme la plus ouverte. Cela tient à un phénomène bien particulier : choisir la filière scientifique, ce n'est pas renoncer à des études supérieures littéraires ou économiques et sociales. En revanche, choisir la filière littéraire et, dans une moindre mesure, la filière économique et sociale, c'est renoncer à des études scientifiques, dont certaines sont entourées d'une aura bien particulière, comme les études de médecine.

Cela s'explique notamment par la nature et par le poids des enseignements dispensés dans les différents baccalauréats généraux. Bien que les matières scientifiques y aient une importance décisive, la série S reste relativement équilibrée en ménageant une place certaine aux disciplines littéraires. Cet équilibre permet en conséquence aux bacheliers de poursuivre des études supérieures littéraires sans y connaître de réelles difficultés.

POIDS DES DIFFÉRENTES DISCIPLINES
DANS LES SÉRIES DU BACCALAURÉAT GÉNÉRAL

Source : Ministère de l'éducation nationale

La filière littéraire, quant à elle, est essentiellement faite d'enseignements correspondant aux traditionnelles humanités ou aux langues vivantes et mortes. Les disciplines scientifiques n'y tiennent qu'une place résiduelle, ce qui interdit à la plus grande partie des élèves qui la fréquentent de pouvoir suivre dans l'enseignement supérieur des formations supposant, par exemple, la maîtrise d'un certain nombre d'outils mathématiques.

Quant à la filière économique et sociale, elle est empreinte d'un certain équilibre qui lui a permis de prendre le pas sur une série L par trop littéraire : elle concilie harmonieusement disciplines scientifiques et littéraires, d'une part, et sciences économiques et sociales, d'autre part.

La fréquentation des différentes séries apparaît ainsi largement déterminée par leur niveau de généralité, comme en témoigne le graphique suivant.

Données : Ministère de l'éducation nationale

Les séries S, STG et ES sont ainsi les filières les plus fréquentées. Le baccalauréat L peine quant à lui à trouver un second souffle. Quant aux spécialités technologiques industrielles, elles concernent un faible nombre d'élèves, même si elles permettent une bonne insertion ultérieure des diplômés.

Pour votre groupe de travail, il faut sans doute tirer les leçons de cette recherche de la généralité en ne cherchant pas à accentuer la spécialisation des différentes séries du baccalauréat général et en privilégiant des maquettes équilibrées pour les différentes filières.

Cela n'interdit toutefois pas de prendre en compte les effets indirects qu'ont les réquisits de certaines filières supérieures sur les décisions d'orientation des élèves. Les séries S et ES sont toutes deux équilibrées. Pourtant, la série S est plus recherchée, dans la mesure où certaines études supérieures particulièrement sélectives exigent un niveau de connaissances fort élevé dans les disciplines scientifiques.

Cela n'est pourtant pas toujours nécessaire et s'il peut apparaître naturel qu'une part substantielle des futurs médecins ait fait des études secondaires scientifiques, il est toutefois regrettable qu'aucune place ne soit ménagée aux élèves issus des autres filières qui n'ont, pour l'heure, que de très faibles chances de réussir en première année de médecine.

Votre groupe de travail se réjouit donc de la proposition avancée récemment par M. Jean-François Bach d'ouvrir une voie d'accès spéciale à la deuxième année d'études médicales à destination des élèves titulaires d'un baccalauréat obtenu dans une autre série que la S.13(*) Il s'agirait là d'un premier pas, mais particulièrement symbolique, dans le sens d'une ouverture du recrutement au sein des études médicales.

Au-delà du cas très particulier de ces filières, il importerait également de réfléchir à la place que tient la culture littéraire dans notre société. En effet, dès lors que les disciplines scientifiques sont tenues pour les seules réellement rigoureuses, les matières littéraires se voient réduites à des exercices où s'expriment tout à la fois la subjectivité et le sens artistique.

La formation intellectuelle qu'elles apportent est donc progressivement oubliée ou sous-estimée et cela apparaît comme d'autant plus regrettable que la rationalité propre aux disciplines littéraires parvient à réconcilier rigueur démonstrative et sens de la nuance, voire de l'ambiguïté.

Une réflexion sur les qualités développées par les études littéraires pourrait donc également être engagée, la revalorisation de la série L ne pouvant se limiter à un pilotage de l'amont par l'aval. Il faut également agir sur l'image sociale de ces disciplines.

Cela est d'autant plus nécessaire qu'un nombre significatif de littéraires contrariés rejoignent des filières scientifiques où ils réussissent souvent, mais ne s'épanouissent que peu. Quinze ans après la refonte des filières générales destinée à revenir sur la suprématie latente de la série C, il faut donc prendre acte de l'échec de cette tentative et en tirer toutes les leçons.

* 13 Jean-François Bach, Réflexions et propositions sur la première année des études de médecine, d'odontologie, de pharmacie et de sage femme, rapport à Mme la ministre de la santé et à Mme la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, février 2008.