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Télévision publique et sport : les atouts du modèle britannique

10 octobre 2012 : Télévision publique et sport : les atouts du modèle britannique ( rapport d'information )

B. LE SPORT AU SERVICE D'ENJEUX SOCIAUX

1. Le sport : première passion culturelle des britanniques

A l'été 1938, M. Winston Churchill, dans les articles qu'il écrivait pour News of the world, considérait déjà que le sport était le premier de toutes les activités populaires britanniques. M. Tony Mason rappelle, quant à lui, que, « si le Royaume-Uni a été la première nation industrielle, ce fut également la première nation sportive34(*) ». Comme la BBC est l'ancêtre des télévisions publiques, le sport anglais a été un précurseur dans le succès qu'il a rencontré.

Le sport est au Royaume-Uni est à la fois un phénomène culturel, un enjeu social majeur et une activité économique dynamique (2 % du produit national brut).

Si cette spécificité n'est pas vraiment vérifiée au niveau de la pratique35(*), elle est en revanche particulièrement visible au regard du succès du spectacle sportif, que ce soit dans les stades ou sur les écrans de télévisions, et au vu de la diversité des publics qu'il réunit.

Comme le souligne M. Marc Keech36(*), « aussi bien hier qu'aujourd'hui la caractéristique la plus frappante du sport en Angleterre et au Pays de Galles a été son rôle de spectacle culturel local et national. Plutôt que de participer le public préfère regarder depuis les gradins ou depuis son fauteuil, où l'activité est plus aisée et les erreurs ne sont jamais faites ».

2. « Arsenal in the community » : un bel exemple du rôle social du sport

La délégation a organisé à Londres une audition conjointe du directeur des affaires européennes de la Premier League, M. Mathieu Moreuil, et du responsable du projet social du club d'Arsenal, M. Freddie Hudson.

Dans le cadre de leur appartenance à la Premier League, les clubs anglais sont tenus de participer à des projets éducatifs et sociaux, qui conditionnent le versement des droits télévisuels auxquels ils ont droit : 206 millions d'euros sont ainsi reversés pour des projets en dehors de la Premier League.

L'idée est que les clubs ont une responsabilité envers le sport amateur d'une part, et envers la communauté dans laquelle ils exercent leur activité, d'autre part.

Le précurseur de cette démarche a été le club d'Arsenal, qui a créé, à l'initiative de M. Ken Friar, directeur du club, le programme Arsenal in the community dès 1985, avec la conviction que le club avait une responsabilité sociale envers ses supporters. Si la plupart des clubs font appel à des partenaires ou à des fondations pour mener à bien ces projets éducatifs, à Arsenal, il existe un département dédié en interne dont le directeur est membre du Board du club !

L'organisation du programme « Arsenal dans la communauté » représente aujourd'hui 20 salariés à temps plein et 110 personnes à temps partiel et plus de 200 bénévoles.

La plupart des actions sont dans le domaine éducatif : fourniture d'ordinateurs à 450 étudiants pauvres, formation de jeunes sans emplois aux professions de l'animation culturelle ou sportive, ou encore organisation d'entraînement pour des personnes handicapées mentales à Elthorne Park où Arsenal a construit un complexe sportif.

La délégation a été particulièrement intéressée par le projet, nommé « Double Club », qui est probablement le plus ambitieux : des professeurs recrutés par Arsenal de rendent dans les écoles d'Islington et y dispensent un soutien scolaire aux enfants en difficulté.

Le nouveau stade de l'Emirates Stadium, comme le précédent Highbury, est situé dans le quartier d'Islington, au nord de Londres, qui regroupe des rues aux profils contrastés : Highbury, est davantage un quartier d'affaires alors que Finsbury ou Archway rassemblent des immeubles populaires aux taux de chômage plus élevés que dans le reste de Londres.

La délégation a pu y visiter une école, la Torriano Junior School, qui a noué un partenariat avec Arsenal.

Invitées par M. David Assouline, plusieurs classes de la Torriano Junior Scool se sont ensuite déplacées à Paris en juin 2012 : elles ont été accueillies au Sénat le 18 juin avant d'être reçues dans le XXe arrondissement de Paris, pour une rencontre avec une classe de 6e du collège Henri Matisse. Au programme : échanges entre les élèves sur les disciplines, les activités et les rythmes scolaires, concert interprété par la chorale de l'établissement et visite des locaux.

La délégation a constaté que :

- des séances de travail spécifiques pour les élèves en difficulté ont été mises en place avec le soutien du club ;

- ces séances sont organisées en deux séances de 45 minutes de cours et de 45 minutes de football, deux groupes alternant sur ces activités ;

- les supports pédagogiques ludiques, élaborés et financés par le club, fondés sur la vie et l'histoire d'Arsenal, sont utilisés. Ainsi est facilité l'apprentissage de la lecture avec des textes sur le club, de la géographie avec des analyses sur les pays d'origine des joueurs et des explications sur les différences de salaires moyens en Europe, ou encore les mathématiques avec l'utilisation de statistiques de football...

Ce programme éducatif est mené depuis 15 ans et concerne 2 000 jeunes par an. Selon M. Alan Sefton, cité dans Géovoyage, « dans 87 % des cas, les notes des élèves concernés ont été multipliées par deux ou trois (...) à tel point que l'Union européenne souhaite transposer l'expérience dans d'autres pays ».

90 établissements scolaires sont aujourd'hui concernés. 4 000 heures de cours d'alphabétisation auraient été données, pour des jeunes de 6 à 18 ans, et avec la participation des joueurs du club, qui constitue un atout important du programme, tant en termes d'image que de succès.

La délégation a constaté avec grand intérêt que, la plupart du temps, le sport constitue une passerelle mais n'est qu'un aspect secondaire du programme. L'activité sportive et l'intérêt des élèves pour elle ne sont ainsi considérés que comme un levier permettant d'attirer les jeunes vers de nouvelles activités et de favoriser leur réussite scolaire. Afin d'améliorer les effets du programme, le club intervient au demeurant en partenariat étroit avec les écoles, les collectivités territoriales et le secteur associatif.

Si le système français prévoit bien un reversement des sommes dont bénéficient le sport professionnel vers le sport amateur, via les redistributions internes aux ligues d'une part, et la taxe dite « Buffet » d'autre part, il apparaît que l'action sociale des clubs et des joueurs dans leurs aires d'implantation reste faible. La délégation ne peut que regretter cet état de fait. Dans le cadre du groupe de travail sur l'éthique sportive, une réflexion devra être engagée sur les moyens de rapprocher les équipes de sport professionnel des communautés et territoires dans lesquelles elles s'inscrivent.


* 34 M. Tony Mason, L'administration et l'organisation du sport au Royaume-Uni, Revue française d'administration publique, n°97, janvier-mars 2001.

* 35 Ainsi une étude de la Commission européenne sur les citoyens de l'Union européenne et le sport montrait de faibles différences de pratiques sportives entre la France et le Royaume-Uni. Tout au plus quelques disparités pouvaient être constatées sur les raisons poussant à faire du sport (deux fois plus de personnes pratiquaient avec l'objectif de « s'amuser » au Royaume-Uni).

* 36 Article sur l'Angleterre et le Pays de Galle dans l'ouvrage European Cultures in Sport : Examining the Nations and Regions, de MM. James Riordan et Arnd Krüger, Intellect Books, 2003.