II. UN OBJECTIF AMBITIEUX MAIS ATTEIGNABLE

Malgré l'étroitesse du foncier agricole, les quantités de terres manquantes pour couvrir 100 % des besoins en fruits et légumes n'apparaissent pas pharaoniques (voir tableau). Dans les hypothèses les moins favorables, il faudrait augmenter la SAU de 10 % environ.

En stoppant la déprise agricole, en déployant des techniques innovantes de culture et en développant une agroforesterie raisonnée, la souveraineté alimentaire est un objectif atteignable à horizon 2030.

D'après le ministère de l'agriculture, il existerait un potentiel important de remise en culture en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion, avec respectivement 12 000, 9 000 et 8 000 hectares de friches. Les pouvoirs publics (État, départements, régions, communes, EPF) détiennent aussi des terrains inexploités dont il faudrait inventorier le potentiel agricole pour installer de jeunes agriculteurs.

Besoins fonciers pour l'autonomie alimentaire

 

Guadeloupe

Guyane

Martinique

La Réunion

Mayotte

Besoins filières végétales

+ 300 ha

+ 2 500 ha

+ 1 000 ha

+ 500 ha

+ 140 ha

Source : AGRESTE, ministère de l'agriculture : recensement agricole 2020

Productions de la SICA 2M
(Maraîchers de Martinique)

Une autre marge de manoeuvre réside dans la diversification. Les monocultures d'exportation (canne et banane) utilisent beaucoup de SAU, en particulier à La Réunion (48 %), la Guadeloupe (29 %) et la Martinique (30 %). Une meilleure rotation des cultures au profit des cultures consommées localement contribuerait à la souveraineté alimentaire.

Une mise en valeur ou un aménagement du foncier agricole est aussi nécessaire. Des réseaux manquent (pistes agricoles, irrigation, électricité, réseaux de communication) et de véritables fermes avec un logement attenant sont trop rares. Cela pèse sur l'attractivité du métier, la sécurité des exploitations et l'efficacité du travail.

Dernier défi : aider la jeune génération à prendre la relève. Des outils existent. Il faut mieux les mobiliser et les adapter à la marge. Faciliter la relève, c'est aussi aider les anciens à transmettre et à accompagner leurs successeurs.

De manière générale, une prise de conscience demeure nécessaire, ainsi que la nécessité pour tous les acteurs du monde agricole (élus, Safer, chambre d'agriculture, ONF, services de l'État, syndicats et associations d'agriculteurs...) de partager une même vision collective et de travailler ensemble.

Le prochain Comité interministériel pour les outre-mer (CIOM) ainsi que le pacte et le projet de loi d'orientation et d'avenir agricole (PLOA) doivent être l'occasion de mettre en place une stratégie collective de gestion du foncier agricole pour les territoires concernés avec l'ensemble des acteurs. Une vision partagée manque encore.