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La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes

27 juin 2013 : La place des femmes dans l'art et la culture : le temps est venu de passer aux actes ( rapport d'information )
2. Responsabiliser l'ensemble des acteurs, publics et privés

La délégation adhère totalement à la démarche de coresponsabilité engagée en octobre 2010 avec les principaux médias, sous l'impulsion de la Commission de réflexion sur l'image des femmes dans les médias, et qui s'est concrétisée par la signature, le 13 octobre 2010, d'un acte d'engagement tripartite par lequel les médias s'engagent, dans un premier temps, à favoriser l'intervention de femmes expertes dans leurs émissions ou articles.

Nous souhaitons que cet acte d'engagement soit enrichi et élargi à l'ensemble du secteur culturel. Il pourrait prendre la forme d'une « charte pour l'égalité », déjà demandée par Reine Prat en 2009, par laquelle les acteurs culturels signataires s'engageraient à :

 exercer une vigilance sur les stéréotypes véhiculés dans leurs productions ;

 favoriser la production des femmes, en respectant au moins un tiers d'oeuvres, d'articles, d'émissions, etc. réalisés par des femmes ;

 veiller à une représentativité équilibrée des femmes dans leurs organigrammes.

C'est l'objet de notre septième recommandation.

Elle répond au souhait exprimé par May Bouhada, présidente de l'association H/F Ile-de-France, lors de la table ronde publique précitée, qui demandait une extension des « saisons égalité » du spectacle vivant à l'ensemble des industries culturelles.

En effet, la première « saison égalité » (saison 1 « égalité hommes-femmes dans le spectacle vivant »), lancée le 10 octobre 2011 par l'association H/F Rhône-Alpes, dans la région lyonnaise, demandait à chaque structure partenaire de s'engager à interroger ses pratiques en termes de gouvernance (constitution d'équipes, politique de recrutement, égal accès aux postes de responsabilité, etc.), de diffusion (équilibre des programmations de textes et des mises en scène) et de production (moyens de coproduction et résidence).

La « charte pour l'égalité », généralisée à l'ensemble du secteur culturel, poursuivrait les mêmes objectifs.

« Avec la constitution de viviers, nous abordons-là la vraie question », disait Hortense Archambault, le 25 avril 2013. Et, en effet, la monopolisation par les hommes des postes de responsabilité, comme des directions des plateaux de théâtre, des équipes de réalisation de films, des écrans de télévision, des prix littéraires comme cinématographiques ou des grandes compétitions d'architectes, passe par la mobilisation et l'alimentation de puissants réseaux dont sont exclues les femmes.

Certaines initiatives ont déjà eu lieu, comme dans le cinéma. Ainsi, Bérénice Vincent46(*) nous disait avoir créé un réseau de femmes de l'industrie et de la création car les processus d'identification et la visibilité sont essentiels pour faire bouger les choses.

La constitution de ces « viviers » d'expertes - pour les médias - d'auteures et de metteuses en scène - pour le théâtre - de scénaristes et de réalisatrices - pour le cinéma - et de plasticiennes relève de la responsabilité :

 des intéressées elles-mêmes : dans un milieu où la compétition est forte et où un projet en évince un autre, la solidarité entre les artistes est une notion difficile à faire intégrer. A ceci s'ajoute ce que certains de nos interlocuteurs ont nommé le « syndrome de Stockholm » qui conduit les femmes à s'autocensurer quand tout repose sur des processus de sélection où la confiance en soi est essentielle, chacun étant amené à « vendre » son sujet. Les réseaux de femmes sont alors une nécessité vitale pour amener les femmes à « oser », soutenir celles qui échouent et accompagner celles qui réussissent ;

 des institutions d'autre part qui doivent s'engager à encourager et à se servir de ces réseaux pour garantir une représentativité équilibrée dans leurs programmes. Cela suppose une volonté affirmée des décideurs et des programmateurs qui sera d'autant plus forte s'ils sont aussi représentés par ... des femmes !

C'est le sens de la huitième recommandation.


* 46 Bérénice Vincent entendue par la délégation en tant que représentante de l'association « Le deuxième regard » lors de l'audition précitée.