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Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution

12 juillet 2011 : Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution ( rapport de l'opecst )

II. ASSISTE-T-ON À UNE MULTIPLICATION DE MALADIES ENVIRONNEMENTALES ?

La question d'une recrudescence voire d'une « épidémie » de maladies environnementales est clairement posée aujourd'hui. Votre rapporteur s'intéressera à deux groupes principaux de pathologies : les cancers et les problèmes de fertilité. Il cherchera à en mesurer les causes.

A. DES MALADIES ENVIRONNEMENTALES ?

Les perturbateurs endocriniens sont suspectés d'être à l'origine d'un fort accroissement de maladies dont une des causes pourrait être d'origine environnementale, tout particulièrement les cancers hormono-dépendants.

1. L'augmentation de l'incidence des cancers hormono-dépendants

Les cancers hormono-dépendants sont les cancers du sein et de la prostate auxquels on peut ajouter ceux du testicule8(*), de l'ovaire et de la thyroïde.

La question est d'autant plus aigüe que selon l'expertise collective de l'I.N.S.E.R.M. de 2008 sur laquelle votre rapporteur s'appuiera largement ici, les cancers sont en France la première cause de mortalité chez les hommes et la deuxième chez les femmes. Le taux d'incidence des cancers depuis 1980 a augmenté de 35 % chez l'homme et de 43 % chez la femme en tenant compte de l'accroissement de la population et de son vieillissement. En 2005, on dénombrait près de 320 000 nouveaux cas de cancers.

a) Le cancer de la prostate

Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l'homme. Il représente, en France, 25 % des nouveaux cas, soit 40 000 en 2000. Le taux d'incidence standardisé est de 75,3 pour 100 000. C'est un cancer du sujet âgé, il est très rare avant 50 ans et son âge médian est de 74 ans.

Au niveau mondial, les différences d'incidence sont très fortes en fonction de l'origine ethnique, les populations noires étant environ deux fois plus susceptibles de présenter ce type de cancer que les populations blanches équivalentes. Le niveau de vie, les habitudes, la durée de la vie jouent également un rôle important. L'effet diagnostique a été démontré aux États-Unis de manière spectaculaire entre 1992 et 1996.

En France, on constate une très forte augmentation de 5,3 % par an entre 1975 et 2000, soit une quasi multiplication par quatre de leur nombre.

b) Le cancer du sein

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme au niveau mondial (22 %). Il s'agit d'un cancer des pays développés puisque le rapport est de 1 à 5 entre les pays occidentaux et les pays d'Afrique et d'Asie à l'exception du Japon. Des phénomènes de rattrapage existent dans certains pays. En outre, des études ont pu montrer que l'incidence s'accroissait sur une à deux générations du fait d'un changement de mode de vie lié, par exemple, à une immigration aux États-Unis.

En France, le nombre de cancers du sein a plus que doublé depuis 1980, passant de 21 000 à près de 50 000. Il représente 36 % des nouveaux cancers féminins. En éliminant l'effet de l'âge, l'incidence a doublé en France passant de 56,8 à 101,5 pour 100 000, soit une hausse de 2,4 % par an. Le risque de développer un cancer du sein est passé de 4,9 % pour une femme née en 1910 à 12,1 % pour une femme née en 1950.

c) Le cancer de l'ovaire

Le cancer de l'ovaire représente environ 4 % des nouveaux cancers féminins. Son taux d'incidence a diminué en moyenne de 0,4 % entre 1980 et 2005 avec une tendance à l'accélération de cette diminution.

Comme pour le cancer du sein il existe un rapport d'incidence de 1 à 6 entre les pays occidentaux développés et les pays en développement.

En France, 4 400 nouveaux cas étaient diagnostiqués en 2005. Le taux d'incidence standardisé était de 8,2 pour 100 000, plaçant la France dans le bas de la fourchette européenne.

L'une des explications de son évolution pourrait être la diffusion de contraceptifs oraux qui se révèlent protecteurs chez les femmes nées à partir de 1950.

d) Le cancer de la thyroïde

Le cancer de la thyroïde est un cancer rare à l'incidence hétérogène au niveau mondial. On observe notamment une plus forte incidence dans les îles (Philippines, Islande...).

En France, il représente 1 % des nouveaux cas (3 700) dont 78 % chez la femme. L'âge médian se situe à la cinquantaine. On constate également une forte hétérogénéité géographique.

Malgré cela, les registres anciens en Europe du Nord permettent de mettre en évidence une augmentation de l'incidence avec une baisse dans les années les plus récentes, un des explications pouvant être l'exposition aux essais nucléaires soviétiques dans les années 1950.

Il semble également que le biais diagnostique soit important. Cela a été démontré pour les États-Unis où l'amélioration du dépistage a fait apparaître un réservoir de tumeurs infra-cliniques et faiblement évolutives du cancer papillaire.

En France, entre 1978 et 2000, l'incidence a augmenté chaque année de 2,89 % chez les hommes et de 4,80 % chez les femmes.

Cependant, l'I.N.S.E.R.M. estime que ce phénomène d'augmentation régulière n'est pas limité aux micro-cancers. Il n'est ni géographiquement ni chronologiquement lié aux retombées de Tchernobyl. Il rend donc nécessaire l'intensification des recherches sur le sujet.


* 8 Ce cancer sera abordé dans le paragraphe relatif à la fertilité.