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Réussir le cluster de Paris-Saclay

23 mai 2016 : Réussir le cluster de Paris-Saclay ( rapport d'information )

DEUXIÈME PARTIE : CONFORTER L'ÉMERGENCE DE L'UNIVERSITÉ PARIS-SACLAY COMME UN ACTEUR MONDIAL INTÉGRÉ DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, DE LA RECHERCHE ET DE L'INNOVATION

I. L'UNIVERSITÉ PARIS-SACLAY, UNIVERSITÉ FRANÇAISE DE RANG MONDIAL EN DEVENIR

A. UNE CONCENTRATION EXCEPTIONNELLE D'UNIVERSITÉS, DE GRANDES ÉCOLES, D'ORGANISMES DE RECHERCHE ET DE GRANDS ÉQUIPEMENTS JUSQUE LÀ TROP DISPERSÉS

1. Le premier ensemble d'universités, grandes écoles et organismes de recherche de France

Ainsi qu'il a été rappelé supra, un nombre croissant d'organismes de recherche, de grandes écoles et d'universités ont fait le choix de venir s'installer sur le plateau de Saclay, à même de leur fournir les emprises foncières dont ils avaient besoin pour accueillir étudiants, chercheurs et enseignants-chercheurs.

En 2016, sont ainsi présents sur le plateau les universités de Paris-Sud et de Saint-Quentin-en Yvelines, de nombreuses grandes écoles parmi lesquelles l'École polytechnique, Centrale-Supélec ou HEC et certains des organismes de recherche les plus prestigieux de notre pays comme le CEA ou le CNRS (voir Annexe II).

Pour autant, en dépit de leur présence commune à Saclay et des remarquables travaux scientifiques et technologiques qu'ils ont mené au cours des années, force est de constater que les partenariats et synergies entre ces différents établissements tous dotés d'une forte identité et d'une grande autonomie sont demeurés pour l'heure insuffisants.

Quelques exemples de découvertes scientifiques marquantes
réalisées sur le plateau de Saclay

1982 : Pierre Potier, directeur de l'Institut de chimie des substances naturelles du CNRS à Gif-sur-Yvette, isole le taxol à partir des feuilles de l'if, ce qui permet de synthétiser le Taxotère, anticancéreux majeur ;

1982 : les expériences menées par Alain Aspect à l'institut d'optique (aujourd'hui IOGS) à Orsay permettent de démontrer la réalité de l'intrication quantique, ouvrant la voie à la seconde révolution quantique ;

1988 : Albert Fert, directeur du laboratoire mixte de recherche CNRS/Thalès et futur Prix Nobel en 2007, révolutionne le stockage des données grâce à la magnétorésistance géante (GMR) utilisée dans les disques durs, application phare de la spintronique ;

2002 : Jean Jouzel reçoit la médaille d'or du CNRS pour son travail sur les glaces polaires et la paléoclimatologie ;

2012 : Patrick Couvreur, académicien, professeur au Collège de France, professeur de pharmacotechnie et biopharmacie à l'Université de Paris-Sud conçoit les premiers « nanomédicaments », nouveau système d'administration et de vectorisation de médicaments personnalisés ;

2013 : les travaux des Prix Nobel de Physique François Englert (professeur à l'Université libre de Bruxelles) et Peter W. Higgs (professeur à l'Université d'Edimbourg) confirment l'existence du boson de Higgs. Les expériences menées par les équipes du laboratoire de l'accélérateur linaire (LAL) du CEA, du CNRS et de l'université Paris-Sud, ont joué un rôle crucial dans cette découverte ;

2015 : détection des ondes gravitationnelles - dont l'existence avait été prédite par Albert Einstein, il y a un siècle - par les observatoires américains LIGO, en collaboration avec le détecteur franco-italien Virgo, auquel sont associés six laboratoires du CNRS, dont l'accélérateur linaire (LAL) du CEA, du CNRS et de l'université Paris-Sud.

Source : établissement public d'aménagement Paris-Saclay (EPAPS) et commission des finances du Sénat

Or, dans l'économie de la connaissance, c'est bien la mutualisation des travaux scientifiques et la promotion de l'interdisciplinarité qui peuvent permettre de donner naissance aux innovations de rupture porteuses de croissance et d'emplois.

C'est pourquoi la simple juxtaposition d'établissements - aussi prestigieux soient-ils pris isolément - ne saurait suffire à constituer la matrice d'un cluster de rayonnement mondial13(*).

Le déménagement de cinq grandes écoles sur le plateau de Saclay (l'ENSTA ParisTech, l'école Centrale, l'ENS Cachan, AgroParisTech, l'ENSAE et l'Institut Mines-Telecom) et la constitution du pôle Biologie-Pharmacie-Chimie (BPC) de l'université Paris-Sud sont indispensables pour fournir la masse critique qui permettra de rivaliser avec les plus grands clusters mondiaux. Mais c'est par la constitution d'un ensemble intégré, qui multiplie les interactions entre ses membres, que les acteurs de Paris-Saclay pourront espérer devenir un jour - collectivement - ce que Stanford est à la Silicon Valley.

2. De grands équipements qui ont peu d'équivalents en France et en Europe

En raison de sa riche histoire scientifique et technologique, le plateau de Saclay concentre sur un espace relativement restreint de nombreux équipements de pointe et des infrastructures de niveau international, qui permettent de mener des travaux de recherche à la frontière des savoirs : grands lasers pétawatt (Ile, Eli), calculateurs pétaflopiques (Prace), imagerie du cerveau par résonnance magnétique ultra-puissante (Neurospin), synchrotron (Soleil) ou bien encore réacteur à neutrons (Orphee).

Le synchrotron Soleil

Un synchrotron est une infrastructure dans laquelle on imprime à des électrons une trajectoire circulaire grâce à des aimants. L'accélération provoquée par la courbure de la trajectoire génère un rayonnement, dit « rayonnement synchrotron ». L'interaction de ces photons avec les objets qu'étudient les chercheurs agit comme une sonde de la matière et est utilisée dans des disciplines telles que la physique, la chimie et la biologie mais aussi l'archéologie ou bien encore les sciences de la terre.

La décision de création et d'implantation sur le plateau de Saclay de Soleil (Source optimisée de lumière d'énergie intermédiaire du LURE), synchrotron de troisième génération, a été prise par le Premier ministre en 2000. Sa construction par une société conjointe du CNRS et du CEA a été financée à 54 % par la région Île-de-France, à 12 % par le département de l'Essonne et à 2 % par la région Centre. Inauguré en 2006, il a accueilli ses premiers utilisateurs en 2008.

Source : établissement public d'aménagement Paris-Saclay (EPAPS)

Neurospin

Grande infrastructure de recherche sur le cerveau, localisée depuis 2007 au CEA, Neurospin exploite des instruments d'imagerie par résonnance magnétique (IRM) qui révolutionnent l'imagerie du cerveau et permettent aux scientifiques de mieux comprendre le fonctionnement d'un cerveau normal ou pathologique, avant ou après traitement.

Depuis 2016, Neurospin est doté d'un aimant de 11,7 teslas, unique au monde par sa conception, son intensité et sa taille, conçu par le CEA.

Au carrefour de la physique et de la biologie, de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, Neurospin mène des travaux dont les retombées devraient être majeures tant du point de vue scientifique qu'économique.

Source : commission des finances du Sénat

Grâce à ces équipements, les chercheurs des établissements membres de Paris-Saclay mais également les chercheurs issus des centres de recherche et développement des entreprises privées présents sur le plateau peuvent participer à de grands programmes de recherche internationaux tels que ceux qui concernent les accélérateurs de particules (LHC), les lasers à électron libre (XFEL), les faisceaux intenses d'ions lourds (GANIL), les satellites de recherche fondamentale (HERSCHEL, EUCLID), les tokamaks pour la fusion magnétique contrôlée, le grand programme européen de calculateur exaflopique, le rover martien CURIOSITY en partenariat avec la NASA américaine, etc.


* 13 Un cluster naît moins du regroupement géographique d'établissements que d'un désir commun de partager un projet.