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La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ?

6 juillet 2011 : La défense antimissile balistique : bouclier militaire ou défi stratégique ? ( rapport d'information )

C. L'INTÉRÊT D'UN ENGAGEMENT EN NATURE

L'implication a minima est sans doute celle vers laquelle s'orientent plusieurs alliés européens, faute de moyens ou faute d'intérêt à rechercher, à travers une contribution nationale, des bénéfices politiques ou des contreparties industrielles.

Pour la France, une telle option ne pourrait être prise que par défaut, pour des raisons financières, car elle reviendrait à accepter un déclassement relatif de notre pays aux plans stratégique et technologique, tout en créant des interrogations sur l'avenir de notre dissuasion.

1. Préserver notre autonomie et notre posture stratégique

L'autonomie stratégique est une constante de la politique de défense de la France depuis plus de cinquante ans. Cette autonomie repose d'abord sur des capacités réalisées grâce à un effort national de défense. Elle n'est pas incompatible avec des engagements multilatéraux de sécurité, dans l'OTAN et un jour peut-être dans l'Union européenne, dès lors qu'ils s'effectuent dans des conditions permettant de préserver nos intérêts de sécurité et notre souveraineté.

L'OTAN est une alliance multilatérale fonctionnant sur le principe de l'unanimité et soumise au contrôle politique des nations.

La défense antimissile territoriale constitue toutefois une fonction sans équivalent par rapport à celles que l'OTAN exerçait jusqu'alors. Elle ne sera pas mise en oeuvre selon des modalités comparables à celles d'une opération expéditionnaire de l'OTAN, ni même d'une opération de guerre conventionnelle décidée dans le cadre de la défense collective.

Elle s'en distingue par les délais de réaction extrêmement brefs exigés en cas d'attaque balistique, et donc la nécessité d'opérer des délégations d'autorité. Mais aussi parce que cette fonction pourrait en pratique reposer sur un seul allié : celui qui dispose des moyens de détecter, de suivre et d'intercepter des missiles à longue portée.

Sans contribution ou compétence autre que celle des Etats-Unis dans les couches hautes de la bataille balistique, une chaîne de commandement alliée n'aurait guère de raison d'être. Il s'agit pourtant de la protection des territoires et des populations des nations européennes.

Pour nous Français, déléguer complètement la protection de notre territoire et de nos populations à un autre pays, même allié et ami, serait en quelque sorte entrer dans un nouvel univers mental.

Préserver notre autonomie, en ayant accès à la connaissance de la situation et aux modalités de fonctionnement du système, serait une première raison d'apporter des moyens nationaux à la défense antimissile territoriale. C'est du reste ce que nous envisageons de faire avec une future capacité d'alerte avancée.

Par ailleurs, la défense antimissile balistique s'impose dorénavant comme un élément structurant des rapports de force stratégiques dans le monde.

Outre les Etats-Unis, les principales puissances disposent de capacités en la matière, prévoient d'en acquérir ou mènent des recherches. Faire l'impasse sur la défense antimissile reviendrait pour la France, membre permanent du Conseil de sécurité et puissance nucléaire, à accepter un affaiblissement relatif de sa posture stratégique.

Cette situation affecterait l'Europe dans son ensemble à travers l'une de ses deux principales puissances militaires.