Allez au contenu, Allez à la navigation

Histoires Mémoires Croisées "Des champs de bataille aux réécritures de l'Histoire coloniale" - Rencontre du 8 juillet 2014

9 juillet 2014 : Histoires Mémoires Croisées "Des champs de bataille aux réécritures de l'Histoire coloniale" - Rencontre du 8 juillet 2014 ( rapport d'information )

2. Présentation de la rencontre

2.1. M. PASCAL BLANCHARD, HISTORIEN, CHERCHEUR AU LABORATOIRE COMMUNICATION ET POLITIQUE (CNRS), CO-DIRECTEUR DU GROUPE DE RECHERCHE ACHAC. COORDONNATEUR SCIENTIFIQUE DE LA RENCONTRE.

Bienvenue à tous. Merci Monsieur le sénateur d'avoir situé et mis en perspective le sujet de cette journée à travers quelques chiffres et éléments de contexte.

Dans le cadre de l'organisation de cette journée, un dialogue a été mené avec nos partenaires tels que le ministère de la Défense et celui des Anciens combattants avec son ministre Monsieur Kader Arif, mais aussi des institutions comme l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (Acsé), pour chercher la meilleure manière de penser ces présences des quatre coins du monde dans les différents conflits en France. Une des manières d'y répondre a été ces trois expositions, sur les présences étrangères, ultramarines et coloniales dans l'armée française et les troupes alliées, une autre est cette série de 50 films pour France télévisions, une troisième est cette série de rencontres, dont celle d'aujourd'hui (après les Invalides au mois de juin) est un des moments forts. Notre objectif est d'accompagner pendant quatre ans (2014-2018) en France, dans les départements ultramarins et à l'étranger ces récits croisés pour les partager avec le plus grand nombre. Pour mener à bien ce moment d'échanges et de savoir, le Groupe de recherche Achac a souhaité inviter des spécialistes et des porteurs d'expériences d'origines très diverses. Pour guider les débats nous avons retenu l'idée de rassembler ces intervenants en deux tables rondes. 

La première table ronde exposera l'enjeu de l'histoire et les impacts sociaux, politiques et culturels de ces présences qui dépassent le fait militaire. Elles ont marqué l'histoire coloniale française.

La deuxième sera liée aux héritages et aux mémoires de ces présences.

La télévision française a consacré trop peu de place à ce million et demi de combattants venus en France et en Europe pour les différents conflits dans le cadre de ses programmes consacrés à la commémoration des deux grands conflits mondiaux. À la suite de ce constat, un programme de films courts, 50 au total diffusés pendant un an de mai 2014 à juin 2015, sera diffusé sur France télévisions chaque semaine. Ces films sont accessibles en ligne à l'adresse suivante : www.seriefreresdarmes.com et peuvent être téléchargés par les enseignants. Les films de la série Frères d'armes consacrés à cette question des présences diverses venues des quatre coins du monde, permettent de découvrir une histoire sur le temps long, deux siècles. Ils ont été réalisés par Rachid Bouchareb, écrits par des historiens sous ma conduite et fortement soutenus par le ministre Kader Arif. Ces films permettent d'illustrer la Première ou la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du travail en classe, mais aussi chaque semaine de découvrir un combattant au destin singulier, incroyable ou tragique, pour enfin donner des noms à ceux qui jusqu'alors n'étaient que des ombres de notre histoire. Il s'est alors agi de sortir du cadre habituel qui évoquait les tirailleurs sénégalais, les combattants des outre-mer, ceux du Maghreb (les Goumiers) et ceux des Antilles. Nous croisons désormais l'histoire collective et le récit individuel, dans une dimension monde, pour bâtir un autre récit de ces présences sur le sol de France, de l'expédition d'Égypte (avec les Mamelouks) jusqu'aux présences actuelles. Nous avons choisi de raconter l'histoire d'individus clairement identifiés dont les noms et les prénoms sont mentionnés, pour marquer le présent, et aussi construire un récit pour demain. Ainsi, nous pouvons rendre compte d'une histoire non seulement collective, mais aussi individuelle grâce aux combattants de ces deux guerres. C'est une histoire de France, mais aussi une histoire monde en France. 

Nous sommes partis du constat que dans notre histoire collective et notre écriture actuelle de l'histoire, il existait un déficit de reconnaissance individuelle et collective de ces présences, uniquement vues à travers un patriotisme sans questionnement ou un destin sans engagement individuel. Nous le savons, l'histoire est plus complexe. Ces hommes ou ces femmes, ces héros ou non-héros, ces combattants de métier, d'infortune ou de fortune ont choisi de répondre à l'appel de la France -- certaines fois contraints et forcés -- et de s'engager pour des idéaux de liberté et de résistance au fascisme. Leur choix a donc été d'abord individuel : c'est pourquoi nous devons leur donner un nom afin qu'ils puissent être des référents pour ceux qui portent un regard sur l'histoire de France et afin que ceux-ci se reconnaissent dans cette histoire et découvrent que Roland Garros, par exemple, n'est pas qu'un tennisman, que Bakary Diallo éclaire une histoire autrement à travers son récit et qu'Addi Bâ fut un résistant au destin tragique. On découvre un autre récit autour de Senghor, de Joséphine Baker, de l'aviateur Do Huu Vi ou de ces hommes et ces femmes venus des Antilles, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie, du Sénégal ou des Indes.... Ce récit nous fait comprendre que ces conflits furent aussi des moments de métissage sans équivalent, qui vont modifier en profondeur les époques qui suivent, dans les années 20 ou après 1945. 

Afin de construire une mémoire collective, il convient d'abord de commencer par le récit historique. Nous devons également nous demander comment nous pouvons transmettre ces histoires du passé au présent, « fabriquer des mémoires » ensemble et réécrire en commun cette histoire de France. Pour répondre à ces questions, il convient de donner la parole aux « passeurs de savoirs », c'est à eux de prendre la parole maintenant.