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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )
b) Un calendrier serré et risqué

En vue de tenir ces échéances, l'OTAN s'est imposé un calendrier particulièrement serré.

Pour que l'OTAN dispose d'une capacité partielle de défense antimissile territoriale en 2016, tous les contrats nécessaires aux fonctionnalités additionnelles requises devraient avoir été passés en 2014, en s'appuyant sur la première capacité « couche basse » attendue la même année. Pour cela, l'OTAN devra réaliser dans les délais cette première capacité « couche basse ». Elle devra également avoir défini d'ici la fin de l'année 2012 un concept d'opérations pour la défense antimissile territoriale, les exigences opérationnelles correspondantes et l'ensemble des spécifications (NATO Staff Requirements) qui en découlent, afin de permettre au Conseil de l'Atlantique-Nord d'adopter en 2013 le « paquet de capacité » correspondant, c'est-à-dire le périmètre des investissements à réaliser.

Or la défense antimissile territoriale soulève des questions autrement plus complexes que la défense de théâtre. La protection du territoire européen comporte nécessairement une dimension transnationale. Il s'agira donc de bâtir un système de commandement et de contrôle unique en son genre, combinant une grande réactivité - du fait des délais de réaction extrêmement brefs - et les exigences du cadre multilatéral sur les conditions de délégation du pouvoir de décision.

De nombreux scénarios doivent être examinés. Compte tenu des délais de réaction, qui n'autorisent aucun processus de consultation au niveau politique, les règles d'engagement devront avoir été préalablement établies dans le moindre détail, ce qui suppose, ici encore, la prise en compte d'un très grand nombre de paramètres tels que les zones à protéger en priorité, les stratégies de réaction face à des tirs multiples, la définition des trajectoires d'interception, les conséquences de ces interceptions, les incidences sur les pays tiers. Autant de questions sur lesquelles un travail approfondi est indispensable avant de spécifier les fonctionnalités du futur C2.

A ces difficultés techniques et politico-militaires s'en ajoute une autre, d'ordre politique.

Les Etats-Unis souhaitent que lors du prochain sommet prévu à Chicago en mai 2012, l'OTAN puisse déclarer une capacité « intérimaire » de défense antimissile territoriale.

Si les délais évoqués ci-dessus sont tenus, l'OTAN disposera au mieux d'une capacité partielle de défense antimissile territoriale en 2016. On voit donc mal ce que pourrait recouvrir cette capacité « intérimaire », puisque quatre années devraient au minimum s'écouler avant que le commandement OTAN ne soit en mesure de mettre en oeuvre les moyens d'interception « couche haute ».

Certes, il est prévu de raccorder le C2 américain à la toute première capacité mise en place par l'OTAN pour la défense de théâtre à son CAOC (Combined Air Operations Centre) d'Uedem (Allemagne), comme on l'a précédemment indiqué. Mais cette modeste capacité permet seulement des travaux de planification. Le fait qu'elle puisse recevoir des données du réseau américain d'alerte avancée ne saurait occulter son absence d'aptitude opérationnelle dans un engagement balistique.

Il serait donc très artificiel d'annoncer dès 2012 une première capacité OTAN, même intérimaire, de défense antimissile des territoires.

Tous ces éléments laissent l'impression d'une volonté de précipiter les échéances pour attribuer dès que possible à l'OTAN des capacités qui, en réalité, ne seront pas les siennes.

S'il obéit à des objectifs politiques - afficher des résultats rapides et placer les déploiements américains en Europe sous couvert multilatéral de l'OTAN - ce calendrier à marche forcée comporte des risques.

On peut en effet se demander s'il ne fragilise pas, plus qu'il ne conforte, les objectifs fixés à Lisbonne.

Le premier risque consisterait à engager l'OTAN dans un impossible rattrapage de l'EPAA américaine.

Si l'on considère le temps déjà nécessaire à la mise au point de la capacité C2 pour la défense antimissile de théâtre et les problèmes nouveaux soulevés par la défense antimissile des territoires, on peut douter de la possibilité de respecter les échéances annoncées, du moins sans altérer la consistance du programme et son aptitude à réellement doter l'OTAN des moyens nécessaires pour assurer le commandement effectif de ce système de défense.

L'intérêt même d'un C2 OTAN s'en trouverait amoindri. A terme, celui d'une contribution européenne le serait aussi, seul un véritable C2 OTAN pouvant intégrer des contributions européennes en leur assurant une contrepartie en termes d'association au commandement.

Le second risque d'un calendrier accéléré tient à ce qu'il pourrait hypothéquer le dialogue avec la Russie et réduire les possibilités de coopération, à l'inverse de l'objectif politique fixé à Lisbonne.