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Violence dans les médias : quelles conséquences sur les enfants et la société ?

15 janvier 2013 : Violence dans les médias : quelles conséquences sur les enfants et la société ? ( rapport d'information )
Dr Astrid Zipfel, Université Heinrich Heine, Düsseldorf (Allemagne).

La violence a toujours exercé une fascination particulière : beaucoup de discussions, beaucoup de débats empreints d'émotion, mais très peu de savoir scientifique. La grande majorité des études portent sur la violence dans les médias audiovisuels. Concernant les jeux vidéo, c'est peut-être que les résultats des recherches sont apparus complexes et contradictoires. Deux grands modèles ont finalement été réfutés par la science. Le premier est la théorie de la catharsis, selon laquelle les images permettraient une décharge fantasmée, qui éviterait le passage à l'acte. C'est la seule théorie qui confère à la violence des effets positifs. Le second est la théorie de la suggestion, qui n'explique pas cependant les mécanismes sous-jacents à l'oeuvre : le spectateur imiterait ce qu'il voit à l'écran, dans certains cas, mais cette contagion ne se produirait que dans des conditions spécifiques. Le contenu diffusé dans les médias n'est donc qu'un des facteurs.

Il existe une troisième théorie, celle de « l'habituation » et de la désensibilisation : les émotions de ceux qui ont visionné des contenus violents seraient émoussées. Cela diminue-t-il l'empathie envers les victimes de la vie réelle ? On ne peut le dire.

Enfin, la théorie de l'apprentissage social. Les sujets apprendraient, en regardant les fictions, les conséquences des actions violentes, sans pour autant induire un passage à l'acte violent. Moins de 9 % des agressions peuvent être expliquées par l'influence de la violence dans les médias. Celle-ci n'est qu'une des formes de violence observées.

Les effets de la violence dans les médias sont pondérés, contenus. Le contexte de la description de la violence prime sur l'intensité. Les contenus les plus à risque sont ceux où les violences sont présentées comme justifiées, où elles sont commises par un protagoniste séduisant, celles qui sont récompensées, ou non sanctionnées, celles qui sont banalisées, la victime ne suscitant pas d'empathie. La recherche avance quelques hypothèses. Les jeux vidéo n'auraient pas plus d'influence que la télévision. Le risque est accru si le sujet est un garçon, s'il est enfant, donc démuni des moyens de distinguer le bien du mal. Les personnes à prédisposition agressive, en recherche de sensations fortes, sont plus exposées, entrant dans une sorte de cercle vicieux qui renforce leurs tendances déjà violentes.

Le plus important, c'est l'environnement social. L'enfant sera plus exposé si la famille, les amis, l'école sont aussi producteurs de violence.

La majorité des chercheurs estime que la violence dans les médias a peu d'effets négatifs. Sur certains individus toutefois, elle a un effet important. Les facteurs sont en interaction avec l'expérience de la vie réelle. Les groupes à risque, minoritaires, peuvent être influencés par cette violence, qui est un des facteurs de risque, parmi d'autres.

Mme Salomé Ramos, psychologue, Aveiro (Portugal).

Nous avons mené une étude au Portugal avec 745 élèves du centre du Portugal, dans douze écoles. Il s'agissait d'élèves entre 10 et 18 ans, dont 82 % avaient entre 12 et 15 ans. Nous avons analysé le rôle de chacun des médias : 70 % des élèves regardaient la télévision dans le salon, 30 % dans leur chambre, 97 % avaient un téléphone portable, 96 % une connexion Internet, 57 % une connexion dans leur chambre et ils consacraient en moyenne six heures par jour à la télévision et aux jeux vidéo et plus de cinq heures aux nouvelles technologies, beaucoup plus qu'à la lecture de livres et de revues, trois heures par jour. Les nouvelles technologies sont de plus en plus accessibles et attirantes. Précisons que les chercheurs ne s'accordent pas sur une corrélation entre comportements violents et temps passé à regarder des programmes violents - sauf en matière de cyber-harcèlement, où la corrélation est largement admise.

L'implication des parents dans le contrôle est déterminante : s'ils sont 82 % à regarder la télévision avec leurs enfants, ils ne sont que 25 % à suivre ce que font leurs enfants sur Internet - même si 56% d'entre eux contrôlent le temps qu'y passent les enfants et si 53% parlent d'Internet avec eux. Mais il est difficile d'évaluer l'efficacité du contrôle parental. Dans quelle mesure les parents qui regardent des programmes violents avec leurs enfants sont-ils conscients de l'intensité de cette violence ?

Reste qu'il existe une forte corrélation positive entre les formes de violence, harcèlement et cyber-harcèlement et les attitudes des jeunes envers la violence, à tel point que l'on peut penser établir une probabilité du passage à l'acte. La violence chez les jeunes n'est pas univoque. La recherche devrait être une priorité, afin de mieux comprendre ce phénomène. Il y a beaucoup à faire dans de nombreux domaines, non seulement les médias, mais aussi la santé et les risques sur Internet. L'évolution des médias, à un rythme effréné, comporte des aspects positifs. Les médias transmettent des savoirs, des attitudes, des valeurs. Il faut que les enfants soient bien équipés pour saisir ces nouvelles possibilités. Les contacts, l'ouverture au monde extérieur sont une chance, mais aussi un risque. Les parents ont un rôle fondamental de médiateur à jouer. Il est indispensable que parents et éducateurs sachent comment réagir, sans nécessairement censurer. Sans doute faut-il aller vers une meilleure réglementation. Apprenons aussi aux enfants, parents, éducateurs, à se servir des médias. Réduire le temps passé devant la télévision ou Internet, apprendre aux enfants à se servir de ces médias, sont des pistes à creuser.

M. Jo Groebel, directeur scientifique de l'étude mondiale de l'Unesco (1998) sur la violence dans les médias.

Cela fait longtemps que je mène des recherches sur la violence dans les médias. Oui, les experts sont sur la même longueur d'onde et je partage les analyses de Mmes Zipfel et Ramos. Avec mes cheveux gris, je suis parfois un peu las de ce sujet : il faut parfois s'arrêter pour dresser un bilan. Nos études ne constituent-elles pas parfois un alibi ? On en parle et on passe à autre chose...

En 1998, j'ai étudié cette question pour l'Unesco. Certains enseignements dégagés alors sont toujours valables. La tuerie de Newton ce week-end, un suicide consécutif à un cyber-harcèlement par Internet la semaine dernière ou encore le meurtre de cinq humanitaires par les Talibans au Pakistan, nous rappellent l'actualité du problème... Je reviendrai sur le lien entre ces affaires.

Aux États-Unis, 30 000 personnes par an sont tuées dans des fusillades, alors qu'il y a des milliards de millions de contacts par Internet ou sur les réseaux sociaux. Mais une ou deux fois par an, l'attention du monde entier est attirée par un meurtre commis sur des enfants, ce sont des comportements non significatifs statistiquement mais qui déclenchent des débats. L'ex-chancelier Schroeder m'avait ainsi invité à rejoindre un panel d'experts après le massacre commis par Robert Steinhäuser dans une école allemande, qui avait fait 17 victimes. Il s'agissait d'étudier le rôle des médias, nous avons conclu que c'était un facteur parmi d'autres.

L'étude de l'Unesco a été publiée en 2001. Elle porte sur l'impact de l'environnement, du milieu culturel et sur l'expérience de la violence. Il existe des groupes à risque. L'étude a été conduite avec le mouvement des scouts, d'implantation mondiale, sur 5 500 jeunes de 12 ans, de 26 pays dans le monde, représentants des cultures, des environnements sociaux et des expériences différentes.

La violence est un langage mondial. Chacun s'y intéresse, qu'il ou elle en ait été victime ou qu'il ou elle soit attiré par la violence. Nous sommes obligés de réagir à l'agression, c'est pourquoi les médias s'y intéressent tant. C'est une donnée physiologique acquise.

La plupart des enfants visés par notre étude connaissent les mêmes vedettes de films violents, Schwarzenegger dans Terminator par exemple, à l'époque... Et sa célébrité n'était pas due au seul fait qu'il est Autrichien ! C'est un phénomène transculturel. Dans certains pays, les filles aussi deviennent de plus en plus violentes, on voit se constituer des gangs de filles... Il faudrait approfondir la recherche en la matière.

On peut mettre sur la sellette les médias, en faire des boucs émissaires, ce serait absurde. Néanmoins on constate que la violence diminue quand ils en parlent moins. Il y a bien une interaction entre les contenus violents et la vie réelle. La majorité des enfants, plus de 70 %, ont mentionné avoir, dans leur vie quotidienne, « des problèmes de violence » et ont précisé que leurs parents ne le savaient pas.

Il est plus difficile pour les parents de contrôler le comportement de leurs enfants devant l'ordinateur que devant la télévision. En général, les parents incriminent les médias, mais ce sont eux qui donnent l'exemple à leurs enfants. L'impact des médias ne peut être considéré comme la seule cause de la violence. Pourquoi les gens s'intéressent-ils à la violence dans les médias ? Est-ce bon pour leur moral ? La violence est fascinante, surtout pour les hommes et les garçons. S'ils ont une personnalité un peu faible, ces derniers cherchent des modèles à la télévision ou dans les jeux vidéo.

Lorsque la violence dans les médias est élevée, au Japon par exemple, et le contrôle social très élevé également, il y a peu de violence dans la réalité, mais le taux de suicide est important : la violence est retournée contre soi. En revanche, lorsque le contrôle social est à un niveau très bas, et qu'il est associé à un niveau élevé de violence dans les médias, comme dans les favelas brésiliennes, en Afrique du Sud ou dans certaines zones des États-Unis, on aboutit à un niveau de violence élevé dans la réalité : c'est un mélange détonant.

« Pour survivre, les enfants, utilisez le même niveau de violence que celui que vous voyez dans les médias » : tel est le message. En France, en Allemagne, le niveau de violence à la télévision est encore assez modéré - il en va autrement sur Internet...

Quelle est l'influence de la violence et de la sexualité ? Aux États-Unis, celle-ci est perçue comme plus dommageable que celle-là. Souvenez-vous de la levée de boucliers lorsque Janet Jackson a montré ses seins à la télévision !

Il est difficile de réduire la violence. Dans le monde islamique, dans la plupart des pays asiatiques et africains, le pire que l'on puisse faire à quelqu'un c'est de lui lancer une insulte. Dans les pays occidentaux, en revanche, l'agression physique est vécue comme la pire atteinte à la personne. Il faut comprendre les diversités culturelles. Bien sûr, il faut développer l'éducation aux médias, sensibiliser les parents. Il est important de trouver un équilibre avec la protection de la liberté d'expression. A l'Unesco, lorsque j'ai présenté les conclusions de l'étude, certains ont conclu qu'il fallait totalement museler les médias ! L'auto-réglementation, avec un suivi, des comptes à rendre, est une réponse.

La violence dans les médias est récompensée. L'agresseur, dans les fictions, a le pouvoir, le contrôle. La violence est gratifiante pour l'agresseur, les assassins, les membres des bandes qui font la une des journaux, mais on n'accorde que peu d'attention aux victimes. La violence dans les médias a un impact à grande échelle, même si elle n'est pas statistiquement significative. Aujourd'hui, elle prend une nouvelle dimension, car le contrôle de la diffusion sur les plateformes est bien délicat. C'est une tâche d'ampleur internationale. Le chemin à parcourir sera long.

M. Luis Filipe Castro Mendes, ambassadeur, président du groupe de rapporteurs sur l'éducation, la culture, le sport, la jeunesse et l'environnement du Comité des ministres, représentant permanent du Portugal auprès du Conseil de l'Europe.

Merci pour ces perspectives sur le dialogue interculturel, cher au Conseil de l'Europe. Pour comprendre les phénomènes sociaux, il faut chercher à comprendre les différences. J'ouvre le débat.

M. Giacomo Santini, président de la commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Notre commission s'occupe de culture, de science, mais aussi de sport. Que dire des sports violents ? La télévision italienne a interdit ces derniers mois la retransmission de matchs de boxe avant 22 heures, heure à laquelle les enfants sont supposés dormir.

Mme Sonja Ablinger, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

De quelle violence parle-t-on ? Quel est le lien entre la violence dans les médias et ces événements tragiques dans les écoles ? Il faudrait aussi parler de la violence contre les femmes, contre les minorités. Mes étudiants me parlent de ces émissions de télé-réalité, où les gens s'insultent, s'humilient. Ce sont des forums de violence forte, particulièrement pour les jeunes. Madame Zipfel, vous avez mentionné la violence dans les vidéos utilisée comme alibi, comme prétexte, par certains criminels. Pourriez-vous revenir sur ce point ?

Mme Nursuna Memecan, membre de la commission des questions politiques et de la démocratie à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Je voudrais savoir si l'étude de l'Unesco publiée en 2001 avait été renouvelée ou actualisée. Existe-t-il une corrélation entre les handicaps d'apprentissage et la violence ? Le tueur de Newton semble avoir eu un syndrome d'Asperger. Vous êtes passés rapidement sur le terrorisme. Pouvez-vous en dire quelques mots ? Des études ont-elles été menées sur les mesures préventives ? On ne peut bannir toute violence des programmes, mais comment préparer les enfants à cette confrontation ?

M. Michael Connarty, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Je suis marié à une ancienne directrice des services sociaux. Notre petit-fils de quatre ans est fasciné par une émission, Ben Ten, qui montre un petit garçon qui se transforme en extraterrestre. Cela s'est traduit par des cauchemars, des comportements violents envers sa soeur de six ans. Nous sommes vigilants et nous avons remarqué que les enfants sont plus agressifs après avoir vu des jeux ou des émissions violents. C'est une sorte de réaction physiologique. Ma femme a un téléphone Blackberry. Notre petit-fils a téléchargé sur son appareil des vidéos de Ben Ten violentes et des jeux violents. Les enfants sont très stimulés par ces images, on constate des conséquences physiologiques, un pouls accéléré... Les orateurs n'ont guère abordé ce sujet : si les enfants ont un accès si facile à des images si violentes, quels adultes deviendront-ils ?

M. Joe Benton, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Il me semble que le problème n'est pas seulement l'exposition de la violence à la télévision, mais la quantité de violence qui est ainsi montrée, absorbée. Il fut un temps où les enfants étaient contrôlés. Ma chère mère me défendait d'écouter telle émission de radio qui, disait-elle, n'était pas « édifiante ». Ce n'est pas de la censure, mais l'encadrement que nous devons à nos enfants. Dans le monde d'aujourd'hui, je ne pense pas que nous puissions empêcher les enfants d'accéder à toute image de violence, mais la violence n'est pas l'apanage du Connecticut. L'injustice dans le monde entier, la pauvreté dans les pays en développement, ce sont aussi des violences.

M. Luis Filipe Castro Mendes, ambassadeur, président du groupe de rapporteurs sur l'éducation, la culture, le sport, la jeunesse et l'environnement du Comité des ministres, représentant permanent du Portugal auprès du Conseil de l'Europe.

Il y a là matière à réflexion.

M. Jo Groebel, directeur scientifique de l'étude mondiale de l'Unesco (1998) sur la violence dans les médias.

Oui, l'injustice est fondamentale. Au-delà de la question des médias, n'oublions pas la théorie de la frustration-agression : plus on est frustré, plus on a de probabilité de devenir agressif. Plus la situation est injuste, plus certaines personnes en viendraient au terrorisme... En réalité, ce n'est pas aussi simple et les leaders terroristes sont rarement issus de milieux défavorisés, mais ils savent utiliser les sentiments d'injustice et de frustration. Le 11 septembre, les grands médias ne comprenaient pas que les terroristes voulaient, non seulement tuer, blesser et créer la dévastation, mais surtout focaliser l'attention du monde entier sur eux. L'injustice n'entraîne pas automatiquement l'agression et le terrorisme.

Je ne connais pas d'études qui montreraient une relation de cause à effet entre la quantité d'émissions de boxe, par exemple, et la violence. Le simple fait de regarder du catch ou de la lutte ne rend pas violent. Cependant, si je regarde des émissions violentes toute la journée, il est moins probable que j'en regarde d'autres, montrant des voies différentes de solution des conflits. C'est la théorie de l'apprentissage social. Les émissions de télé-réalité ont peut-être un impact sur la façon dont nous interagissons avec les autres. Cela n'induit pas directement la violence, mais montre qu'après tout, les insultes, ce n'est pas si grave...

L'étude de l'Unesco coûterait cher à renouveler, mais une nouvelle étude arriverait, j'en suis convaincu, dans ses grandes lignes, aux mêmes conclusions. Nous avons vu que les enfants vivant dans un environnement paisible ne traduisent pas dans leur propre comportement les contenus violents qu'ils visionnent, contrairement à ceux qui vivent dans un environnement dégradé.

Les effets de la violence des médias ne proviennent pas du contenu même, mais de l'excitation provoquée. Un chercheur de l'Alabama a mis en évidence que cette excitation, chez un enfant qui vit dans un milieu violent, entraîne la violence.

Quand je dis que je suis las de ces questions, c'est peut-être que je suis aussi victime du syndrome « d'habituation » et commence à m'accoutumer à la violence...

Mme Salomé Ramos, psychologue, Aveiro (Portugal).

Dans notre étude, nous ne nous sommes pas limités à l'observation de la violence physique. Nous avons vu que la violence psychologique et verbale était corrélée avec la violence physique. A l'école, nous avons observé non seulement la violence directe - le harcèlement - mais aussi la violence exercée au téléphone, sur Internet. La cyber-violence est encore plus prégnante que la violence directe.

Quelle prévention ? La violence peut être considérée comme un moyen de régler les problèmes. Les parents et enseignants ont ici un rôle fondamental à jouer, notamment par leurs attitudes. Il ne s'agit pas seulement d'apprendre à se servir des médias, mais à comprendre ce que l'on voit à l'écran.

Dr Astrid Zipfel, Université Heinrich Heine, Düsseldorf (Allemagne).

Sur les liens supposés entre le sport et la violence, nous avons arrêté de nous intéresser au cas des spectateurs de matches de boxe : l'observation n'apportait rien. Pourquoi ? Parce que dans ces sports, il y a des règles, des conditions, des limites. Ce n'est pas ce qui comporte le plus de risques. Les effets dans ce cas sont faibles à modérés. Ils deviennent plus réels quand des sportifs connus ont des attitudes violentes et qu'ils ne sont pas sanctionnés...

Sur la violence verbale, indirecte, psychologique, la recherche ne fait que commencer. Ses effets peuvent être délétères. On se focalise sur la violence physique. Mais les violences exercées par les femmes sont différentes de celles des hommes, elles sont plus verbales que physiques.

L'un des orateurs a parlé de la façon dont les délinquants se défaussent sur les médias, invoquant la violence de tel jeu vidéo, citant tel film comme source d'inspiration et d'influence. Un de mes collègues a enquêté auprès des juges. Ces derniers, aujourd'hui, n'accordent plus grande attention à ces arguments. Ce n'est pas une stratégie de défense très porteuse.

Sur le déficit d'apprentissage, je ne suis pas experte, mais il n'y a pas de corrélation entre l'intelligence et la violence. C'est le contexte social, le contrôle du comportement qui prime. Quant aux troubles de l'attention, ils ont sans doute un effet, mais marginal.

La prévention ? Nous en reparlerons. Les parents peuvent jouer un rôle de médiateur, en réagissant négativement à certains actes de violence, en attirant l'attention sur la victime. Idem à l'école. L'excitation peut être suscitée par différents contenus, pas forcément violents, la vitesse ou le bruit, par exemple. Les enfants reproduisent ce qui les a excités ; il faut, au bon moment, leur expliquer ce qui n'est pas bien. La quantité n'est pas en elle-même délétère. C'est avant tout le contexte de l'exposition à la violence qui est déterminant. C'est ce que montre la recherche !

Sir Roger Gale, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Merci pour ces interventions. J'ai passé 21 ans à produire des programmes de télévision pour adultes et enfants et nous faisions régulièrement réaliser des études d'impact. Du reste, pourquoi des entreprises paieraient-elles pour de la publicité si celle-ci n'avait pas d'effet ? Tom et Jerry, ou Popeye étaient assez violents ! Sans parler de James Bond. Ont-ils pour autant un effet préjudiciable ? Mme Ramos a parlé d'accoutumance, d'effet psychologique. Au temps de la guerre en Irlande du Nord, le journal télévisé commençait toujours par l'annonce de la mort de soldats anglais. Nous nous y sommes habitués. Il y a l'impact psychologique, subliminal, donc plus dangereux qu'une bagarre entre James Bond et un adversaire. Tous les feuilletons télévisés ont des points communs : c'est toujours le même scénario, on ne peut plus déprimant. Quelle est la solution ? Je n'en ai pas la moindre idée !

M. Jo Groebel, directeur scientifique de l'étude mondiale de l'Unesco (1998) sur la violence dans les médias.

Je suis d'accord avec Sir Roger Gale, mais nous avons constaté que les enfants exposés à un flux permanent de contenus violents avaient une vision du monde différente de ceux qui étaient exposés à une quantité plus modérée : ils pensaient qu'il faut être violent pour survivre dans notre monde. Pour eux, la première cause de mort était le meurtre ! Les autres avaient une vision plus exacte des principales causes de la mort, grand âge ou maladie.

Pourquoi autant de programmes violents ? Ils sont plus faciles à produire que des histoires plus subtiles, sans doute, et ils attirent l'attention des spectateurs.

Dr Astrid Zipfel, Université Heinrich Heine, Düsseldorf (Allemagne).

Je reviens sur la théorie de l'accoutumance. Le visionnage régulier de contenus violents est désensibilisant. Les émotions sont émoussées, mais pas nécessairement dans la réalité, où la violence a des conséquences négatives pour l'auteur et où l'empathie nous pousse à aider la victime.

Difficile de comparer l'effet de la publicité à celui de la violence ! La publicité exploite des effets de stimulation simples : tout le monde voit le même produit à la télévision et sera enclin à l'acheter. Dans l'effet de la violence, on observe une différenciation, selon les individus et le contexte. Il est évident qu'une quantité élevée de violence joue un rôle.

M. Luis Filipe Castro Mendes, ambassadeur, président du groupe de rapporteurs sur l'éducation, la culture, le sport, la jeunesse et l'environnement du Comité des ministres, représentant permanent du Portugal auprès du Conseil de l'Europe.

Pour conclure, on peut dire que les effets potentiellement négatifs de la violence dans les médias - comme le cyber-harcèlement - sont incontestables mais doivent être étudiés en lien avec le vécu et les interactions sociales et familiales des spectateurs.

La consommation des médias a augmenté avec le numérique. Le Conseil de l'Europe doit adapter ses actions normatives, qui sont surtout pédagogiques et éducatives. La recommandation 97-17 est une base valable, mais il faut l'adapter aux évolutions du nouveau paysage médiatique. Merci à tous les intervenants.