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Réussir le cluster de Paris-Saclay

23 mai 2016 : Réussir le cluster de Paris-Saclay ( rapport d'information )

B. SI LA SILICON VALLEY CONSTITUE LA RÉFÉRENCE INCONTOURNABLE, DE NOMBREUX AUTRES CLUSTERS SONT EN TRAIN D'ÉMERGER DANS LE MONDE GRÂCE AU SOUTIEN DES POUVOIRS PUBLICS

1. La Silicon Valley, référence mondiale des clusters et fruit d'un dynamisme entrepreneurial sans équivalent

La Silicon Valley (« vallée du silicium ») constitue la référence mondiale en termes de cluster. Son produit intérieur brut (PIB) est équivalent à celui d'un pays comme le Chili.

Elle désigne la zone située autour de la vallée de Santa Clara, au sud de la baie de San Francisco, en Californie. Mais le terme tend à désigner l'ensemble du cluster high tech qui s'étend sur le pourtour de la baie de San Francisco.

Si l'université de Stanford, fondée en 1891, en est le pôle principal, l'université de Berkeley, située sur la côte nord-est de la baie de San Francisco, lui est également étroitement associée.

Alors que la Silicon Valley peut à bien des égards apparaître comme l'archétype du cluster entrepreneurial peu subventionné par les pouvoirs publics et uniquement régi par une dynamique « bottom-up » endogène3(*), il convient de rappeler qu'il a bénéficié dans ses premières décennies d'investissements massifs pilotés ou encouragés par l'État fédéral américain qui entendait développer la côte ouest des États-Unis, avec notamment de lourds investissements en matière de défense (base militaire aéronavale de Sunnydale, installation du fournisseur de l'armée Lockheed, création du Stanford Industrial Park dédié à la production de matériel militaire de haute technologie, etc.) : les pouvoirs publics ont donc bien un rôle décisif à jouer dans la création et la croissance des clusters.

Particulièrement puissante dans les domaines de l'informatique et des nouvelles technologies de l'information et de la communication (elle est le berceau d'entreprises au rayonnement mondial telles que Hewlett-Packard, Intel, Sun Microsystems, Apple, Google ou bien encore Facebook), la Silicon Valley s'est considérablement diversifiée ces dernières années, notamment dans les biotechnologies et les énergies renouvelables.

En 2011 la Silicon Valley regroupait 41 % des fonds de capital-risque (« venture capital ») américains, ce qui permet de prendre la mesure de sa force de frappe financière exceptionnelle en faveur de l'innovation.

2. La Route 128 de Boston, un cluster disposant d'un réseau d'universités de rang mondial exceptionnellement dense

Le cluster dit de la Route 128 a pour centre Boston, troisième ville des États-Unis pour le niveau de formation de sa population derrière San Francisco et Washington. Elle rassemble deux des plus célèbres universités américaines, l'université de Harvard et le Massachussets Institute of Technology (MIT) mais également six autres universités telles que le Boston College ou la Boston University, qui bénéficient de campus bien reliés au centre-ville.

Si le cluster est relativement généraliste, il comporte plusieurs fortes spécialisations notamment dans les secteurs des biotechnologies, de l'industrie pharmaceutique (Millennium Pharmaceuticals, Millipore Corporation, Biogen Idec), médicale (Boston Scientific) et informatique (DEC, Data General), bien que ce secteur ait perdu beaucoup de terrain suite à la montée en puissance de la Silicon Valley.

Le cluster de la Route 128 se distingue de la Silicon Valley sur un point majeur : la place de la recherche fondamentale y est plus importante, en lien avec le poids des fonds publics dans le financement de ses grandes institutions d'enseignement et de recherche, ce qui induit un modèle moins tourné vers l'entreprenariat, même si des initiatives relativement récentes telles que le MIT MediaLab, la Harvard Business School ou le Harvard Innovation Lab devraient lui permettre, eu égard à son énorme potentiel, de combler son retard dans les années à venir.

3. Cambridge, le Silicon Fen, principal cluster européen

Depuis les années 1970, la création du Cambridge Science Park par le Trinity College de l'université de Cambridge, institution séculaire mondialement réputée pour ses travaux en matière de recherche fondamentale, a favorisé l'installation de nombreuses entreprises technologiques (Toshiba, Microsoft, Unilever, Rolls Royce), incubateurs et pépinières de start-up à proximité de l'université.

Aujourd'hui, plusieurs milliers d'entreprises sont présentes sur le site, dont plus d'un millier dans le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC), d'où le surnom de Silicon Fen4(*) parfois donné au cluster de Cambridge.

4. Une très grande diversité de clusters dans le monde, qui se caractérisent par un soutien plus ou moins fort des pouvoirs publics

Conscients que l'émergence de clusters constitue un atout considérable pour leur économie, de plus en plus de pays ont mis en place des stratégies parfois très volontaristes pour la favoriser.

En Europe, Munich accueille ainsi l'un des principaux clusters dans le domaine des biotechnologies, à l'instar de celui de Zurich également tourné vers les sciences de la vie tandis que Kista à Stockholm se consacre avant tout au secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC). Chacun de ces trois clusters européens bénéficie d'un très fort appui des pouvoirs publics, qui ont souvent donné l'impulsion décisive pour permettre leur création et les accompagnent dans les différentes phases de leur croissance et de leur maturation.

Ailleurs dans le monde, sont souvent cités les clusters de la Silicon Wadi à Haïfa et Tel Aviv, de Tukuba à Tokyo, de Tsinhua à Pékin ou bien encore ceux de Singapour et de Bangalore.


* 3 C'est-à-dire des initiatives prises par des entrepreneurs sur le terrain (« bottom ») et non suscitées par les pouvoirs publics (« up »).

* 4 Le « fen » est une sorte de marais présent dans la région de Cambridge.