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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )
2. Les risques d'une course à la technologie et le syndrome JSF

Un deuxième argument en faveur d'une implication a minima tient au risque d'envolée des coûts et d'épuisement dans une course technologique sans fin.

La participation au financement commun de l'extension du programme ALTBMD, sur la base d'un coût approximatif de 200 millions d'euros sur dix ans, reste abordable et finançable pour la France, car sa clef de contribution au budget d'investissement de l'OTAN est de l'ordre de 12 % (11,62 % en 2011).

Une contribution nationale en nature impliquerait des financements d'un tout autre niveau, qu'il s'agisse de senseurs et plus encore d'intercepteurs.

Aujourd'hui, les coûts de tels systèmes demeurent très incertains, car ils dépendent du niveau de performance exigé et supposent des développements technologiques ambitieux.

Le programme américain abonde en exemples de dérive des coûts sur les programmes liés à la défense antimissile.

Au-delà de ce risque pointe une autre inquiétude : voir la défense antimissile absorber une part croissante des financements de recherche et technologie sans garantie d'atteindre les objectifs affichés.

On attribue souvent au projet de « guerre des étoiles » du président Reagan une part dans l'effondrement de l'Union soviétique, la compétition technologique ayant abouti à un épuisement économique.

On peut comprendre la circonspection des pays européens, et de la France en particulier, à la perspective de s'engager dans une compétition de ce type, que ce soit à titre strictement national ou dans le cadre d'une coopération transatlantique.

C'est ce que l'on pourrait appeler le « syndrome JSF ». Cinq pays européens (Royaume-Uni, Italie Pays-Bas, Norvège et Danemark) se sont engagés dans ce programme d'avion de combat américain à hauteur de plus de 4 milliards de dollars (dont 2,4 milliards de dollars pour le Royaume-Uni, partenaire de niveau 1). Ils doivent aujourd'hui faire face aux retards de ce programme et à l'envolée des coûts. Le Royaume-Uni a d'ores-et-déjà réduit sa commande à 50 appareils (au lieu de 128). Les Pays-Bas devraient faire de même. Dans le même temps, ce programme américain a provoqué un « assèchement » des budgets de recherche au détriment de l'industrie aéronautique européenne, sans retombées tangibles pour les industries des pays impliqués.

3. Un contexte budgétaire contraint

La planification financière associée au Livre blanc a intégré la réalisation d'une capacité d'alerte avancée (satellite d'alerte et radar très longue portée) qui peut s'intégrer dans une future défense antimissile territoriale de l'OTAN. Cette capacité a d'ailleurs été mentionnée comme contribution nationale potentielle de la France dans le cadre des travaux de l'OTAN, avant et depuis le sommet de Lisbonne.

Elle n'a pas prévu de programmes de recherche majeurs, ni a fortiori de développements, dans d'autres domaines liés à la défense contre les missiles de longue portée, notamment en matière d'interception.

Le budget des études amont, qui finance les programmes de recherche et technologie contractualisés avec l'industrie, plafonne autour de 700 millions d'euros par an, bien en deçà du milliard d'euros annuel considéré comme nécessaire pour maintenir et développer nos compétences technologiques.

Depuis le Livre blanc, le contexte budgétaire s'est dégradé.

La loi triennale de programmation des finances publiques a prévu un abattement de 3,6 milliards d'euros sur le budget de la défense, par rapport au niveau fixé par la loi de programmation militaire, dont on espère qu'il pourra être en partie compensé par des recettes de cessions immobilières et de fréquences au caractère néanmoins aléatoires.

Ainsi, la trajectoire financière s'écarte sensiblement de celle de la loi de programmation militaire alors que la réalisation des objectifs du Livre blanc impliquerait une augmentation du budget de la défense de 1 % par an en volume, c'est-à-dire au-delà de l'inflation, à compter de 2012 jusqu'en 2020.

On peut présager une accentuation des tensions entre nos moyens financiers et nos ambitions : demeurer une puissance militaire globale, présente sur la totalité du spectre des capacités militaires et disposer, en quantité et en qualité, d'un volume de forces en rapport avec le rôle que nous voulons jouer au plan international.

Dans ce contexte, le financement de la capacité d'alerte avancée exigera un effort important.

Une contribution nationale plus conséquente à la défense antimissile territoriale de l'OTAN devrait être financée :

- soit par le renoncement à d'autres programmes d'équipement, et il faudrait dire lesquels ;

- soit par une réduction supplémentaire du format des armées, et donc de nos engagements extérieurs et déploiements hors métropole ;

- soit par une augmentation du budget de la défense, au risque d'entrer en conflit avec l'objectif général de réduction du déficit public ;

- soit par une combinaison de ces différentes solutions et d'éventuelles coopérations européennes que rien ne permet aujourd'hui d'escompter.

Les arguments financiers ne jouent pas, on le voit, en faveur d'une décision en ce sens.

Mais il faut également voir ce que seraient, pour la France, les conséquences d'une implication a minima.