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Violence dans les médias : quelles conséquences sur les enfants et la société ?

15 janvier 2013 : Violence dans les médias : quelles conséquences sur les enfants et la société ? ( rapport d'information )

II. ACTION CONTRE LES EFFETS NÉGATIFS DE LA VIOLENCE DANS LES MÉDIAS

Mme Maryvonne Blondin, secrétaire de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, membre de la délégation française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Passons à la deuxième partie : Action contre les effets négatifs de la violence dans les médias.

M. Thomas Hajnoczi, ambassadeur, coordinateur thématique sur la politique d'information du Comité des Ministres, représentant permanent de l'Autriche auprès du Conseil de l'Europe.

On m'a demandé d'expliquer les actions conduites par le Comité des ministres jusqu'à présent. Nous disposons de certains outils juridiques, comme la convention européenne sur la télévision transfrontière. En 1997, nous avons adopté une recommandation sur la description de la violence dans les médias électroniques. Certains contenus violents doivent être prohibés par la loi - sous certaines conditions. Le public doit être informé sur les contenus violents. Les filtres sur Internet sont un instrument pour protéger les enfants. Une nouvelle recommandation, de 2009, sur « la protection des enfants contre les contenus dommageables dans les médias dans le nouvel environnement de communication et d'information » va dans le même sens.

Mais il est difficile de contrôler le comportement de l'enfant face à l'Internet. Les États membres souhaitent des espaces sécurisés sur Internet. Nous avons adopté deux stratégies transversales au Conseil de l'Europe, sur le droit de l'enfant et sur la gouvernance de l'Internet. Je donne la parole à nos deux experts.

Mme Divina Frau-Meigs, Université de Paris III.

Merci de cette invitation. Nous sommes dans une situation d'écran-navette : l'écran audiovisuel, qui porte les histoires, les films qui sont encore les plus violents, et l'écran numérique, qui en prend le relais. Il y a un effet d'amplification dû à la multiplication des occasions de consommer toute sorte de contenus, y compris à risque.

Hollyweb, la conjonction de six grands conglomérats de contenus comme Disney, et de six grands groupes numériques, tel Apple, contrôle les portails d'accès mais aussi les contenus. Les États-Unis sont en situation dominante, ce qui donne aux contenus américains une primauté qui panique parents et éducateurs. Ceci produit dès lors un phénomène d'acculturation à la société américaine. Aux États-Unis, la loi du talion est valorisée, les problèmes sont rarement réglés par le triomphe de l'état de droit. Or, les populations européennes rejettent ces relations de domination. Chez les jeunes, cela entraîne, non une adhésion aux valeurs américaines, mais le chaos dans les têtes. Ils ne connaissent même plus le système juridique applicable dans leur pays. Il en résulte une grande confusion.

Cette rupture avec le lien social national pose problème. Qui a le monopole du contrôle social ? Celui-ci est-il dicté par les contenus américains ou par la culture nationale, sachant que l'autorégulation varie beaucoup selon les pays - même s'il faut une réponse commune européenne, reposant sur les droits de l'homme et l'état de droit ?

Contenu et comportement, contact et consentement : quatre C. Consentement à la violation de la vie privée, au vol de la propriété intellectuelle, au travail caché. Il y a ainsi atteinte à la dignité humaine, au bien-être. D'où le rôle du régulateur, pour trouver la bonne échelle d'interaction. Les conditions actuelles d'autorégulation par le secteur industriel des médias sont-elles suffisantes ? Ces derniers profitent du passage en ligne pour renier leurs engagements. Ils réclament la preuve d'une causalité concluante. On assiste à un réel retour en arrière, sachant que le chercheur ne peut - sauf exception - apporter de réponse définitive, catégorique, affirmer qu'il y a un effet direct de la violence dans les médias par exemple. Mais les effets indirects sont réels. Et quand la violence n'engendre pas la violence, elle engendre la peur, chez les filles notamment. La pulsion scopique d'Hollywood est « genrée », mâle-dominante et violente.

Et Internet, là-dedans ? Faut-il en faire le méchant ? Il offre des possibilités de réduction du risque, mais aussi des occasions d'amplification du risque - avec les risques causés par les jeunes eux-mêmes, créateurs et agrégateurs de contenus. Le régulateur doit trouver un équilibre.

Peu de recherche existe sur la régulation et l'auto-régulation, sinon sur la signalétique et les filtres. L'État se désengage mais incite à l'autorégulation, qu'il surveille ou non. C'est un système qui a le mérite d'être souple. Il n'existe plus de censure a priori en Europe, mais le cas échéant des remontrances a posteriori.

Les solutions de « safe harbour », havres de paix, se sont enrichies de filtres techniques : le numérique vient à la rescousse des individus, détectant - automatiquement, à l'aveugle - les contenus à risque. Les parents ont une perception datée du risque, prenant peu en compte la possibilité que leurs enfants soient des agresseurs. Ils méconnaissent aussi le stress psychologique lié aux images. Les jeunes n'ont pas la même perception des risques et de la violence que les adultes. Leurs grandes angoisses sont liées à leur image, à leur identité, à leur réputation. D'où la montée du harcèlement, entre jeunes, qui a des conséquences destructrices sur l'apprentissage, la perception de soi. Sans parler des sites incitant au suicide ou à l'anorexie...

Il faut prendre en compte les dommages psychiques sur le long terme, preuve de l'irréversibilité de la violence, phénomène cognitif bien connu. Je vous renvoie aux travaux de Serge Tisseron. La signalétique n'est pas un outil de censure à l'égard des créateurs, mais d'aide à la prise de décision pour les parents, qui y voient un outil de normalisation sociale. Les enfants dont les parents suivent la signalétique se détourneront d'un programme violent après une discussion parentale. La signalétique fait aussi la médiation avec l'école - la culture scolaire doit intégrer ce débat dans les cours, alors que l'autorégulation est automatisée par l'industrie et privatisée par les parents. Est-ce le mode de régulation que nous voulons en Europe ? La signalétique n'est pas décidée par le CSA, mais par les chaînes, les parents l'ignorent.

Quand les médias sont installés dans la chambre, en revanche, la consommation de violence augmente, avec des recherches de violence de plus en plus hard core.

Pour le jeu vidéo, le système de signalétique PEGI (Pan European Game Information) a fait ses preuves. Il commence dès trois ans, propose des actions de formation et est administré par le Nicam, instance indépendante qui comporte un bureau des plaintes. Il y a là une base européenne consensuelle pour élaborer une réglementation applicable à d'autres médias et d'autres plateformes.

L'industrie préfère vendre un « paquet » sécurité, anti-virus et anti-spam, qui comprend des logiciels de filtrage, en réalité très difficiles à mettre en place et à ajuster selon les âges des différents enfants de la famille. Les parents ne se désengagent pas. Certes ils ne voient pas ce que leurs enfants regardent en ligne mais ils en discutent avec eux et peuvent consulter l'historique de la navigation. Ils préfèrent des filtres nationaux aux filtres américains, comme Norton, peu transparents et peu flexibles. Il y a là des progrès à faire.

La réglementation est très embryonnaire sur les autres médias : télévision connectée, Google, Netflix, Apple, etc. Seule l'Allemagne, avec ses walled gardens, propose une régulation avec des listes blanches de sites fréquentables par les enfants.

Rien non plus sur les téléphones mobiles... Les fournisseurs d'accès et les réseaux sociaux ont publié entre 2007 et 2009 des codes d'éthique, qui prétendent s'aligner sur les droits de l'homme - sous la pression du Conseil de l'Europe - mais reflètent les biais de l'industrie. Ces industriels sont juges et parties... Quant à la procédure d'urgence temporaire, si elle n'est pas exploitée par la société civile, elle tombe progressivement en désuétude. C'est pourtant une solution intéressante, mais d'utilité limitée en l'absence de solutions complémentaires.

Il faudrait un opérateur indépendant pour le codage ou l'évaluation a posteriori, reposant sur la recherche, avec des rapports transparents et des possibilités de recours pour les consommateurs. Enfin, formation de professionnels et hotlines seraient bienvenues. Il reste beaucoup à faire sur l'autorégulation du secteur industriel - lequel voudrait que rien ne bouge.

Dernier filtre, l'éducation. L'éducation aux médias est entrée dans les textes, mais il n'existe pas de réels cursus, de formation des maîtres. Le Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information (Clemi) forme 15 000 personnes par an, à raison d'un jour et demi par an... L'éducation média à long terme, en Grande-Bretagne ou en Autriche, a pourtant fait ses preuves. C'est l'occasion de former les jeunes aux droits de l'homme, au respect des autres, à la culture des autres pays.

Les ressources des bibliothèques et médiathèques sont insuffisamment utilisées. L'Unesco favorise également la mise en commun des ressources.

L'autorégulation ne suffit pas. Il faut que l'État se réinvestisse, avec une présence de médiateurs notamment dans les grands médias de service public. Tordons le cou au faux débat entre liberté d'expression et droits des mineurs. Les pays autoritaires cherchent à brouiller les lignes entre les deux, il faut au contraire les clarifier. La société civile, les milieux associatifs prônent la co-régulation, l'éducation aux médias, mais aussi plus de moyens, plus de formation, plus de recherche.

Dernier point : plus de transversalité en Europe, l'Union européenne peut détruire le travail du Conseil de l'Europe, en donnant la priorité à la concurrence sur l'éducation.

M. Thomas Hajnoczi, ambassadeur, coordinateur thématique sur la politique d'information du Comité des Ministres, représentant permanent de l'Autriche auprès du Conseil de l'Europe.

Merci. Après les théoriciens chercheurs, le praticien.

M. Giacomo Mazzone, Union européenne de Radio-télévision, Grand-Saconnex, Genève.

J'ai effectivement longtemps travaillé pour la RAI. Avant cela, j'avais participé à la création d'Euronews. Nous vivons dans un monde où les règles ont complètement changé. Nous avons besoin d'un nouveau contrat social. Nous vivons un changement d'époque, que nous ne résoudrons pas en l'abordant par le petit bout de la lorgnette. Oui, le monde a radicalement changé, les médias aussi, ils ne sont plus ceux de 1998, du temps de l'étude de l'Unesco.

Dans le broadcasting, une personne parle à tout le monde. Ce concept est dépassé. Les médias parlent de façon différenciée à tout le monde, les auditeurs parlent aux médias et ils se parlent entre eux via les médias. Les flux s'interpénètrent. La solution, du temps de ma grand-mère et des familles nombreuses : bloquer le réfrigérateur. On ne mangeait que ce qu'elle en sortait, à l'heure où elle le décidait. C'est le modèle sur lequel nous avons travaillé pendant longtemps. Il est révolu, ou en tout cas il s'épuise.

A la RAI, nous avons négocié la signalétique pendant deux ans avec les autorités. Aujourd'hui, tout cela ne veut plus rien dire, car le contenu est accessible à toute heure en ligne ! Avant, on programmait Pasolini à 23 heures pour que les enfants ne le voient pas. Aujourd'hui, rien ne les empêche de regarder ses films sur leur ordinateur dans leur chambre. On ne peut plus bloquer le frigo !

En Europe, nous avons passé beaucoup de temps à contrôler les diffuseurs de messages, les messengers. Si j'abuse de mon pouvoir de broadcaster, je serai puni. Est-ce que cela a encore un sens aujourd'hui ? A peine ! Il n'existe plus de centre de diffusion unique.

Quelle belle métaphore que celle de Hollyweb ! La réglementation est faite par l'industrie à un niveau basique. Avec la télévision hybride connectée, nos écrans se divisent en une partie classique, hyper-réglementée et une autre dénuée de toute réglementation. Nous avons mis trente ans à interdire la publicité pour le tabac sur les ondes européennes. Elle sera accessible via Internet, dès que je regarderai une course de Formule 1.

Ces problèmes nous dépassent. C'est un travail de refondation du contrat social qu'il faut engager, qui passe non seulement par la media literacy, mais par une digital literacy.

La question est aussi économique. Il y a un glissement progressif des ressources des médias classiques vers les médias en ligne. TF1 et M6 croyaient récupérer 500 millions d'euros avec la suppression de la publicité en prime time sur les chaînes publiques. Ils n'en ont récupéré que 200. Les 300 millions restants sont on line, vers des supports étrangers, qui ne sont pas soumis aux réglementations nationales.

Moins de ressources, c'est moins de production nationale, moins d'emplois, moins d'offre technique de qualité. L'évolution technologique vers la 3D, la HD, la super high vision, s'accélère. Cette dernière innovation sera disponible en 2016. Des tests ont été effectués dans la perspective des JO de Rio ! Cela demande des investissements énormes, et je rappelle que nous avons, en Europe, cédé de nombreuses bandes de fréquences aux télécommunications.

Les coûts se réduisent, les sources aussi. Les journaux, la RAI ferment leurs bureaux de correspondants à l'étranger. Le service public doit maintenir ses financements afin de diffuser une information de bon niveau. Le rôle de médiation professionnelle des journalistes est soumis à un stress important. Moins de ressources, c'est moins de qualité à l'antenne. Il y aura une télévision de première classe contre paiement et la télévision des pauvres, interrompue à tout instant par la publicité commerciale.

Qui financera le service public ? Que peut-on faire pour inverser la tendance ? Tout le monde doit fournir un effort permanent à long terme. Si nous ne tendons pas tous vers le même but, jamais nous ne parviendrons à l'atteindre.

Il est aussi important désormais d'apprendre à utiliser les boîtes de courrier électronique, les réseaux sociaux, où toutes les informations sont scrutées par des robots et communiquées aux publicitaires, que d'apprendre à lire et à écrire. Tous nos mails sont contrôlés. Lorsque ma fille va sur Facebook, tous ses contenus seront accessibles ad vitam aeternam à des sociétés basées en Californie, contre paiement, y compris ceux qu'elle aura voulu éliminer - et celles-là sont les premières que consultera le DRH quand elle postulera à un stage ou un emploi !

Je n'accuse personne. Ce n'est pas à nous de faire tout le travail, les médias pouvant en fournir une partie. Il faut continuer de bâtir des communautés, d'oeuvrer pour la cohésion sociale, pour le service public de radio-télévision. Chacun doit pouvoir trouver écho à une vision du monde dans les médias. La sape du service public mine la cohésion sociale.

La réglementation pose indéniablement problème. La régulation institutionnelle doit s'étendre, par exemple, à la télévision hybride. Les codes de bonne conduite jouent aussi un rôle. La BBC a mis au point un code de déontologie des journalistes dans les réseaux et médias sociaux. Il y est question de l'interaction entre les nouveaux médias et les médias traditionnels. Les journalistes acceptent des limitations de leur liberté : quand ils travaillent pour un média, ils n'ont pas à exprimer leurs propres opinions politiques sur leur blog personnel. Ce code est en discussion, d'autres sont en cours d'adoption ou d'élaboration dans d'autres pays.

Il est fondamental de continuer à oeuvrer en faveur de la crédibilité des médias auprès des citoyens, en s'appuyant sur des instances fiables. Plus nous nous y mettrons tôt, plus les résultats seront efficaces.

M. Thomas Hajnoczi, ambassadeur, coordinateur thématique sur la politique d'information du Comité des Ministres, représentant permanent de l'Autriche auprès du Conseil de l'Europe.

J'ouvre la discussion.

M. Michael Connarty, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Vous avez évoqué votre grand-mère, je reviens à mon petit-fils. Il a eu accès sur notre téléphone mobile à des contenus violents sur Internet. Il faisait des cauchemars. Nous lui avons interdit Internet, nous l'avons inscrit à des cours de natation et de judo, et il va mieux. Preuve de l'importance de la médiation parentale.

Oui, l'usage de Facebook est dangereux : les contenus peuvent être utilisés indéfiniment. Je ne sais pas si l'on peut faire grand-chose au niveau national ou international. Il faudrait en quelque sorte rééduquer ces personnes qui vivent une vie parallèle dans le cyberespace et souhaitant échapper à tout contrôle. Plutôt que de chercher à déterminer ce que sera l'avenir, commençons par éviter les préjudices.

Mme Gülsün Bilgehan, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

L'accès aux armes dangereuses est plus grave que l'accès aux contenus violents sur Internet. C'est un autre débat, je le sais, mais il est d'actualité...

Mme Sonja Ablinger, membre de la commission de la culture à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Oui, il existe d'autres dangers, les mineurs ne devraient pas avoir le droit d'acquérir des armes. Du temps de Gutenberg, les livres imprimés, c'était le diable, aujourd'hui, c'est l'Internet ! On ne peut remettre le génie dans sa bouteille. Internet, c'est néanmoins extraordinaire ! Des seniors sont aussi à l'aise que des jeunes sur Facebook. Les blogs permettent aux jeunes de s'exprimer de manière créative. La numérisation ouvre les champs immenses de l'accès à la connaissance. Le harcèlement n'a pas été inventé par Internet. Internet a des aspects négatifs, mais il est également productif. C'est un moyen de communication formidable. A l'école, des enfants défavorisés ont accès à des ordinateurs, c'est positif !

M. Jo Groebel, directeur scientifique de l'étude mondiale de l'Unesco (1998) sur la violence dans les médias.

J'ai continué mes recherches après 1999. Récemment, j'ai mené une enquête sur la télévision connectée. La télévision est devenue culturelle. En dépit du chaos du monde numérique, les nouveaux médias continuent de raconter et recréer le monde. Tant qu'il y a de bonnes histoires, elles continueront d'attirer les gens. Si on laisse faire, l'argent se substituera à la régulation, il faut éviter de telles dérives et aider les personnes à être socialement responsables. Mais le cauchemar d'une société de violence est sans doute exagéré : les enfants n'ont pas toujours besoin qu'on leur apprenne à être responsables.

M. Giacomo Santini, président de la commission des migrations, des réfugiés et des personnes déplacées à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Nous avons subi un bombardement de concepts, de théories de clochers et d'universitaires sur des sujets que nous vivons au quotidien et auxquels nous nous intéressons tous, en tant que parlementaires. J'ai été chroniqueur à la RAI pendant trente ans. J'ai raconté l'histoire - violente - des Brigades rouges à la télévision. En tant que commentateur sportif, j'ai été contraint de présenter des programmes de boxe, ce que je n'aimais pas, pour nourrir ma famille. Les enfants imitent la violence, c'est sûr. Les westerns spaghetti étaient des parodies de westerns : Bud Spencer ou Terence Hill tabassaient des dizaines de méchants au cours d'interminables bagarres, on peut en rire, mais, pour un enfant, c'est violent.

Le sport, les films, même parodiques, ainsi que l'information peuvent être violents. Facebook et les nouveaux canaux d'information sont libres. Toutes sortes d'arguments déontologiques ou éthiques peuvent être avancées. M. Mazzone disait qu'il fallait imposer des règles en Europe. Mais nous sommes également attachés à la liberté d'expression. Je n'ai pas entendu de solutions permettant de surmonter ces dilemmes. On pourrait y réfléchir au sein des organisations internationales.

Ne pourrait-on imaginer une réglementation partagée, universelle, pour tous ceux qui diffusent des informations et des programmes télévisuels ?

Mme Divina Frau-Meigs, Université de Paris III.

Nous devons inventer de nouvelles compétences transversales relatives aux médias et à l'information numérique, et mieux connaître les stratégies en ligne pour les utiliser. L'information est le meilleur filtre. Actuellement, les compétences numériques sont purement techniques. Elles n'incluent pas la citoyenneté, la culture de la paix, la résolution des conflits, la lutte contre les stéréotypes. Contrairement à ce que les médias américains veulent nous faire croire, les gens ne sont pas si intéressés par la violence, mais davantage par la coopération, la médiation, la paix. Au secteur public de montrer l'exemple ! A Guandalajara en 2011, les grands télédiffuseurs publics se sont dits prêts à regrouper tous leurs catalogues de programmes pour les traduire. Le contenu le plus podcasté en France est une émission de France Culture, Les chemins de la connaissance. Et pas seulement par les seniors !

On peut influer sur la qualité des médias. Si nous leurs offrons des catalogues, les jeunes podcasteront des contenus de qualité. Disney l'a fait, mais aussi la BBC.

Je ne suis pas du tout négative. Regroupons les ressources, rééquilibrons la situation en nous éloignant des préoccupations commerciales. Nous, Européens, sous-estimons les utilisateurs, jeunes ou vieux. Mes recherches m'ont appris que les jeunes peuvent utiliser les ressources publiques à leur disposition pour se protéger.

Il y a là un nouveau gisement d'emplois, on pourrait imaginer des surveillants de la toile. Nous sommes dans une phase de rupture, non de transition. Les journalistes ont raté tous les signaux : tous les journaux en ligne ont échoué, les nouveaux médias économiques aussi.

Il faut reconnaître aussi que les contenus violents, ou pornographiques, ont toujours été le moyen pour les gouvernements de limiter la liberté d'expression au nom de l'intérêt des mineurs. Politiques, si vous ne traitez pas ces questions, vous jouerez le rôle que Hollywood souhaite vous voir jouer !

M. Giacomo Mazzone, Union européenne de Radio-télévision, Grand-Saconnex, Genève.

Je reviens à la question initiale de M. Santini sur les sports violents. La perception de ce qui est acceptable évolue avec le temps. Dans les James Bond, la représentation de la violence a bien plus que doublé en cinquante ans. En Italie, la RAI a décidé de retransmettre la boxe après une certaine heure. C'est un signe que les temps ont changé. Dans les pays scandinaves, il n'y en a plus à l'antenne.

A Rome, autrefois, s'affrontaient les gladiateurs. Spectacle très violent, mais le plus populaire à l'époque. On ne le montrerait pas à la télévision aujourd'hui ! Le service public ne peut être trop en avance ni trop en retard sur l'état d'esprit des citoyens téléspectateurs, il doit être en syntonie avec eux.

Je suis un adepte tardif d'Internet. Mes enfants auront une vie meilleure grâce à lui. Mais ils courent aussi de plus grands risques s'ils n'ont pas conscience de ceux-ci. Ils ne s'attendent pas à ce qui surgira de la publicité comportementale. Ils ont grandi avec Apple, avec l'euro, mais ils pensent aussi que les gouvernements les protègeront contre toute exploitation de leurs données personnelles. Ce n'est pas possible. Et puis, souvent, ils veulent le service que propose gmail ou d'autres et sont prêts à tout accepter en échange.

Avec la télévision hybride, une partie de l'écran seulement est réglementée par la législation télévisuelle. Sur une partie de l'écran, le producteur sait ce que vous regardez, quand vous zappez, mais les informations transmises aux diffuseurs, en Europe, ne pourront être utilisées, le consommateur est protégé. Pendant ce temps, sur l'autre moitié de l'écran, les mêmes informations seront stockées et exploitées, elles serviront à construire votre profil. La numérisation du monde bouleverse tous les paradigmes. Le contrat social doit être repensé.

M. Thomas Hajnoczi, ambassadeur, coordinateur thématique sur la politique d'information du Comité des Ministres, représentant permanent de l'Autriche auprès du Conseil de l'Europe.

Merci. Le Conseil de l'Europe s'est saisi de la question de l'éducation aux médias. Grâce à une initiative de la société civile et à l'expertise de Mme Frau-Meigs, nous avons progressé.

La plupart des jeunes ne connaissent pas leurs droits. Personne, avant d'ouvrir un compte Facebook, ne lit les 21 pages de contrat en petits caractères rédigés par de très bons juristes américains.

Un groupe d'experts a été chargé par le Comité des ministres d'étudier ces questions. Il organisera les rencontres en ligne. Si cela aboutit, si l'on arrive à élaborer quelque chose, ce sera d'une grande aide.