L'ESSENTIEL

Mayotte et La Réunion : voici deux territoires ultramarins qui, s'ils appartiennent au même ensemble régional de l'océan Indien, ont connu des trajectoires historiques, économiques et politico-institutionnelles profondément différentes.

D'un côté, les fragilités structurelles de Mayotte, confronté à un déficit de développement aussi persistant que regrettable, ont été exacerbées par le passage du cyclone Chido, qui a durement frappé l'archipel au mois de décembre 2024. Cet événement, qui a suscité une vive émotion au sein de la communauté nationale, a contribué à une prise de conscience plus large de la nécessité d'agir pour répondre aux difficultés structurelles que connaît ce territoire. Entre impératif de gestion immédiate de la crise et nécessité de conduire une refondation à plus long terme du territoire, plusieurs initiatives ont été engagées par les pouvoirs publics au cours des premiers mois de l'année 2025 en faveur de Mayotte.

De l'autre, La Réunion bénéficie a priori, au sein du paysage ultramarin, de l'image favorable d'un territoire relativement préservé. Celle-ci ne saurait, toutefois, dissimuler l'émergence de nouvelles menaces pour la cohésion sociale et l'ordre public réunionnais. Longtemps épargnée par certains phénomènes violents observés de longue date dans l'Hexagone ou dans d'autres territoires d'outre-mer, l'île de La Réunion est aujourd'hui confrontée à un risque réel de dégradation de sa situation. Outre le fléau préexistant des violences intrafamiliales, la société réunionnaise est en effet en proie à une expansion rapide du narcotrafic et des phénomènes de « bandes », dont il est urgent de prendre la mesure.

Au terme d'un déplacement du 2 au 8 septembre 2025, qui lui a permis d'aller à la rencontre des élus, des représentants des services de l'État et de nombreux acteurs locaux, la mission d'information de la commission des lois formule 15 recommandations pour améliorer et approfondir la réponse des pouvoirs publics aux enjeux d'ordre public et de cohésion sociale auxquels sont confrontés ces deux territoires ultramarins de l'océan Indien.

I. MAYOTTE : APRÈS LA GESTION DE CRISE POST-CHIDO, UN PROJET DE DÉVELOPPEMENT À LONG TERME DU TERRITOIRE

A. LE PASSAGE DU CYCLONE CHIDO : UNE MOBILISATION EXCEPTIONNELLE DE L'ÉTAT FACE À UNE CATASTROPHE RÉVÉLATRICE DES FRAGILITÉS MAHORAISES

Le passage du cyclone Chido en décembre 2024 a constitué un choc majeur pour Mayotte et a mis en lumière les vulnérabilités de l'archipel. Par son intensité exceptionnelle et l'ampleur des dégâts humains et matériels qu'il a provoqués, cet événement a révélé les limites des dispositifs d'anticipation existants, tout en soulignant la capacité de réaction des pouvoirs publics dans un contexte de crise extrême.

D'une part, si les mécanismes de prévention et d'alerte ont été activés conformément aux procédures prévues, leur efficacité s'est trouvée contrainte par les caractéristiques propres du territoire. La forte densité de population, la prévalence de l'habitat informel et la faiblesse des infrastructures ont en effet limité la portée des mesures de protection. Le cyclone, le plus dévastateur depuis plusieurs décennies, a entraîné des pertes humaines significatives - 40 décès officiellement recensés, auxquels s'ajoutent 41 disparitions et plus de 4 600 blessés - et des destructions massives, affectant tant les logements que les équipements publics et les réseaux essentiels, pour un total de plus de 3 milliards d'euros de dommages.

D'autre part, les premières heures suivant la catastrophe ont été marquées par un effondrement temporaire des services essentiels. Les ruptures d'approvisionnement en électricité, en eau et en télécommunications ont temporairement paralysé le territoire, tandis que les difficultés d'accès à certaines zones, aggravées par la coupure de plusieurs axes routiers structurants, ont complexifié l'intervention des secours.

Cette situation a toutefois rapidement été suivie d'une mobilisation d'une ampleur inédite des moyens de l'État, qui a reposé sur une coordination renforcée sous l'autorité du préfet via l'activation du dispositif « ORSEC » et sur l'engagement déterminant des forces armées et des services déconcentrés. L'activation de dispositifs juridiques dérogatoires, tels que l'état de calamité naturelle exceptionnelle a par ailleurs facilité l'action administrative et permis d'adapter temporairement les règles de droit commun aux exigences de l'urgence.

Dans le prolongement de cette phase d'intervention immédiate, l'action de l'État s'est rapidement orientée vers l'organisation de la reconstruction, inscrite dans un cadre juridique et budgétaire spécifique, conçu pour permettre le redémarrage des infrastructures et accompagner les collectivités, les opérateurs publics et le tissu économique local dans cette remise en route. Cette nouvelle étape s'est structurée autour du plan « Mayotte debout », présenté par le Premier ministre le 31 décembre 2024 et doté de moyens financiers nationaux et européens conséquents. L'adoption d'une loi d'urgence en février 2025, a permis de simplifier et d'accélérer les procédures administratives nécessaires à la reconstruction, de soutenir les acteurs économiques et de favoriser la remise en état des infrastructures publiques.

Au-delà de la reconstruction, le passage du cyclone Chido a conduit à l'engagement d'une véritable démarche de « refondation » du territoire, consacrée par la loi de programmation du 11 août 2025, qui vise à répondre durablement aux défis du territoire par l'adoption de mesures structurantes, parmi lesquelles :

· la consolidation de l'arsenal législatif permettant de lutter contre l'immigration clandestine ;

· la lutte contre le désordre foncier et la programmation des investissements nécessaires à la construction de nouvelles infrastructures publiques essentielles ;

· une réforme institutionnelle et administrative de la collectivité de Mayotte, conformément aux attentes des élus mahorais, qui a abouti à la création, au 1er janvier 2026, du Département-Région de Mayotte.

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