B. UNE SITUATION DÉMOGRAPHIQUE EXCEPTIONNELLE, ALIMENTÉE PAR UNE PRESSION MIGRATOIRE DIFFICILE À ENDIGUER
1. Une dynamique démographique déstabilisatrice liée à l'immigration clandestine
La population de Mayotte a été multipliée par 14 en moins de 70 ans, passant de 23 300 habitants en 1958 à 329 000 habitants en 2025, selon les dernières estimations de l'Insee.
Cette croissance démographique repose principalement sur le dynamisme des naissances, lui-même intrinsèquement lié à l'immigration : plus de trois quarts des 10 000 naissances observées chaque année sont le fait de mères de nationalité étrangère. La population de Mayotte se démarque également par sa jeunesse : près de la moitié de la population de Mayotte a moins de dix-sept ans et demi, et trois Mahorais sur dix ont moins de dix ans. Cette situation constitue un défi majeur pour les services publics et le développement de l'archipel.
À Mayotte, la moitié de la population est de nationalité étrangère, la moitié des étrangers se trouvant en situation irrégulière. Le caractère massif de l'immigration clandestine s'explique principalement par l'écart de niveau de développement entre Mayotte et son environnement régional, ainsi que par la proximité géographique avec l'archipel des Comores, seuls 70 kilomètres séparant les côtes mahoraises de l'île d'Anjouan. Le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, souligne qu'outre la proximité géographique, « la proximité culturelle, linguistique et familiale entre les populations favorise la solidarité et, parfois, la complicité », ce qui « complique l'action des autorités ».
À ces flux traditionnels s'ajoute désormais une immigration, croissante au cours des dernières années, en provenance de l'Afrique des Grands Lacs et de l'Afrique de l'Est. Elle se distingue de l'immigration comorienne en ce que les personnes concernées perçoivent Mayotte comme une porte d'entrée vers l'Europe et demandent plus fréquemment l'asile. Quoique encore très inférieure en nombre à l'immigration comorienne, cette nouvelle immigration suscite des tensions très vives, dans un contexte de saturation des ressources et des infrastructures de l'archipel.
2. Poursuivre les efforts pour maîtriser les flux migratoires : une « priorité absolue »
La lutte contre l'immigration clandestine constitue une demande quasi unanime des élus et des acteurs locaux rencontrés par les rapporteurs : elle est la mère des batailles pour l'archipel, tant la pression migratoire exerce des effets déstabilisateurs sur l'ensemble des aspects de la vie des Mahorais et le fonctionnement des services publics et hypothèque les perspectives de développement du territoire.
L'État a déployé d'importants moyens pour contenir l'immigration irrégulière, notamment en conduisant des grandes opérations (« Shikandra » en 2019, « Wuambushu » en 2023 puis « Mayotte Place nette » en 2024). Parallèlement, le nombre d'interpellations en mer et de reconduites à la frontière a tendanciellement progressé au cours des dernières années.
Nombre de reconduites à la
frontière
(période 2015-2024)
Source : commission des lois d'après données préfecture de Mayotte
En outre, plusieurs modifications du cadre législatif sont récemment intervenues, afin de durcir les conditions d'accès à la nationalité française à Mayotte (loi du 12 mai 2025) et les conditions d'accès et de maintien au séjour, ou encore de lutter contre les reconnaissances frauduleuses de paternité (loi du 11 août 2025).
Pour autant, les rapporteurs ont identifié plusieurs leviers pour accroître l'efficacité de la politique de lutte contre l'immigration clandestine :
· Pour un « véritable rideau de fer » : moderniser et renforcer les capacités de détection et d'interception en mer
Comme ont pu le constater les rapporteurs lorsqu'ils se sont rendus sur la base navale pour la détection en mer située à Dzaoudzi (Petite-Terre), les moyens de surveillance, de détection et d'intervention dont disposent les forces de sécurité intérieure ont subi d'importants dégâts à cause du cyclone Chido.
Au-delà de la remise en état du matériel et des infrastructures endommagés, le dispositif de surveillance et de détection en mer mériterait d'être renforcé (notamment en installant de nouveaux radars) et renouvelé (par l'installation de capteurs optroniques et de balises supplémentaires). Afin d'optimiser les capacités d'interception des embarcations illégales, il apparaît également indispensable de compléter la flotte de navires intercepteurs dont disposent la police aux frontières et la gendarmerie (en la portant à treize navires, contre seulement huit actuellement).
· L'augmentation des capacités de rétention en réponse à la diversification du phénomène migratoire
La pression migratoire accrue en provenance de l'Afrique des Grands Lacs a pour effet d'allonger la durée moyenne de rétention et de complexifier les éloignements.
Pour y faire face, la création annoncée d'une « zone d'attente en mer » devra s'accompagner d'une augmentation rapide des capacités de rétention administrative, soit à travers la construction d'un nouveau centre de rétention administrative (CRA), soit par l'ouverture de nouveaux locaux de rétention administrative (LRA).
· La poursuite d'une action diplomatique exigeante pour freiner les départs clandestins et favoriser le retour des ressortissants en situation irrégulière
La mobilisation de moyens matériels et humains supplémentaires ainsi que des nouveaux outils législatifs devra également aller de pair avec la poursuite d'une action diplomatique exigeante ayant pour objet, d'une part, d'obtenir une plus grande participation des Comores à la lutte contre les départs en direction de Mayotte et, d'autre part, de faciliter la réadmission de leurs ressortissants par les États d'Afrique continentale.

