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Demain les robots : vers une transformation des emplois de service

28 novembre 2019 : Demain les robots : vers une transformation des emplois de service ( rapport d'information )

II. L'IMPACT DE LA ROBOTISATION SUR LES EMPLOIS DE SERVICE EST INCERTAIN MAIS POTENTIELLEMENT MASSIF

A. UN IMPACT QUANTITATIF SUR L'EMPLOI INDÉNIABLE MAIS INCALCULABLE

1. Des estimations très variables des pertes d'emploi liées à l'automatisation
a) Des incertitudes sur le volume des emplois détruits par l'automatisation

La perspective de la fin du travail est agitée régulièrement, tantôt comme une perspective salvatrice permettant de s'émanciper des contraintes de la vie professionnelle, tantôt sous la forme du spectre du chômage technologique de masse.

L'ouvrage « La fin du travail » de l'économiste Jeremy Rifkin, paru en 1995, prophétisait déjà la fin du travail tel que nous le connaissions alors, appelé selon lui à être de plus en plus automatisé. En 2013, les chercheurs à l'Université d'Oxford Carl Frey et Michael Osborne ont publié une étude très commentée portant sur 700 types d'emplois et 70 métiers et cherchant à évaluer pour chacun d'entre eux la probabilité d'automatisation. Cette étude concluait que 47 % des emplois américains étaient menacés par l'automatisation à une échéance de 20 années. Cette étude distinguait tâches manuelles et tâches cognitives d'une part et tâches routinières et non routinières d'autre part. Appliquant la même méthode, une étude de 1994 du cabinet Roland Berger avait estimé que 42 % des métiers présentaient en France un risque d'automatisation forte du fait de la digitalisation de l'économie, laissant craindre la destruction de 3 millions d'emplois en 20 ans. Les principaux métiers considérés comme automatisables relevaient du secteur des services et représentent un très grand nombre d'emplois : ainsi Frey et Osborne estimaient probable la suppression aux Etats-Unis, du fait de l'automatisation, de plus de 4 millions d'emplois de vendeurs, 3,3 millions d'emplois de caissiers et billettistes, 2,8 millions d'employés de bureau, 2,2 millions d'emplois de serveurs, 2 millions d'emplois de manutentionnaires, 1,5 million de conducteurs de poids lourds, 1 million de cadres comptables et 1,5 million d'assistants comptables.

Des travaux plus récents conduits par les chercheurs Melanie Arntz, Terry Gregory et Ulrich Zierahn estiment que l'approche par métiers de Frey et Osborne ne prend pas en compte l'hétérogénéité des tâches accomplies par les salariés, certaines étant en réalité peu automatisables. Cette étude revoit considérablement à la baisse le chiffre de presque 50 % des emplois risquant de disparaître avec l'automatisation. Elle estime qu'environ 9 % des emplois pourraient disparaître dans l'OCDE du fait de la robotisation et l'adoption d'outils d'IA remplaçant le travail humain. Une autre étude de France Stratégie publiée en juillet 201624(*) estime pour la France que le nombre d'emplois facilement automatisables à l'horizon 2025 serait d'environ 3,5 millions soit 15 % de l'emploi total, tandis que ceux qui ne sont pas du tout automatisables s'élèvent à plus de 9 millions. Cette étude considère comme non automatisables les emplois pour lesquels les salariés doivent répondre immédiatement à une demande extérieure et pour lesquels ils ne doivent pas appliquer strictement des consignes pour réaliser leur travail correctement. Ces deux critères permettent de repérer ce qui est automatisable et ce qui ne l'est pas. Dans son dernier rapport sur les perspectives de l'emploi publié en avril 201925(*) et intitulé « L'avenir du travail »26(*), l'OCDE tend à retenir cet ordre de grandeur. Dans le deuxième chapitre de cet ouvrage, l'OCDE affirme que, selon ses estimations « seulement 14 %des emplois existants présentent un risque de complète automatisation, et non pas près de 50 % comme le suggèrent d'autres recherches ». En France, 16 % des emplois seraient exposés à un risque élevé d'automatisation (avec une probabilité d'automatisation de l'emploi supérieure à 70 %). L'OCDE évalue aussi à environ un tiers des emplois la proportion qui pourrait être concernée par des changements profonds du fait de l'automatisation de nombreuses tâches, mais ces changements ne mèneraient pas mécaniquement à des destructions d'emplois.

b) Une quantification difficile à établir

Comme le notait Cédric Villani dans son rapport précité sur l'intelligence artificielle, il est difficile d'établir des critères précis pour qualifier une tâche d'automatisable. La diversité des résultats des études de chercheurs sur les pertes d'emploi générées par cette nouvelle étape du progrès technique s'explique par des choix de modélisation très différents. Le Conseil d'orientation pour l'emploi (COE) a réalisé un travail très approfondi pour clarifier les impacts de l'automatisation sur l'emploi en France. Le tome 1 de ce rapport, publié en janvier 2017, propose de définir un indice d'automatisation associé à chaque emploi pour comparer le degré d'exposition des emplois à l'automatisation.

Pour le COE, quatre critères principaux sont utilisés pour déterminer le caractère automatisable d'une tâche, qu'elle soit exercée dans le cadre d'une manufacture (industrie, agriculture) ou dans les services :

l'absence de flexibilité : elle est caractérisée lorsque le rythme de travail est imposé par des normes de production, des contraintes techniques, la cadence automatique d'une machine ou encore lorsque le travail consiste à répéter continuellement une série de gestes ou d'opérations.

l'absence de capacité d'adaptation du salarié : elle est repérable lorsque la tâche du salarié est d'appliquer strictement des consignes ou lorsque le salarié ne peut pas interrompre une tâche sans se faire remplacer.

l'absence de capacité à résoudre des problèmes : elle consiste lorsqu'un imprévu survient à devoir en référer systématiquement à un supérieur.

- enfin, l'absence d'interactions sociales se manifeste par l'absence de contact ou uniquement un contact routinier avec le public et par un rythme de travail qui n'est pas imposé par un client ou le public, obligeant à une réponse immédiate.

Lorsque ces quatre critères sont réunis, le COE considère que l'indice d'automatisation est élevé. Les agents d'entretien, aides à domicile et aides ménagères, les ouvriers manutentionnaires, certains ouvriers qualifiés ou non qualifiés, mais aussi des conducteurs de véhicules, des caissiers et employés de services divers peuvent être concernés. Le COE conclut lui aussi que moins de 10 % des emplois ont un indice d'automatisation élevé mais estime qu'environ la moitié des salariés devra voir le contenu de son travail évoluer pour ne pas que leur travail soit considéré comme automatisable.

En situation réelle, la substitution des machines à l'homme n'est pas non plus systématique : en d'autres termes, ce n'est pas parce qu'une tâche est automatisable qu'elle sera automatisée. D'autres critères que la technologie entrent en ligne de compte, comme l'acceptabilité sociale. Ceci peut expliquer d'ailleurs pourquoi certains pays ont conservé le métier de pompiste dans les stations-service alors qu'il existe depuis longtemps des automates de distribution de carburants capables de gérer les opérations de distribution du carburant du début à la fin.

Dans son rapport précité sur l'avenir de l'emploi, l'OCDE souligne qu'il n'existe pas de « déterminisme technologique ». L'OCDE indique que « le fait qu'une technologie existe n'implique pas nécessairement qu'elle se diffuse et change la manière dont les gens vivent et plus spécifiquement travaillent. En fait, on observe des preuves révélant que la diffusion des technologies est très hétérogène selon les pays, secteurs et entreprises ». Les facteurs économiques jouent aussi : les pays à faible coût de main d'oeuvre ont une pression économique à l'automatisation des tâches plus faibles que les pays qui manquent de main d'oeuvre.

c) L'exemple de l'industrie

L'industrie française ne cesse de voir son poids dans le PIB et dans l'emploi global se réduire : alors que l'industrie manufacturière représentait encore en 1990 17 % du PIB, cette part est tombée à 10 % au début des années 2010 (12 % lorsque l'on prend en compte l'ensemble de l'industrie)27(*). L'emploi industriel ne représente plus que 2,8 millions de salariés, soit une baisse de plus de 500 000 entre le milieu de la décennie 2000 et le milieu de la décennie 2010. La part de l'industrie en Europe a globalement baissé mais pas de manière aussi spectaculaire, et représente encore plus de 20 % du PIB européen et à peu près la même proportion d'emplois.

Il y a plusieurs explications à la destruction d'emplois industriels : la délocalisation a joué en France un rôle majeur. L'externalisation de certaines opérations par les entreprises industrielles (nettoyage, maintenance) porte également une part de responsabilité. Mais la mécanisation, la robotisation, et le transfert de tâches d'ouvriers vers des machines sont aussi des réalités fortes dans le monde industriel.

L'industrie se prête bien à l'automatisation, avec la perspective d'usines totalement robotisées, n'employant que quelques personnes dans des activités de maintenance ou de supervision. Or, les emplois industriels existent encore, en France, comme dans les pays ayant su conserver ou développer une activité industrielle plus forte. La Corée du Sud, pays le plus robotisé du monde, qui a fait des investissements massifs dans des robots depuis 10 ans, voit la part de l'emploi industriel rester stable depuis 20 ans aux alentours de 25 % de l'emploi total du pays.

L'observation « micro-économique » du remplacement d'hommes par des machines dans des usines ne peut donc pas être extrapolée à l'échelle globale et conduire à condamner l'avenir des emplois industriels. Plutôt que de disparaître, ceux-ci sont probablement appelés à se transformer, à se réinventer.

Il faut cependant être conscient que le secteur industriel est celui le plus susceptible de voir des emplois détruits par l'automatisation, du fait de la nature très normée et répétitive de l'activité industrielle. Une étude de mars 2017 de deux chercheurs du National Bureau of Economic Research des États-Unis, Daron Acemoglu et Pascual Restrepo28(*) estimait ainsi que l'installation de robots dans l'industrie américaine entre 1990 et 2007 avait conduit à des diminutions du taux d'emploi de la population sur les marchés du travail locaux de 0,18 à 0,34 point de pourcentage chaque fois qu'on augmentait le nombre de robots de 1 pour 1 000 travailleurs et à une diminution des salaires de 0,25 à 0,50 point de pourcentage.

2. L'impossibilité de calculer un solde net d'emplois gagnés et perdus
a) L'automatisation, un destructeur mais aussi un créateur d'emplois

Si l'automatisation transfère indéniablement des tâches des hommes aux machines, et supprime en conséquence des emplois, l'évaluation de ces suppressions brutes est aujourd'hui imprécise et les économistes estiment aussi que l'adoption de nouvelles technologies crée de l'emploi, selon des mécanismes multiples.

L'histoire économique l'a montré : le progrès technique n'a pas supprimé l'emploi. Il n'y a jamais eu autant de personnes au travail qu'aujourd'hui. Le taux d'emploi des 15-64 ans, selon les chiffres de l'OCDE, n'a cessé de croître sur les trois dernières décennies dans les principaux pays du monde, dans une période qui n'a pas été marquée par une stagnation des technologies. La digitalisation, la numérisation de l'économie ne sont donc pas au plan macro-économique la cause d'un sous-emploi massif.

La nature des innovations techniques mises en oeuvre peut avoir un impact très variable sur l'emploi. Ainsi, le rapport du COE précité, s'appuyant sur les travaux du chercheur Marco Vivarelli publiés en 2015, distingue deux types d'innovations : l'innovation de procédé, qui correspond à l'introduction de nouvelles techniques de production et de distribution, avec notamment l'objectif d'accroître la productivité, et l'innovation de produit, qui porte davantage sur l'objet final fabriqué ou le service fourni par l'entreprise. Les innovations de procédé sont les plus susceptibles de détruire directement des emplois, puisqu'elles répondent à l'impératif d'améliorer l'efficacité et de baisser les coûts de production alors que les innovations de produits peuvent au contraire en créer car elles font émerger de nouveaux besoins et de nouveaux débouchés.

Le rapport 2019 sur l'emploi de l'OCDE précité identifie trois mécanismes par lesquels le progrès technologique peut s'accompagner de créations nettes d'emplois :

- D'abord, le progrès technologique peut créer plus d'emploi qu'il n'en détruit au sein d'une même activité, en permettant un élargissement du marché : cela a été le cas pour l'automobile pendant des décennies, et le rapport de l'OCDE illustre ce phénomène en citant les services de mise en relation directe entre clients et chauffeurs VTC : si l'automatisation de la mise en relation à travers des applications comme UBER a pu détruire des emplois, la balance globale est considérée comme positive car l'arrivée de ce nouveau service a dopé la consommation de courses.

- Ensuite, les économistes indiquent que l'automatisation réussie, entraînant baisse des coûts et hausses de productivité dans une industrie, conduit à des baisses de prix qui libèrent des ressources de leurs clients pour d'autres achats, menant à une hausse de l'emploi dans les secteurs bénéficiant de cette hausse de pouvoir d'achat par élargissement de leurs propres marchés.

- Enfin, l'OCDE note que l'automatisation d'une entreprise est susceptible de faire baisser les coûts de production de ses entreprises clientes et donc d'améliorer leur capacité à embaucher, bénéficiant en partie de cette meilleure performance globale permise par la technologie utilisée par d'autres qu'eux.

Notons aussi que la technologie crée elle-même des emplois nouveaux. C'est ce qu'exprimait le secrétaire d'État Cédric O lors du débat du 2 octobre 2019 au Sénat sur l'IA, précisant que le secteur du numérique, qui regroupe 80 000 emplois aujourd'hui en France, devrait représenter 220 000 emplois en 2022 et qu'il y aurait 900 000 emplois d'ingénieurs à pourvoir dans l'Union européenne à cette échéance.

Cependant, comme le rapport de l'OCDE le note lui-même, il n'y a pas de phénomène automatique de vases communicants entre emplois perdus par l'automatisation et emplois dans le secteur numérique, car les compétences exigées dans les emplois qui vont connaître une automatisation et celles requises dans les emplois liés à l'utilisation de robots (techniciens, ingénieurs) sont très différentes. Une reconversion des personnels pénalisés par la révolution robotique dans les nouveaux emplois de l'économie numérique n'est donc pas aisée. Par ailleurs, les difficultés de reconversion ne sont pas réparties équitablement entre territoires à l'intérieur d'un pays et plus encore entre pays, ou entre groupes socio-démographiques. Une analyse fine est donc indispensable pour caractériser les effets réels de l'automatisation sur l'emploi.

b) Des effets à long terme plutôt positifs des robots et de l'IA sur le volume global des emplois ?

A l'issue de l'analyse des derniers travaux disponibles, vos rapporteurs estiment qu'il est hasardeux voire impossible de quantifier globalement les effets nets sur l'emploi du processus de robotisation et d'appropriation de l'IA par les différentes branches de l'économie.

Cette quantification est d'autant plus inaccessible que le pas de temps de l'adoption de nouvelles technologies est lui aussi incertain : bien que disponibles, les technologies ne sont pas toujours adoptées rapidement.

Le temps doit aussi être pris en compte dans les effets de compensation des pertes d'emploi entre secteurs : l'automatisation génère des pertes d'emploi immédiates dans les domaines où l'homme est remplacé par la machine, tandis que les créations d'emplois dans les nouveaux secteurs se font plus progressivement

La plupart des experts ne sont toutefois pas pessimistes. Le rapport du COE précité conclut que « l'impact de l'automatisation des tâches routinières sur la demande de travail à long terme est positif » mais demande que des études empiriques viennent à l'appui des analyses théoriques, qui manquent de robustesse.

Le rapport Servoz précité est tout aussi explicite en indiquant que « la révolution numérique a non seulement créé beaucoup plus d'emplois qu'elle en a détruit mais a aussi amélioré la qualité des emplois et des services »29(*).

L'observation croisée des statistiques de robotisation et de chômage par pays suggère clairement que la technologie n'est pas un facteur d'explication du sous-emploi : le groupe Randstad France a mis en ligne une étude montrant que la courbe d'installation de robots pouvait progresser et que la courbe du chômage pouvait baisser, augmenter ou rester relativement stable30(*). Aucun pays n'a aujourd'hui apporté la preuve que la robotisation conduisait à un chômage de masse. Ce serait même plutôt le contraire qui se vérifie : le taux d'emploi des pays qui se robotisent a plutôt tendance à progresser31(*).

3. Des effets attendus sur la structure et la localisation des emplois
a) L'automatisation déforme la structure des emplois au détriment des emplois intermédiaires

La polarisation croissante des emplois est un mouvement profond à l'oeuvre depuis deux décennies dans les pays de l'OCDE. Cette polarisation consiste en une réduction de la part des emplois intermédiaires, correspondant à des qualifications moyennes, tandis qu'augmentent les parts respectives des emplois non qualifiés et à l'autre bout de l'échelle des emplois très qualifiés.

Le rapport de l'OCDE indique que l'automatisation dans l'industrie en est l'un des facteurs puisque les emplois de qualification intermédiaire, concentrés sur des tâches routinières, ont tendance à être remplacés par des machines ou externalisés. Les travaux de l'OCDE mettent aussi en évidence qu'un taux élevé de pénétration des technologies digitales dans un secteur donné est corrélé positivement à une polarisation plus marquée des emplois. Le rapport du COE abonde dans le même sens, même si ses auteurs considèrent que cette polarisation est moins nette en France. Une étude publiée début 2019 par le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP)32(*) alimentée essentiellement par les déclarations annuelles des données sociales (DADS) des entreprises laisse penser que la crise de 2008 a accéléré la polarisation de l'emploi en France, essentiellement hors secteur manufacturier, en réduisant la part des emplois intermédiaires : employés de bureau, ouvriers qualifiés. Cette polarisation a un impact tant sur les volumes d'emploi que sur les inégalités de revenus qui tendent ainsi à s'accroître.

Les auteurs du rapport du COE expliquent que « plusieurs travaux valident pour le cas français l'idée que les nouvelles technologies sont plutôt défavorables à l'emploi des travailleurs qui réalisent des tâches manuelles et cognitives routinières, tandis qu'elles sont plutôt favorables à l'emploi des travailleurs qui réalisent des tâches non routinières ». Le rapport souligne cependant que d'autres facteurs peuvent aussi contribuer au phénomène et que la technologie n'est pas seule responsable : la mondialisation ou encore des changements organisationnels internes des entreprises peuvent en expliquer une part non négligeable.

b) L'automatisation bouleverse la localisation des emplois.

La mise en oeuvre des nouvelles technologies d'automatisation n'est pas non plus neutre quant à la localisation des activités économiques sur les territoires et tend à renforcer l'effet de concentration des activités à forte valeur ajoutée autour des grandes métropoles. La destruction d'emplois industriels automatisés intervient en effet d'abord dans les secteurs industriels peu intensifs en technologie. En outre, les personnels qualifiés nécessaires pour développer des activités nouvelles à forte intensité technologique se trouvent plutôt dans les métropoles, à proximité des universités et organismes de formation. Les travaux du Commissariat général à l'égalité du territoire ont bien documenté cet avantage des grandes métropoles sur les pôles économiques de plus petite taille.

La localisation des emplois peut aussi connaître un bouleversement à plus large échelle à travers la délocalisation d'activités. Si les premières délocalisations répondaient à des logiques essentiellement d'optimisation des coûts de main d'oeuvre ou de la recherche d'un rapprochement géographique entre usines et débouchés, la dynamique actuelle qui préside aux choix internationaux d'implantation prend davantage en compte l'environnement technologique.

Le rapport du COE souligne que le numérique a permis de transformer les modes de production et de réduire les coûts de coordination entre acteurs éloignés, ce qui ouvre l'éventail des localisations possibles. La réduction du « coût de la distance » a déjà conduit des sociétés à délocaliser des activités routinières industrielles ou de service vers des pays plus compétitifs (services comptables ou informatiques en Inde notamment). Mais l'inverse, avec des relocalisations est aussi possible, même si le rapport ne décèle pas encore de « mouvement de relocalisation de grande ampleur ». En tout état de cause, l'automatisation accroît la dématérialisation de l'économie et facilite la recomposition de la géographie des activités à l'échelle mondiale.


* 24  https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/na-49-automatisation-emploi.pdf

* 25 https://www.oecd.org/employment/future-of-work/

* 26  https://www.oecd-ilibrary.org/employment/oecd-employment-outlook-2019_9ee00155-en

* 27  https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/etudes-et-statistiques/Chiffres_cles/Industrie/2018-Chiffres-cles-industrie-manufacturiere.pdf

* 28  https://www.nber.org/papers/w23285

* 29 Rapport page 13.

* 30  https://resources.grouperandstad.fr/anticipations/5-graphiques-pour-comprendre-limpact-de-la-robotique-sur-lemploi/

* 31  https://www.contrepoints.org/2018/09/15/325158-plus-de-robots-cest-plus-demplois

* 32  https://www.cepremap.fr/depot/opus/OPUS50.pdf