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Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles

21 juin 2011 : Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles ( rapport d'information )
2. Des stéréotypes amplifiés par la publicité et les médias

Ces stéréotypes sexués largement répandus dans la société sont en outre amplifiés par la publicité et les médias.

Une étude27(*) réalisée en 2006 à partir d'une analyse des publicités publiées dans une série de grands magasines sur une période de dix ans a montré que, seuls ou en groupes, les hommes couvrent près des deux-tiers des publicités portant sur un produit ou un service sportif.

Les auteurs de l'étude en concluent que « vendre un produit ou un service sportif exige la présence masculine, aujourd'hui en France, sans qu'aucune concertation ou règle écrite ne le stipule... La publicité sportive devient alors un vecteur andrologique, véritable pierre angulaire de l'identification des plus jeunes aux activités physiques et sportives ».

Plusieurs auditions ont souligné, de la même façon, les biais qui affectent la présentation par les médias des sportives : une plus grande insistance sur leur apparence ou leur vie personnelle au détriment de leurs performances, insistance qui s'accompagne souvent d'une sexualisation de leur image.

Deux exemples choisis parmi bien d'autres illustrent le clivage gendré qui caractérise si souvent la présentation médiatique.

L'exploit sportif réalisé par une femme tend à être rapporté au modèle masculin dominant : de « petite fiancée de l'Atlantique » au départ de la Route du rhum, Florence Artaud est saluée, le jour de sa victoire, à la Une du Parisien, par un « Flo, t'es un vrai mec »28(*).

Ce tropisme n'affecte d'ailleurs pas que les médias français puisque l'Agence Reuters, commentant la performance sportive d'Amélie Mauresmo à l'Australian Open Tennis de 1999, se demandait « Who is this guy ? »29(*).

3. Le rôle des facteurs « culturels » et sociaux

Dans le rapport qu'elle a rendu en 2004 au ministre de la jeunesse et des sports et à la ministre de la parité et de l'égalité professionnelle, Mme Brigitte Deydier a consacré d'importants développements à la pratique sportive des jeunes filles et des femmes dans les quartiers sensibles, zones d'éducation prioritaire et territoires d'intervention de la politique de la ville.

Les principaux constats qu'elle a pu effectuer restent largement d'actualité :

- la proportion des filles qui pratiquent une activité sportive est plus faible dans les quartiers sensibles, et notamment dans les ZEP (32 %), que sur le reste du territoire (51 %) ;

- l'écart de pratique sportive entre les filles et les garçons est plus important parmi les jeunes d'origine étrangère, comme l'a montré une enquête de l'Institut national de la santé et de la recherche médical (INSERM) réalisée en 1998 sur la santé de l'adolescent.

Dans son rapport, Mme Brigitte Deydier élevait une mise en garde contre toute tentative d'explication trop unilatérale en rappelant que « la diversité des communautés, des histoires de chaque famille, des traditions et des coutumes ne [permettait] pas d'énoncer des généralités ». Elle constatait cependant que « le modèle séparatiste de beaucoup de communautés d'origine méditerranéenne ne [favorisait] pas le brassage social et l'intégration des femmes ».

La réalité de ces freins d'ordre culturel ne doit pas être sous-évaluée. Leurs manifestations sont multiples : tendance plus forte chez les filles à abandonner les activités sportives au moment de l'adolescence, fréquence des demandes de dispenses des cours d'éducation physique et sportive (EPS), particulièrement pour les séances de natation, contraintes vestimentaires fortes prescrivant toute forme de nudité partielle, demandes de créneaux horaires distincts, notamment dans les piscines, et, chez certaines femmes plus âgées, refus de l'encadrement masculin.

Présentant au cours de son audition les conclusions très proches sur lesquelles débouche l'enquête qu'il a réalisée dans les zones urbaines de Strasbourg et celle effectuée par M. Gilles Vieille Marchiset dans l'agglomération grenobloise, M. William Gasparini a confirmé que seules 32 % des filles de ZEP pratiquaient un sport en club, contre 80 % dans les classes moyennes ou supérieures.

Il a relevé qu'une enquête récente réalisée par Mme Charlotte Parmentier, doctorante à l'Université de Paris-Sud 11, avait montré qu'un nombre croissant de filles d'origine maghrébine pratiquaient aujourd'hui le football, mais souvent en pantalons et manches longues.

Il semblerait, en revanche, que plus la pratique est esthétisée, voire « érotisée », par exemple, dans la gymnastique et la natation, plus les filles se font alors rares.

Le cas des dispenses de natation mérite à lui seul une attention particulière car il permet de souligner la complexité des phénomènes qui sont en jeu.

Le refus de toute forme de nudité féminine, si présent dans les intégrismes religieux et dans les moeurs les plus traditionnelles, y tient sans aucun doute une large part. Mais il serait sans doute abusif de réduire ce phénomène à un seul type d'explication.

L'enquête très approfondie réalisée par la Direction départementale de la jeunesse et des sports des Yvelines, « sports, filles, cités », souligne certes que « la natation est la seule pratique qui semble poser problème aux professeurs d'éducation physique et sportive » du fait d'absences ou de dispenses répétées des élèves.

Mais elle indique que les élèves et les pratiquantes interrogées évoquent plutôt une question de « pudeur ». « Musulmanes ou non, toutes disent ne pas vouloir se montrer aux autres (filles et garçons) de peur d'être l'objet de moqueries ou tout simplement parce qu'elles se sentent mal à l'aise ».

L'enquête en conclut que la religion ne suffit pas à expliquer le refus de pratiquer certains sports et attribue un rôle primordial à la relation que les adolescents, et pas seulement les filles, entretiennent avec leur corps dans une période où celui-ci est en pleine mutation.

A ce titre, il n'est pas impossible que d'autres facteurs « culturels », comme par exemple le culte de la minceur, joue également un rôle dissuasif auprès de celles qui ne correspondent pas aux canons esthétiques omniprésents aujourd'hui. Cette réticence à s'exposer, pour ces raisons, aux regards d'autrui n'affecte d'ailleurs sans doute pas que les adolescentes et il a été rapporté à la délégation des demandes de créneaux d'accès distincts aux piscines émanant d'associations de femmes obèses.

Il convient, en outre, de ne pas sous-estimer la dimension sociale d'un refus que l'on serait tenté, en première analyse, d'imputer aux seuls facteurs culturels ou religieux. Évoquant les recherches qu'il a conduites à Strasbourg, en particulier auprès de familles turques, M. William Gasparini a relevé que les filles issues de l'élite turque - les filles d'universitaires ou de hauts fonctionnaires travaillant auprès du Conseil de l'Europe - n'étaient pas affectées par ce phénomène des dispenses de sport.


* 27 Sports et publicité imprimées dans les magasines en France : une communication masculine dominante et stéréotypée ?, Stéphane Héas, Dominique Bodin, Luc Robène, Dominique Meunier et Jens Blumrodt, in Etude de communication n° 29 (2006).

* 28 C. Brocard, Performances sportives et différenciation sexuelle dans les commentaires journalistiques, cité in Sports et publicité.

* 29 T. Miller, Sportsex, cité in Sports et publicité.